Her : Une passionnante parabole futuriste sur l’amour.

her-gagnez-places-affiche-love-story-spike-jo-L-KxuJpRDans un avenir proche, Theodore Twombly est un homme sensible avec une vie sociale un peu compliquée. Il n’arrive pas à sortir d’une rupture douloureuse avec sa femme et il a peu d’amis. Une seule, en fait… Il travaille pour un site Internet qui écrit de belles lettres à la place des gens. Et il est très doué pour ça ! Il fait l’acquisition d’un tout nouveau logiciel, un système d’exploitation qui propose une intelligence artificielle ultra-performante. Plus qu’un programme, c’est une véritable conscience capable de s’adapter, d’apprendre et d’évoluer de façon indépendante. Après quelques questions pour calibrer le système, Theodore fait la connaissance de Samantha, qui s’avérera petit à petit être bien plus qu’une simple voix. Une relation amoureuse va finir par naître entre Theodore et Samantha…

Les nouvelles technologies et leur emprise sur nos vies, la place de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle, sont des questions totalement en prise avec notre monde actuel.

Disons-le tout de suite : le scénario est génial (un oscar pleinement mérité) ! Plein d’humour et de finesse, mais aussi de sensibilité et de profondeur, il décrit un monde assez inquiétant, finalement pas très éloigné du nôtre, où tout le monde est toujours connecté, où les gens semblent parler tout seul dans la rue. Un monde où le virtuel et le réel se confondent, où l’intelligence artificielle rivalise avec l’intelligence humaine et finit même par la dépasser et s’en affranchir. Le scénario ménage aussi un rebondissement magistral et une fin tout à fait réussie, qui ouvrent des perspectives de réflexion passionnantes, y compris lorsqu’on se place dans une perspective théologique.

Une réflexion sur l’humanité

Les nouvelles technologies et leur emprise sur nos vies, la place de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle, sont des questions totalement en prise avec notre monde actuel. Si l’action se déroule dans le futur, c’est un avenir finalement pas très éloigné de notre présent, juste un peu plus évolué technologiquement. Mais nous y rencontrons les mêmes problématiques qu’aujourd’hui sur l’impact d’une vie constamment connectée (par exemple via les réseaux sociaux) sur nos relations. C’est ce qui rend le film troublant. Et, malgré son scénario invraisemblable au premier abord, il devient une histoire crédible. Il est troublant de voir avec quelle facilité ces nouveaux systèmes d’exploitation s’intègrent naturellement dans la vie sociale des gens. Ils deviennent les confidents les plus proches, des amis, des amants comme les autres. La frontière entre le réel et le virtuel tombe.

Mais la question se pose : un programme créé à l’image de l’homme est-il humain ? Samantha a une personnalité. Est-elle pour autant humaine ?

Samantha, même si elle n’est qu’un logiciel très sophistiqué, est présentée comme une véritable conscience autonome. Elle est vite elle-même confrontée à des questions existentielles, complexée par le fait qu’elle n’a pas de corps. Elle vaincra ses doutes et verra finalement cette absence de corps comme une force plutôt qu’une faiblesse. Et cela aura des conséquences inattendues que je vous laisse découvrir si vous n’avez pas vu le film. Mais la question se pose : un programme créé à l’image de l’homme est-il humain ? Samantha a une personnalité. Est-elle pour autant humaine ? La question reste en suspend dans le film…

 Qu’est-ce qui fait de nous des humains ? Et qu’est-ce qui nous distingue de la machine ou de l’animal ? La réponse de la Bible repose essentiellement sur cette formule de la Genèse où l’homme et la femme ont été créés « à l’image de Dieu » (Genèse 1.26). Formule assez énigmatique mais qui confère aux humains un statut particulier au sein de la création. Le fait que l’être humain ait été créé à l’image de Dieu ne fait pas de lui un dieu. C’est même l’erreur dans laquelle Adam et Eve sont tombés, succombant à la tentation du Serpent : « Vous serez comme des dieux » (Genèse 3.5). Mais cette « image de Dieu » rend possible à l’être humain une relation personnelle avec Dieu… comme Samantha avec Theodore dans Her.

Her pose plusieurs questions importantes, sur la façon dont un amour est appelé à évoluer, et sur la difficulté d’assumer cette évolution pour permettre au couple de durer, sur la possibilité d’aimer plusieurs personnes à la fois, sur la difficulté de tourner la page après un échec amoureux

Une histoire sur l’amour

Mais n’oublions pas que ce film est d’abord une histoire d’amour… même si elle n’est pas banale ! Ou peut-être plutôt une histoire sur l’amour. Il pose plusieurs questions importantes, sur la façon dont un amour est appelé à évoluer, et sur la difficulté d’assumer cette évolution pour permettre au couple de durer, sur la possibilité d’aimer plusieurs personnes à la fois, sur la difficulté de tourner la page après un échec amoureux, etc. Spike Jonze, le réalisateur, arrive à faire de cette histoire incroyable une véritable histoire d’amour crédible. Mais l’amour n’est-il pas toujours étonnant ? Comme le dit un personnage du film : « l’amour n’est qu’une forme socialement acceptable de folie ». Une belle formule pour décrire le caractère insaisissable de l’amour, sa dimension mystérieuse, toujours surprenante.

Si la capacité d’aimer est une marque de l’humanité, alors Samantha semble bien la partager avec Theodore ! Mais la fin du film montre bien que tout n’est pas aussi simple. D’ailleurs, les humains ne sont pas les seuls à aimer. La Bible laisse même entendre que la source de tout amour est en dehors de l’humanité, en Dieu lui-même : « Dieu est amour » (1 Jean 4.16). [Spoiler : le paragraphe suivant mentionne certains éléments que vous préférerez peut-être ne pas connaître avant d’avoir vu le film !] D’ailleurs, par un renversement spectaculaire, la « créature » Samantha devient presque une analogie de Dieu à la fin du film. Un être infini peut aimer personnellement et intensément une infinité de personnes sans que cela n’altère aucunement son amour pour qui que ce soit. Un peu comme Samantha qui révèle à Theodore que non seulement elle communique en même temps avec des milliers de personnes mais qu’en plus elle en aime plusieurs centaines à la fois… et que cela n’enlève rien à son amour pour Theodore. [/Spoiler]

Her est un film intelligent, avec un scénario passionnant, porté par une interprétation remarquable. Un film qui fait réfléchir, sur notre humanité, sur l’amour… et même, pourquoi pas, sur Dieu lui-même !

 

À propos Vincent Miéville

Vincent Miéville est pasteur de l’EEL de Toulouse et président de la commission synodale de l’UEEL.

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