Histoire de Judas : un Jésus à hauteur d’homme

histoire_de_judasDans Histoire de Judas, Rabah Ameur-Zaïmech propose une vision personnelle du récit des évangiles, notamment en proposant une « réhabilitation » de Judas. Dans le film, Judas n’est pas le traître qui a livré Jésus, il est le disciple le plus proche de son maître. Dès la scène d’ouverture, il va à la rencontre de Jésus dans le désert au terme de ses 40 jours de jeûne et il le porte sur son dos pour le ramener parmi les siens.

Il n’a pas trahi Jésus parce qu’au moment de l’arrestation, Judas n’est pas là. Il est à Qumran, à la recherche de parchemins écrits par un scribe qui a suivi Jésus et ses disciples et qui a écrit tout ce qu’il a vu et entendu. Judas avait demandé à Jésus ce qu’il devait faire avec ces parchemins et c’est là que Jésus lui dit la fameuse parole présente dans l’évangile selon Jean : « ce que tu dois faire, fais-le vite ». Le réalisateur donne donc à ces paroles une toute autre signification que dans l’évangile. Mais je trouve qu’il y reste une certaine ambiguité. Judas comprend qu’il doit détruire les documents… et c’est ce qui causera sa perte. Il sera gravement blessé dans ce périple. Il finira même par mourir de sa blessure mais après avoir appris la mort de son maître, s’en voulant de ne pas avoir été là pour le protéger.

Cette tentative de « réhabilitation » de Judas ne me paraît pas le point le plus intéressant du film. Certes, elle part d’une bonne intention, celle d’effacer l’antisémitisme trop souvent associé au personnage de Judas. Mais est-il vraiment besoin de changer les évangiles pour ne pas tomber dans l’antisémitisme ? Finalement, dans les évangiles, pratiquement tous sont Juifs… à commencer par Jésus !

Un autre personnage m’a laissé perplexe : Carabas (sans doute en référence à Barabas). C’est un simple d’esprit qui amuse les enfants en se faisant passer pour le roi des Juifs. Il jalonne le film de façon un peu étrange comme une sorte de pendant caricatural du Messie (ou de l’attente messianique ?). J’avoue n’avoir pas trop compris…

Et puis il y a Jésus… Malgré le propos sur la « réhabilitation » de Judas, c’est bien Jésus qui m’est apparu comme le personnage principal du film. Rabah Ameur-Zaïmech en propose une vision vraiment intéressante. Un regard qu’on sent fasciné. Le réalisateur en témoigne, le personnage de Jésus l’a marqué dès son enfance. Il nous présente un Jésus à hauteur d’homme. C’est rafraîchissant et touchant. Et assez convaincant. On est, évidemment, très très loin d’une vision hollywoodienne ! Le début du film, où Jésus apparaît tellement humain, simplement au milieu des siens, dans la vie quotidienne, est vraiment magnifique. Le réalisateur a choisi quelques scènes des évangiles : l’entrée à Jérusalem, l’épisode avec les marchands du temple, la femme adultère que les pharisiens voulaient lapider, la femme qui verse le parfum sur la tête de Jésus… C’est le Jésus prophète que le réalisateur évoque. Aucun miracle n’est mis en scène, mais ils sont quand même évoqués dans le film. On assiste à son jugement mais pas à sa mort. Mais sa résurrection est bel et bien évoquée à la fin du film.

Au niveau de la réalisation un travail particulièrement remarquable a été fait sur la lumière. Le réalisateur dit s’être inspiré du Caravage et de Rembrandt. Et ça se voit ! Les acteurs ne sont pas tous des professionnels, ça se sent parfois… mais ce n’est pas vraiment gênant. J’ai été très touché par le Jésus de Nabil Njedouani.

Les libertés prises avec le récit des évangiles va sans doute déranger certains. Mais le film n’est ni une simple mise en scène des évangiles ni une tentative de reconstitution historique. D’ailleurs, les décors ne sont pas du tout reconstitués de façon réaliste. Le film est tourné dans des ruines, telles qu’elles sont aujourd’hui. Dans son palais, Pilate apparaît au milieu de fresques usées par le temps. Le film est bien plus une évocation personnelle de la vie de Jésus, un regard à partir d’aujourd’hui, à travers une vision différente du personnage de Judas. D’ailleurs, pour souligner encore l’implication personnelle du réalisateur, c’est lui-même qui joue le rôle de Judas dans le film. Et, superbe symbole, Judas meurt dans le tombeau de Jésus vide, après la résurrection.

Histoire de Judas est vraiment un film intéressant, avec une vision du récit des évangiles très personnelle, donc discutable, mais de laquelle ressort un Jésus touchant d’humanité. Si proche de nous, finalement.

À propos Vincent Miéville

Vincent Miéville est pasteur de l’EEL de Toulouse et président de la commission synodale de l’UEEL.

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