40 ans de Jury oecuménique à Cannes, rencontre avec Jean-Luc Gadreau

IMG_2912Le jury œcuménique fête cette année au Festival de Cannes ses 40 ans d’existence. Pouvez-vous nous en expliquer l’origine et le fonctionnement ?

En effet, le prix a été officiellement créé en 1974 par des catholiques et des protestants présents au festival de Cannes. Ils ont décidé de remettre ensemble un prix œcuménique à un film de la compétition officielle, pour promouvoir les films de qualité artistique au service d’un message.

Mais l’histoire remonte un peu plus loin… L’existence de ce Jury a été ainsi rendue possible par la ténacité du pasteur Henri de Tienda et de son épouse Mady, qui, en 1950 ont fondé FILM ET VIE, fédération de ciné-clubs protestants. Les animateurs choisissaient des films de caractère non exclusivement religieux qui posaient des questions de fond pour alimenter une réflexion humaniste. Sur cette lancée, en 1955, Mady de Tienda suscite la création d’un organisme international qui deviendra INTERFILM et crée à Cannes en 1969 un jury protestant, regroupé en 1974 avec l’organisation catholique correspondante, actuellement SIGNIS, pour se commuer en Jury œcuménique.

À Cannes, le Jury œcuménique est invité par le Festival, comme le Jury Officiel et celui de la presse cinématographique à remettre un prix et éventuellement des mentions spéciales à des films de la Compétition Officielle et de la sélection « Un Certain Regard ».

SIGNIS (Association Catholique Mondiale pour la communication) et INTERFILM (Organisation Protestante Internationale du cinéma) nomment donc chaque année six membres issus de cultures et de pays différents. Ces jurés sont compétents dans le domaine du cinéma comme journalistes, critiques, théologiens, chercheurs, enseignants… Ils sont membres de l’une des églises chrétiennes : catholique, protestante ou orthodoxe. Ils se réunissent à diverses reprises durant le Festival, analysent, commentent une quarantaine de films visionnés et délibèrent en toute indépendance. A la fin du Festival, le Jury fait connaître ses prix lors d’une cérémonie officielle organisée par la direction du Festival, en présence d’invités officiels, de la presse et, bien sûr, des réalisateurs primés.

Le prix a été officiellement créé en 1974 par des catholiques et des protestants présents au festival de Cannes. Ils ont décidé de remettre ensemble un prix œcuménique à un film de la compétition officielle, pour promouvoir les films de qualité artistique au service d’un message

Le jury récompense des films et des réalisateurs en fonction des critères suivants :

► La grande qualité artistique

► Le message de l’Evangile

► La responsabilité chrétienne et le progrès humain

► La dimension universelle

► La créativité

► La diffusion

Au fil des années, des réalisateurs comme Herzog, Wajda, Tarkovski, Loach, Haneke ou Almodóvar ont été primés par ce jury. Ce ne sont pas des films religieux et certains sont même issus d’autres cultures, d’autres systèmes de pensée. Mais tous montrent des hommes et des femmes en prise avec la réalité de la vie, la souffrance et la joie. Tous les films primés permettent aux chrétiens d’enrichir leur foi et à tous les spectateurs de réfléchir sur leur condition.

Vous avez déjà été membre de ce jury. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Oui j’ai en effet eu ce bonheur en 2012 à Cannes et l’année passée à Berlin. À chaque fois un peu le même sentiment : Deux semaines d’immersion totale dans le cinéma mais aussi dans une ambiance tellement loin du quotidien. Que du bonheur… même si évidemment la fatigue est bien palpable en fin de festival. La qualité des relations au sein du jury à été un élément fort : écoute, respect, partage ont conditionné nos échanges.

Cette présence et cette parole chrétienne au milieu d’un Festival comme Cannes (et des nombreux autres tout au long de l’année de part le monde) peut sembler surprenante, anecdotique, voir inutile pour certains, mais elle est pour moi essentielle. Il y a l’impact évident lié à la place officielle du Jury, mais aussi les multiples contacts qui s’établissent, avec en particulier les professionnels du septième art. C’est aussi un moment privilégié pour prendre la température réelle de notre société, au-delà des simples apparences et à priori.

Cette présence et cette parole chrétienne au milieu d’un Festival comme Cannes peut sembler surprenante, anecdotique, voir inutile pour certains, mais elle est pour moi essentielle

Finalement être quelques grains de sel et quelques rayons de lumière « badgés »… des images que Dieu anime et projette, comme le disait le pasteur Joël Baumann pendant le culte de Pentecôte du Festival 2012.

Et cette année ?

En fait, je serai présent au Festival en accompagnant le jury pour ce quarantième anniversaire et je serai accrédité en parallèle en tant que journaliste. Je publierai des billets journaliers sur mon blog Artspi’in repris par le portail internet RegardsProtestants.com. Également du 19 au 23 mai, j’interviendrai sur le réseau radio Phare FM pour là aussi partager mes impressions et faire écouter quelques interviews surprises… Enfin, plusieurs articles seront à lire dans les pages des magazines du groupe Alliance Presse dans les semaines et mois à venir.

Vous êtes un passionné de cinéma. Qu’est-ce qui vous attire dans le 7e art ? Que recherchez-vous dans un film ?

J’ai envie de dire que l’art globalement me passionne. En plus, j’aime la diversité, la créativité, l’originalité. Et c’est aussi quelque chose que je recherche dans le cinéma.

Une des particularités du cinéma réside aussi dans le fait qu’il est un véritable miroir de la société ou un questionneur de notre monde. Et là précisément il rejoint ma foi et mon ministère. Il me questionne personnellement et il me donne de pouvoir entendre et voir l’évolution de notre monde et par là pouvoir sans doute discerner des besoins, des problématiques, des enjeux.

Et puis, et il ne faut pas le nier non plus, le cinéma participe à ma détente, mon plaisir. Il est un instrument de divertissement qui fait du bien, renouvelle et qui participe ainsi à mon équilibre personnel. C’est un point important à ne pas minimiser.

En tant que croyant, et pasteur, portez-vous un regard particulier sur les films que vous allez voir ? Utilisez-vous le cinéma dans le cadre de votre ministère ?

Pendant longtemps le cinéma était juste pour moi ce que j’évoquais à l’instant, du divertissement. Et puis, petit à petit, j’ai pu apprendre à le regarder aussi autrement. J’aime aujourd’hui essayer de voir plus loin que le simple regard un peu naïf (ce n’est pas péjoratif… c’est aussi agréable de regarder comme cela), de décrypter, d’analyser et puis surtout ce que j’aime de plus en plus, c’est l’utiliser.

J’anime régulièrement des ciné-débats au sein de ma paroisse mais aussi dans des cinémas ou dans des rencontres cinématographiques. Pouvoir échanger autour d’un film, l’utiliser comme support de réflexion est extrêmement profitable et agréable. Le film devient parabole pour aujourd’hui. Comme Jésus racontait des histoires, écrivait des scénarios et les mettait en scène, j’essaye d’aborder le cinéma un peu dans cette dynamique. De plus, je crois beaucoup à l’effet de la discussion, de la mise en commun de réflexions. Le discours et l’avis d’un seul (le « possesseur de la connaissance ») ne doivent pas être l’unique façon de transmettre une information. Nous sommes dans une société qui a besoin de partager et le cinéma peut être extrêmement utile pour favoriser des échanges, même au sein d’une communauté chrétienne.

 

Composition du Jury Œcuménique Cannes 2014

 SIGNIS a nommé :                                                               INTERFILM a nommé:

Mr Guido Convents, Président, Belgique                       Mr Jacques Champeaux, France

Mgr Hervé Giraud, France                                                 Mme Kristine Greenaway, Canada

Mme Maria José Martinez, Equateur                               Pasteur Julia Helmke, Allemagne

 

Pour aller plus loin :

Mon blog : http://artspiin.eklablog.com

L’article cinéma que j’ai signé dans le livre : « La Foi chrétienne et les défis du Monde contemporain » aux Edition Excelsis

À propos Vincent Miéville

Vincent Miéville est pasteur de l’EEL de Toulouse et président de la commission synodale de l’UEEL.

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