Des regrets…

EPUdFDimanche dernier, le synode national de l’Eglise protestante unie de France a voté un texte qui « ouvre la possibilité, pour celles et ceux qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu. »

A l’annonce de cette déclaration, j’ai publié un tweet : « Regret que l’@EPUdF décide d’autoriser la bénédiction de mariages homosexuels. Dénoncer l’homophobie n’est pas se conformer à la société… » Certes, en 140 caractères, il ne permet pas de rendre compte de la complexité du sujet. Ce billet permettra peut-être de préciser ma pensée.

Il me semble que la façon dont les médias se sont emparés immédiatement de cette déclaration, en la relayant souvent mal, traduit la difficulté de comprendre la subtilité proposée par le texte de l’EPUdF. Le site Internet d’un grand hebdomadaire (Le Point) titrait même : « L’Église protestante de France dit oui au mariage gay » ! Si l’EPUdF représente une part importante du protestantisme français, elle n’est pas l’ensemble du protestantisme. Calquer la réflexion théologique sur le calendrier politique et médiatique me semble exposer aux risques d’amalgames. C’est déjà là un regret.

L’autre regret est lié à ce qui me semble être une dilution de la compréhension de la bénédiction et sa dissociation du « bien » défini par Dieu. Il faut certes refuser d’associer une pensée magique à tout geste ou parole de bénédiction. Mais si bénir c’est poser un signe de l’amour de Dieu, peut-on pour autant le dissocier du « bien » du projet de Dieu pour les hommes et les femmes ?

Mon tweet assumait toutefois aussi la dénonciation de l’homophobie. Même si aujourd’hui cette accusation est parfois trop systématique, elle ne me paraît pas toujours dénuée de pertinence à l’égard des Églises et des chrétiens. En témoignent certaines paroles lues ou entendues au temps du débat sur le « mariage pour tous ». Il faut le rappeler avec force : un chrétien ne peut pas être homophobe ! « Aime ton prochain comme toi-même » s’applique à tous et envers tous ! Et jeter au visage de son interlocuteur quelques versets bibliques sortis de leurs contextes n’est pas un gage de fidélité ou de discernement théologique mais peut être perçu, à juste titre, comme une agression.

Je me range donc volontiers aux conclusions proposées par la Commission d’éthique protestante évangélique dans son document « Aimer mon prochain homosexuel » : « La question de l’homosexualité divise aujourd’hui : il nous semble que deux attitudes extrêmes sont à exclure, celles des Églises qui rejettent sans autres considérations les personnes homosexuelles et celles qui bénissent leur union. Pourtant, entre ces deux extrêmes, il existe dans l’Église un espace pour l’accueil et l’accompagnement des personnes homosexuelles »

J’ajouterai encore un mot. Il faut reconnaître à nos frères et soeurs de l’EPUdF le souci du dialogue, la culture du débat et une volonté d’accueil de la diversité. Nos Églises évangéliques devraient sans doute y être plus attentives car le danger de la pensée unique pourrait bien s’y rencontrer parfois (souvent ?). Dans cette optique, je réaffirmerai avec conviction la nécessité du lien fédératif au sein de la Fédération protestante de France, dans le respect de la diversité des convictions… ce qui implique aussi la liberté d’interpellation réciproque. C’est la raison pour laquelle je me permets de le redire : je regrette la décision prise par le synode nationale de l’EPUdF.

À propos Vincent Miéville

Vincent Miéville est pasteur de l’EEL de Toulouse et président de la commission synodale de l’UEEL.

7 plusieurs commentaires

  1. Vincent Miéville

    Je vous trouve sévère à l’égard des Eglises évangéliques qui ont toutes réagi, et de façon rapide, à la décision de l’EPUdF. Au sein de la Fédération Protestante, la coordination évangélique a aussi réagi clairement et c’est suite à son initiative qu’une grande consultation interne sur le lien fédératif a été lancé. Ce travail est actuellement en cours. Laissons-le aboutir. Nous verrons bien à l’AG prochaine, en janvier 2017, ce que ce travail aura donné. Il sera alors temps de reparler de la place des évangéliques – qui sont quand même bien des Eglises protestantes ! – au sein de la FPF. Quant aux réactions internes à l’EPUdF, il ne faut pas oublier le nouveau courant des attestants, qui est aujourd’hui actif.

  2. Le mot « regrets » est bien faible en effet devant ce que beaucoup de protestants, y compris comme moi-même issus de l’ex-« ERF », ont vécu comme une trahison, un reniement et une honte à devoir porter. Et ce ne sont pas les « médias » qui sont tant à incriminer pour leur amalgame d’avoir ainsi parlé en général des « protestants », car n’est-ce pas d’une communauté dont il est question, dont le lien fédératif au sein de la FPF se veut le signe ? N’ya-t-il pas de la part de tous les protestants fédérés l’affirmation aux yeux du monde d’une même communion de foi ? Ce que nous devons reconnaître c’est qiue la décision de l’EPUdF a effectivement rompu cette communion dans la foi et dans notre référence commune à la Parole de Dieu exprimée dans les Ecritures, plaçant de fait l’EPUdF en dehors de cette communion et chacun de nous devant le choix de demeurer ou non en communion avec son reniement. Un an après, je trouve bien tiède la réaction des églises de la fédération, si on excepte l’église apostolique qui a fait le choix d’en sortir. Bien faible encore la réaction des paroisses de l’EPUdF, dont seules deux à ce jour semblent avoir fait le choix de rejoindre une autre union. Serait-ce que sur cette question du mariage homosexuel les églises évangéliques seraient elles-mêmes divisées ou craintives d’affronter l’opinion majoritaire dans notre soiciété en se positionnant plus clairement CONTRE le prinicipe de cette « bénédiction » réellement apostate ?

  3. Ce qui me frappe, c’est le score digne d’un dictateur africain. Or nous savons que les opinions étaient beaucoup plus partagées à la base et au niveau des synodes régionaux. Cela prouve un cruel manque de représentativité au niveau du synode national qui ne représente plus qu’un seul courant.

  4. alain Houisse

    Regrets? Le mot est faible. Peut-on encore dialoguer avec une dénomination qui trahit aussi complètement la Parole de Dieu? La réponse est évidemment non, face à de telles dérives, mais peut-on parler seulement de dérives (n’ont-elles pas commencé dés 1938?)?
    En pareil débat,il l faut que notre oui soit oui, au risque de braver tous les conformismes (l’union des gens de mêmes sexes est devenu un conformisme!). Oui à l’enseignement divin, non à ce qui l’obère.
    Le problème est aujourd’hui de savoir si ceux qui se réclament de la Parole de Dieu comme sola et tota Scriptura peuvent cohabiter avec des gens qui la nient.Pour mon compte, l’EPUdF n’est plus une église chrétienne mais une organisation humaniste.

  5. pasteur Delcourt

    Bientot le texte Biblique entier sera voté comme blaspematoire, pour oser affirmer que Dieu nous a créé homme et femme , différence irréductible donc insultante aux yeux des nouveaux self identifiés…nés d’un père et d’une mère…
    lutter contre ses blessures et en être guéri va devenir suspect ou anti-revolutionaire…qui sait , peut-être même anti_chrétien.
    peut-être que l’évangile va nous guerir de notre foi chrétienne…Il est temps de voir ailleurs.

  6. Très bonne et juste réaction. Je suis heureux que le président de notre Commission synodale ait si vite et si bien réagi. Pourquoi les médias ont si mal informé le public ? Comme Claire Chazal qui parlait de l’Eglise protestante (comme s’il n’y en avait qu’une) et du Synode des pasteurs (ignorant qu’un Synode protestant n’est pas composé que de pasteurs). Cela dénote une parfaite ignorance de notre religion. Hondelatte sur BFMTV, lui, interroge uniquement le pasteur James Woody, rédacteur du magazine Evangile et Liberté et qui a bien précisé qu’il était libéral. Que le Seigneur suscite des Evangéliques assez médiatiques pour mieux nous faire connaître et pour que davantage de personnes comprennent dans un langage à leur portée le merveilleux message de l’Evangile.

  7. Je crois que les évangéliques (je me permet de parler au nom de ma communauté) aiment davantage les homosexuels que l’EPUDF (si je puis m’exprimer ainsi) dans le sens où elle ne légitime pas le péché, mais proclame aux pécheurs la liberté en Jésus-Christ. L’amour n’est pas seulement, dire ou faire le bien, c’est dire ou faire, dans la vérité, le bien. L’EPUDF manifeste qu’elle n’aime pas les homosexuels. Je suis bien attristé et m’imagine bien que Jésus, qui a pleuré sur Jérusalem, pleure aujourd’hui encore.

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