Impressions sur la convention du CNEF

J’étais à la convention nationale du CNEF (Conseil national des évangéliques de France) les 22-23 janvier, à Pontoise. Je ne le cache pas, j’étais un peu sceptique quant au thème choisi : « Liberté, égalité, laïcité : quelle place pour les évangéliques ? », lié à la campagne « Libre de le dire » (www.libredeledire.fr) lancée par le CNEF pour cette année 2015. Je craignais que le combat pour la liberté de conscience et d’expression soit un peu trop autocentré sur les intérêts des seuls évangéliques. Certes, dans notre France laïque, tout n’est pas toujours aisé pour les Églises évangéliques. Mais peut-on vraiment dire qu’il y a atteinte à notre liberté de conscience ?

Mais les tragiques événements récents ont donné une autre pertinence au sujet… Il y a plusieurs fois été fait référence au cours de la convention. Et surtout, j’ai été rassuré par la qualité des interventions, pour la plupart sérieuses et pertinentes. Je pense notamment à la conférence de Prisca Robitzer, docteur en sociologie, très pointue sur le thème « Quelles liberté, égalité, laïcité pour quelle citoyenneté ? ». Son plaidoyer pour une urgente réaffirmation de la fraternité aux côtés de la liberté et de l’égalité faisait mouche. Remarquable aussi était l’intervention de Sébastien Fath, chercheur au CNRS et qu’on ne présente plus, sur la question « L’apaisement laïque est-il menacé ? » Fidèle à son habitude il ne s’est pas privé de mettre en lumière quelques travers dans lesquels les évangéliques peuvent tomber, comme par exemple un certain complexe de persécution. Mais il a dénoncé aussi les dérives du laïcisme (qui s’oppose aux religions) et plaidé en faveur de conflictualités créatives plutôt qu’un discours consensuel sur la laïcité, le consensus mou renforçant les extrêmes et les dérives sectaires. Brillant. Deux autres interventions ont été très applaudies. D’abord celle de Nancy Lefèvre, juriste du CNEF, plus directement liée au contexte propre aux évangéliques mais tout à fait pertinente. Enfin, l’allocution de conclusion de la convention par Étienne Lhermenault, très combative, sur le thème « Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». C’était bien dans son rôle de président du CNEF.

I-Grande-3225-libre-de-le-dire.netPour prolonger la réflexion, un ouvrage de référence, Libre de le dire, est paru chez blf éditions, dans lequel on retrouve trois des intervenants de la convention (Jacques Buchhold, Prisca Robitzer et Nancy Lefèvre) ainsi que d’autres auteurs tels que le pasteur Louis Schweitzer, l’historien Jean-Yves Carluer et le philosophe Charles-Eric de Saint Germain.

Au final, même si tout n’était pas parfait (je pense notamment au spectacle inédit proposé le jeudi soir, à mon avis à côté du thème et pas du tout convaincant), on peut aisément considérer que cette deuxième convention nationale du CNEF, ayant rassemblé quelques 700 pasteurs et responsables d’Églises et d’œuvres évangéliques, est une réussite.

À propos Vincent Miéville

Vincent Miéville est pasteur de l’EEL de Toulouse et président de la commission synodale de l’UEEL.

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