Et si c’était pas vrai ?

cross-easter-jesus-11135542_mL’évènement de Pâques et son impact dans notre foi, selon la première épître de Paul aux Corinthiens

Et si tout ce en quoi nous croyons, si le contenu de la foi que nous connaissons et dont nous vivons, peut-être depuis notre plus tendre enfance, n’était pas vrai ; si c’était seulement une illusion ? Question que peut se poser tout un chacun un jour ou l’autre…

Subjectif

Je me la suis posée quelquefois… Si ce n’était pas vrai, ai-je pensé d’abord, je ne regretterais pas pour autant ma conversion au Christ. Cette expérience m’a permis de faire un nouveau départ, délivré de moi-même, de mauvaises habitudes, d’attitudes égoïstes, etc. La vie nouvelle que j’ai commencée voilà déjà plusieurs années m’a permis de changer de cap, chose finalement nécessaire pour que je m’épanouisse, et finalement que je me sente heureux de vivre…

Mais après tout, un sens à la vie, une capacité à traverser les épreuves avec courage, cela ne se trouve pas que chez les chrétiens. D’autres religions peuvent être citées comme des appuis précieux pour traverser les épreuves de la vie. D’autres que nous témoignent bien d’une paix intérieure ; et pourquoi en douter ? Il se trouve même qu’on rencontre des chrétiens névrosés, qui ne connaissent pas la paix, ou qui n’arrivent pas à surmonter leurs épreuves…

D’autres religions peuvent être citées comme des appuis précieux pour traverser les épreuves de la vie.

Objectif

Lorsque l’apôtre Paul s’adresse aux Corinthiens pour évoquer l’éventualité que le Christ ne soit pas ressuscité, c’est bien sûr pour l’écarter, mais c’est aussi en faisant allusion aux souffrances que les premiers chrétiens avaient à subir. Et de dire : si c’est seulement dans cette vie que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes.1

Déjà, beaucoup avaient payé de leur vie le droit de professer publiquement leur espérance chrétienne. Si le Christ n’est pas ressuscité, s’il n’y a pas de garantie de ressusciter un jour, à quoi bon mépriser sa propre vie pour rien ? Dans ces conditions, chantons : « mourir pour des idées, d’accord mais de mort lente ! »

Si le bien-être que je cherche pour ma vie ici-bas reste le seul critère, si la vérité d’un enseignement religieux n’est pas importante, pourquoi me convertir au christianisme plutôt qu’au bouddhisme, ou à l’une de ces formules à la carte proposées par certains mouvements ? Si nous ne comptons sur la foi que pour un épanouissement ici-bas, le jour où notre expérience devient moins intense ou plus difficile à vivre (les épreuves de la vie sont parfois très corrosives), la tentation des surenchères proposées dans notre paysage religieux n’est pas à chercher très loin – sans pour autant permettre de trouver la satisfaction de notre petite personne.

Vrai

Mon expérience, si admirable soit-elle, doit donc avoir un fondement véridique. C’est l’enjeu principal pour Paul dans son chapitre sur la résurrection, un chapitre magistral qui nous livre un témoignage très riche (1 Co 15).

Je vous ai transmis.2 L’emploi du verbe transmettre donne une idée précise de la manière dont il a eu l’information : plus que des révélations qu’il aurait reçues, cette transmission désigne un enseignement, un dépôt, que d’autres ont eus avant lui. Paul s’inscrit dans toute une tradition. Qui plus est, cet enseignement fait référence aux Écritures, pour la mort de Jésus, mais aussi pour sa résurrection : il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures.

Plus encore, il y a le témoignage oculaire de Pierre et des douze auxquels Jésus est apparu, mais aussi celui de ces cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants… encore (au moment de la rédaction de l’épître) à même de témoigner. Et Paul de conclure : Que ce soit moi que ce soit eux, voilà ce que nous prêchons, et c’est ce que vous avez cru. 3 L’affirmation ne repose pas sur les déclarations d’un seul, elle en est d’autant plus forte.

Les Corinthiens, comme le lecteur aujourd’hui, sont donc un peu comme un juge en présence d’un dossier bouclé : avec les témoignages, et les pièces à conviction. L’insistance de l’apôtre Paul sur la véracité et l’objectivité des faits ne peuvent pas passer inaperçue. C’est pour lui un souci important. À nous de juger…

Si je suis triste, ou découragé, Jésus est quand même ressuscité, quel que soit l’état de mon âme ; et il est prémices de ma propre résurrection.

Conséquences

Alors, il nous reste à retenir le souci de Paul pour cette question : est-ce que c’est vrai ? Est-ce important que notre foi soit fondée sur des choses justes ? La question vaut pour le fondement de la foi mais aussi pour toutes nos pratiques. Justement, l’esprit du siècle, dont nous voulons nous garder dans l’Église, ne nous pousse pas toujours à nous demander si c’est vrai ou si c’est juste. Mais plutôt : est-ce agréable ? Est-ce rentable ? Est-ce que ça marche ? Ou est-ce que ça va attirer du monde ? Des questions qui après tout peuvent être légitimes, mais qui ne doivent pas être déterminantes pour les choix que nous avons à faire.

Quant à la proclamation de Pâques pour nous chrétiens, même si nous ne sommes pas dans la joie (les circonstances ne sont pas les meilleures tout le temps, et nos humeurs ne sont pas toujours au beau fixe), notre espérance reste légitime. Elle n’est pas fonction des variations de nos états d’âme, elle ne repose pas sur notre rayonnement spirituel, ou sur notre fidélité, mais sur l’œuvre du Seigneur. Si je suis triste, ou découragé, Jésus est quand même ressuscité, quel que soit l’état de mon âme ; et il est prémices de ma propre résurrection. Même affaiblie, ma foi peut vivre de cette espérance… Et c’est déjà un sujet de reconnaissance et d’adoration pour lequel je peux me joindre à la louange de toute l’Église, quel que soit mon état d’âme.

 

1 1 Corinthiens 15:13-19

2 1 Corinthiens 15:3

3 1 Corinthiens 15:5-11

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

error: Content is protected !!