« Comment je traite le prochain que Dieu met sur ma route? »

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERAEn écho au « Bible et actualité » de Jean-Paul Morley paru dans le numéro 3559 de Réforme, Luc Olekhnovitch, pasteur de notre Union poursuit la réflexion sur les implications de la foi en la Résurrection pour les personnes en fin de vie.

Nos remerciements à Réforme qui a autorisé la publication de cet article sur notre site. Vous pouvez lire l’article de Jean-Paul Morley ici.

La contribution de Jean-Paul Morley commence par invoquer la Résurrection pour éclairer le débat sur l’euthanasie. Le problème est que, s’il mentionne la dimension d’espérance future qu’elle donne, et qui est effectivement une raison pour ne pas vouloir prolonger à tout prix cette vie-ci, il n’en tire aucune conséquence éthique pour le temps présent. Son éthique individualiste sur la fin de vie est même en contradiction avec le message du Ressuscité. Que dit le Christ ressuscité ?

« Tout pouvoir m’a été donné sur la terre et dans le ciel », « pouvoir » en grec « exousia » qu’il faudrait mieux traduire comme la NBS toute « autorité ». Le  Christ ressuscité affirme avec force son statut de Christ-Seigneur. Or dans ce débat sur l’euthanasie et le suicide assisté, la question est posée sous l’angle de qui a le pouvoir de décider, autrement dit qui est le maître ? La revendication de nos contemporains est : « je veux être le maître de ma vie et de ma mort ». Or la bonne nouvelle de la  Résurrection est que le Christ Seigneur est le maître de la vie, lui qui a vaincu la mort. Les disciples du Christ ne mettent pas leur espérance dans la mort comme salut, comme ceux qui revendiquent un droit à l’euthanasie ou au suicide assisté, mais dans l’assistance du Ressuscité qui promet d’être avec nous tous les jours, y compris dans la fin de notre vie.

La revendication de nos contemporains est : « je veux être le maître de ma vie et de ma mort ». Or la bonne nouvelle de la  Résurrection est que le Christ Seigneur est le maître de la vie, lui qui a vaincu la mort

Dans son plaidoyer pour le suicide assisté, Jean-Paul Morley qualifie un peu vite tout suicide d’héroïsme. Dieu seul connait les motivations profondes du cœur et on laissera à sa miséricorde et à sa justice ce qui reste une douloureuse énigme pour les proches. Mais surtout Jean-Paul Morley ignore totalement l’impact du suicide sur la famille, une véritable bombe morale, et  son impact social. L’écrivain belge Hugo  Claus, atteint de la maladie d’Alzheimer, a recouru à  l’euthanasie en pleine possession de ses moyens. Son geste a été présenté comme héroïque. Comment ne pas voir que cela crée une pression sur les malades d’Alzheimer ? L’auteur donne raison à Durkheim qui voyait dans le protestantisme un facteur social aggravant, favorisant le suicide ! Il faudrait préciser un protestantisme individualiste qui oublie  que le Christ fonde une communauté. De l’individu qui place sa confiance en lui-même, qui revendique sa totale autonomie, le psalmiste dit qu’il a la « mort pour berger ! » (Ps 49.14 ,15 Parole de Vie). Comme le note le théologien Christopher Wright : « L’idolâtrie détrône Dieu et intronise la créature » et il précise « au détriment des deux » ! La dérive belge sur l’euthanasie en est une triste illustration. Un transsexuel qui estimait que son opération avait raté a obtenu d’être euthanasié. Une femme a caché à son fils, qui l’a appris après coup, sa volonté d’être euthanasiée. En Belgique, le médecin qui pratique l’euthanasie n’est tenu de consulter ni la famille, ni les soignants.

Nos sociétés vieillissantes sont en proie à de grandes peurs : vieillir, souffrir, mourir. Nos contemporains ont peur de souffrir entre les mains des médecins. Peur qui n’est pas toujours illusoire. Que le futur patient puisse laisser au médecin des directives anticipées est donc une disposition préventive raisonnable par rapport à une médecine qui a les moyens techniques de prolonger artificiellement la vie, mais pas de rendre la vie. Jean-Paul Morley a la belle idée d’y ajouter un testament spirituel qui en explique le pourquoi.

Nos sociétés vieillissantes sont en proie à de grandes peurs : vieillir, souffrir, mourir. Nos contemporains ont peur de souffrir entre les mains des médecins. Peur qui n’est pas toujours illusoire

Cependant toutes ces dispositions raisonnables (directives anticipées, personne de confiance…) ne peuvent calmer notre angoisse existentielle face à la souffrance et à la mort. Seule la foi au Christ ressuscité qui nous dit « N’ayez pas peur » peut nous rendre libres.

 Le Ressuscité nous rend libres. Cependant cette liberté n’est pas pour le mal mais pour servir Dieu et nos frères. Le Christ nous dit : « Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent ». Pour prendre l’exemple de Vincent Lambert, si je me mets à sa place, je n’aurais certainement pas voulu que ma famille se déchire ainsi, et, si je ne suis plus qu’une vie végétative, qu’on me maintienne à tous prix en vie. Il faut se garder des simplifications médiatiques qui ont fait des parents de Vincent Lambert de méchants intégristes catholiques, mais on peut néanmoins leur demander, puisqu’ils se réclament de la foi au Christ, aimeraient-ils qu’on leur fasse à eux- mêmes ce qu’ils imposent à Vincent et à sa femme ?

C’est seulement la confiance qui permet de laisser partir celui qui déjà s’en va.

Le problème, c’est que Vincent n’est pas en fin de vie et que les conditions de la confiance entre personnes n’ont pas été réunies. L’Académie nationale de médecine a rappelé à juste titre que le droit de Vincent au soin et à l’alimentation ne pouvait être « subordonné à sa capacité relationnelle » et a noté un manque de concertation. En effet son épouse n’avait pas, à l’origine, demandé l’arrêt des soins et les parents n’avaient pas été informés.

La question de la fin de vie n’est pas  « qui décide ? », Christ est Seigneur de la vie, la question c’est : comment je traite le prochain que Dieu met sur ma route dans la limite de mes moyens et de ma responsabilité.

 

« Réforme » n°3562, 22 mai 2014

À propos Luc Olekhnovitch

Luc Olekhnovitch est pasteur de l'EEL de Viry-Châtillon.

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