Des parents honorables

family portrait1« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que le Seigneur, ton Dieu, te donne. » Exode 20 :12.

Ce commandement ne s’adresserait-il qu’aux enfants, enjoints d’honorer leurs parents par leur obéissance et leur bonne conduite ? Une référence au schéma habituel de la cellule familiale dans notre société (deux générations : les parents adultes et leurs enfants) risque de limiter la portée de ce verset. Pourquoi les adultes ne seraient-ils pas eux aussi concernés ?

Honorer

Le verbe employé ici évoque la gloire qu’il faut rendre à ses parents ; mais son premier sens, que l’on peut rendre par « être lourd, faire le poids », suggère plus. Mieux que des hommages occasionnels ou superficiels, c’est de l’attention qu’il faut accorder à son père et à sa mère. Lorsque Jésus cite cette parole, il envisage une assistance financière1, mais les honorer c’est aussi donner du poids à leurs actes honorables, à leur parole, à leurs préoccupations, et même à leurs craintes.

Le cinquième commandement est un précepte de grâce, donné en faveur de ceux qui n’ont plus de mérites ou de raisons d’être honorés… ou encore qui n’en ont jamais eu.

Si le décalogue en parle, c’est que déjà du temps de l’exode, honorer ses parents n’était pas chose naturelle : le conflit des générations n’est pas né de la dernière pluie ! La mise à l’écart des catégories supposées improductives a toujours été une tentation. Pourtant, le commandement reste équilibré : l’obéissance inconditionnelle, la crainte ou l’adoration des ancêtres, que l’on pouvait constater chez les peuples voisins2, rien de tout cela ne figure ici. Honorer n’est pas adorer. Même dans le cinquième commandement, on reste sous l’ascendant du premier : tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face.

Honorer son père et sa mère veut donc aussi dire : prendre au sérieux leur parole, au point de les aider à retrouver leur honneur, de leur résister quand ils se trompent, quand ils se contredisent, ou de leur dire : « non ! » au nom de l’unique Seigneur que l’on adore3. L’interdiction de toute adoration d’un autre que Dieu, libère d’une dépendance servile à l’égard des traditions héritées des pères.

Honorer qui ?

Dans un texte adressé à une société patriarcale, la présence de la mère aux côtés du père n’est certainement pas le fruit du hasard. Est-ce de là que vient l’importance des mères juives dans la vie de leurs fils ? En tout cas, cette mention de la mère ôte le caractère abstrait que l’on pourrait attribuer au mot « père » (en lui donnant le sens d’« ancêtre »). D’une manière générale, le père et la mère sont des personnages que l’on connaît… ou que l’on a connus.

Notons aussi que les honneurs dus à ses parents ne sont soumis à aucune condition. Ces derniers n’ont pas besoin d’avoir été de bons parents, ou même d’avoir été glorieux (les premiers bénéficiaires de cette disposition avaient été esclaves, et avaient certainement connu de nombreuses humiliations sous les yeux de leurs enfants). Le cinquième commandement est un précepte de grâce, donné en faveur de ceux qui n’ont plus de mérites ou de raisons d’être honorés… ou encore qui n’en ont jamais eu.

Une promesse

En citant ce commandement, l’apôtre Paul relève que c’est le premier qui soit accompagné d’une promesse4, celle d’une longue vie heureuse dans le pays promis. Mais, cette promesse est-elle pour autant à prendre comme l’assurance d’une rallonge de vie de quelques années ? Aurions-nous ici une recette efficace pour ajouter quelques coudées à la durée de notre vie ? Jésus nous en dissuade5 : il s’agit plutôt d’une recommandation à portée plus générale, visant les orientations que peuvent prendre une société ou une famille.

L’attention à porter aux générations aînées peut s’avérer élément de paix, de cohésion sociale ou familiale, ou facteur de lucidité dans les analyses des diverses situations. Mais au delà, n’avons-nous pas à retenir cet avertissement qu’une société ou une famille qui se coupe de son passé s’appauvrit, et qu’une société ou une famille qui néglige ses éléments les plus faibles s’affaiblit elle-même ?

À une époque où les informations arrivent pratiquement « en temps réel », où les décisions doivent souvent être prises sans recul, l’écoute de ceux qui vont moins vite, ainsi que le rappel des leçons du passé peuvent s’avérer utiles.

Témoignage

Il faut également se demander si l’un des témoignages les plus importants de l’Église ne pourrait pas se trouver dans le poids que les chrétiens accordent à ce cinquième commandement.

À une époque où les informations arrivent pratiquement « en temps réel », où les décisions doivent souvent être prises sans recul, l’écoute de ceux qui vont moins vite, ainsi que le rappel des leçons du passé peuvent s’avérer utiles.

À une époque où dans notre société, il va y avoir de plus en plus d’anciens, et où, de moins en moins on saura leur donner une place, leur donner notre amitié, les écouter, les honorer pourra constituer un témoignage chrétien d’autant plus remarqué. Justement, l’Évangile ne nous invite-t-il pas à renoncer au décompte des possibilités de chacun, ou de leurs mérites ?

L’auteur:

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne

 

 

1 Matthieu 15, 4 – 5

2 C’était le cas dans d’autres religions. F. Michaeli. « Le livre de l’Exode » (Delachaux et Niestlé – 1974). L’auteur évoque aussi l’importance des parents dans leur rôle de « créateurs de la vie ». p 184

3 Cf. A. Maillot pp. 93 – 94

4 Éphésiens 6, 2 – 3

5 Luc 12, 25, et son contexte.

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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