A LA RECHERCHE DE LA GRANDE COULEUR CHRÉTIENNE

a-la-recherche-de-la-grande-couleur-chretienneSœur Bénédicte – éd. Olivétan, 2015

Sœur Bénédicte, diaconesse de Reuilly, remonte, dans cet ouvrage, aux origines de sa communauté, non pour nous en offrir une nouvelle perspective historique, mais pour y tracer le fil conducteur de l’engagement œcuménique des diaconesses, dès la vision initiale des fondateurs, Caroline Malvesin et le pasteur Antoine Vermeil, jusqu’à aujourd’hui.

Nous assistons à la structuration progressive de cette œuvre qui suscita d’abord tant de réticences de la part des milieux protestants. Nous voyons comment, initialement axée sur un engagement social envers les pauvres, les abandonnés de la société du milieu du 19e s., la communauté des diaconesses évolue vers la redécouverte d’une spiritualité qui la relie, comme l’écrit sœur Caroline, à « l’Eglise indivise » des premiers siècles. Mais, au travers de ces étapes successives, avec l’accompagnement des diverses prieures, l’auteur souligne essentiellement les multiples façons qu’a la communauté de vivre, en son sein comme dans ses relations extérieures, des situations de partage inter-confessionnels, des apprentissages de cohabitation et de communion entre sensibilités différentes.

La « grande couleur chrétienne », image de Caroline Malvesin pour exprimer son attente d’une chrétienté où les mots « protestant », « catholique »… n’auraient plus cours, s’illustre dans la composition même de la communauté au fil des époques : d’abord réformées, puis luthéro-réformées, les sœurs accueillent ensuite des évangéliques parmi leurs rangs ; des norvégiennes, allemandes, camerounaises, polynésiennes… viendront grossir leur nombre et les entraîneront vers la création de fraternités liées à la maison mère dans les pays ainsi représentés. Mais au-delà du protestantisme, des liens étroits existeront vite avec des sœurs catholiques, ponctuellement ou, comme aujourd’hui dans la région de Lille, par une vie commune partagée.

Comme le suggère la postface du pasteur Marcel Manoël – président de l’actuelle Fondation Diaconesses de Reuilly – leur cheminement vient interroger nos Églises. A l’image de la communauté monastique, la communauté ecclésiale ne peut-elle aussi être diverse et inclusive ? Ne peut-elle, ne doit-elle pas, concilier spiritualité authentique et engagement humain et social ? N’a-t-elle pas à apprendre de l’obéissance mutuelle pour témoigner d’une véritable liberté de service là où elle se rassemble ?

Cette lecture suggère bien des pistes de réflexion, portées par la vaste aspiration à « agir par le Seigneur pour hâter le moment bienheureux où il n’y aura plus qu’un seul troupeau conduit par un seul berger », comme l’écrivait Caroline Malvesin dans une lettre de 1841.

À propos Jérémie Chamard

Jérémie Chamard est pasteur de l'EEL de Bouffémont.

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