Mommy de Xavier Dolan : sauvé par amour ?

MommyMommy est un film à l’image de ses héros : passionnel et excessif, mais terriblement attachant. C’est aussi un film éprouvant pour le spectateur emporté par le tourbillon émotionnel proposé par Xavier Dolan, dans une oeuvre inventive et passionnante. Mommy est un drame qui nous raconte l’histoire de Dina, une mère veuve excentrique et gouailleuse, qui hérite de la garde de son fils, un adolescent incontrôlable et violent qui a été exclu de l’établissement dans lequel il avait été placé. Le duo se transformera en trio avec l’énigmatique voisine, Kyla, dans la vie de laquelle on perçoit un lourd traumatisme. Ensemble, ces trois êtres blessés vont trouver une forme d’équilibre, et même d’espoir… mais pour combien de temps ?

Le film, tourbillonnant, offre quelques scènes extrêmement fortes, parfois bouleversantes. Une des grandes idées de la mise en scène de Xavier Dolan, c’est le choix d’un format d’écran étroit au ratio d’image 1:1, qui donne à la fois une très grande proximité avec les personnages, mais qui produit aussi un sentiment d’enfermement tout à fait adapté au film. Un sentiment qui s’accentue encore quand, à deux reprises, l’écran s’élargit. Tout à coup on respire… jusqu’à ce que l’écran se rétrécisse à nouveau. Le film est enfin porté par un trio d’acteurs remarquables (en particulier la performance exceptionnelle d’Anne Dorval dans le rôle de Dina).

Une histoire d’amour

Mommy, c’est une histoire d’amour maternel et filial. Un amour fusionnel, excessif. Au début du film, la directrice de l’établissement d’où Steve est renvoyé met en garde Dina : « Ce n’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver. » La réponse de la mère sonne comme un défi : « les sceptiques seront confondus. » La suite de l’histoire montrera combien l’amour peut être mis en péril par les épreuves de la vie, les blessures héritées du passé… mais aussi par une société qui ne veut finalement pas vraiment de personnages « hors-cadre » comme Dina ou Steve. La fin du film est sujette à interprétation. J’ai l’impression que malgré le drame, le film veut garder espoir, malgré tout… un espoir fou que l’amour peut finalement gagner.

C’est en tout cas ce que j’ai envie de croire aussi ! La question reste pertinente : l’amour suffit-il pour sauver quelqu’un ? La réponse est en réalité complexe. Le film montre bien qu’il n’y a pas d’un côté les sauveurs et de l’autre ceux qui ont besoin d’être sauvés. C’est ensemble, dans un équilibre fragile, que les trois personnages centraux du film arrivent, pour un temps, à se « sauver » mutuellement. Mais que l’équilibre est fragile !

Un écho dans l’Évangile

L’espoir d’un salut possible par l’amour ne peut que faire écho au message de l’Évangile. L’amour mutuel, les uns pour les autres, est au cœur de l’éthique de l’Évangile ! Un véritable amour n’est jamais à sens unique… Il s’épanouit dans un équilibre souvent fragile, toujours à préserver. Et cela ne va pas sans mal quand les épreuves et les obstacles s’en mêlent. C’est ici que la référence à l’amour de Dieu, dont Mommy ne parle pas (et on ne peut pas le lui reprocher), peut être perçue comme un gage nouveau d’équilibre. L’Évangile affirme que le salut vient de Dieu, même s’il peut se manifester aussi à travers l’amour de mon frère ou ma sœur.

En tout cas, Mommy a bien mérité son prix du jury du dernier festival de Cannes : le film a une profondeur et une maîtrise sidérantes chez un réalisateur de 25 ans !

 

À propos Vincent Miéville

Vincent Miéville est pasteur de l’EEL de Toulouse et président de la commission synodale de l’UEEL.

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