Je suis aussi Charlie

1L’attentat qui a frappé ce mercredi la rédaction de Charlie Hebdo nous choque. J’en suis resté abasourdi. Il nous choque parce qu’il est terrible, barbare et lâche. Mais il nous choque aussi parce qu’il a lieu chez nous, parce qu’il s’est attaqué à un symbole et parce qu’il compte des personnages publics parmi ses victimes.

On est touché, et scandalisé, par ce qui se passe en Syrie, au Nigéria ou ailleurs dans le monde. On est bouleversé par les populations en détresse, les flots de réfugiés, les milliers de victimes innocentes… Mais là, l’horreur frappe à notre porte. Charlie Hebdo a été touché, mais aussi des policiers, et des passants. Ça aurait pu être nous !

On est aussi choqué par le symbole. S’attaquer à la presse, et en particulier la presse satirique, est lourd de sens. Je ne suis pas vraiment un lecteur assidu de Charlie Hebdo mais là, j’aurais presque envie de m’abonner. Pour le symbole. On peut penser ce qu’on veut des prises de position de cet hebdomadaire, mais en voulant « tuer » Charlie Hebdo, c’est un symbole de la liberté d’expression qu’on a voulu tuer. Et les messages qui sont apparus sur les réseaux sociaux déclarant qu’ils l’avaient bien cherché sont abjects. Comment des dessins pourraient-il justifier une telle haine et une telle barbarie ? Nous ne pouvons qu’être aux côtés des défenseurs de la liberté d’expression, y compris à travers l’humour et la satire.

On est enfin choqué parce que des personnages publics ont été tués dans l’attentat, des dessinateurs connus : Wolinski, Cabu, Charb et Tignous. Cabu, je l’ai connu dans Récré A2, aux côtés de Dorothée, alors que j’étais gamin ! À peine plus tard, je me souviens de ses dessins en direct dans Droit de réponse de Michel Polac, tout comme Wolinski d’ailleurs. Toute une époque… Ces gens que j’avais l’habitude de voir sur le petit écran faisaient partie de mon histoire. Ils ont été tués sauvagement par des fous, au nom de Dieu !

Alors je me sens solidaire des victimes et de leurs familles. Je me sens meurtri dans ma liberté de conscience, sali dans mon humanité de constater ce que des hommes sont capables de faire, interpellé dans ma foi de voir avec horreur jusqu’où peut conduire une certaine foi et une certaine vision de Dieu. Mais plus que jamais, je veux espérer en l’amour de Dieu, capable de remplacer la haine par l’amour, de changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair.  

À propos Vincent Miéville

Vincent Miéville est pasteur de l’EEL de Toulouse et président de la commission synodale de l’UEEL.

4 plusieurs commentaires

  1. Bertrand Ribault

    Je suis allé au rassemblement républicain du 11 janvier à Paris. Pour autant, j’ai trouvé qu’on y voyait un peu trop Charlie. Défendre la liberté d’expression a dérivé en défendre Charlie, comme si Charlie Hebdo était devenu le symbole absolu d’une liberté d’expression elle-même considérée comme absolue. La seule liberté absolue est celle de Dieu. En tant que protestants évangéliques, nous sommes attachés à la liberté d’expression mais aussi à la liberté de conscience, et ce ne peut pas être seulement à la nôtre. N’oublions pas que Charlie Hebdo, usant de sa liberté d’expression, a heurté la liberté de conscience de millions de Musulmans en se moquant de leur foi. Alors défendons la liberté d’expression et la liberté de conscience, et oublions un peu Charlie, y compris sur PLV-Magazine.
    Fraternellement en Christ.

  2. Ouf ! Enfin un chrétien engagé (et pour cause, vous êtes pasteur !) qui ose penser et dire : Moi aussi je suis Charlie.
    MERCI, Vincent Miéville. J’ai beaucoup sollicité et attendu ce type de parole dans mon église (une très bonne église, ouverte, conviviale, chaleureuse, tolérante…). Mais même le pasteur a dit : Je ne suis pas Charlie… Puis ensuite, rideau. Durant les cultes qui ont suivi le drame du 7 février, on n’a entendu aucune référence à l’information brûlante… Devant ce silence, comment les enfants et jeunes de nos églises peuvent-ils se positionner dans leurs classes ? Que peuvent-ils penser ?
    Après avoir ainsi interpellé, je souhaite donner clairement ma position personnelle :
    Je suis Charlie, avec tous ceux qui ont souffert : musulmans, juifs, non-croyants, chrétiens, autres… Je serai toujours Charlie pour la liberté d’expression.
    Il ne me viendrait pas l’envie de faire une satire de qui que ce soit, mais je demande simplement que dans mon pays, on ait le droit de faire des satires de tout et de tout le monde. Tout simplement le droit. Parce que la satire, c’est le droit de rire, c’est un moyen de prendre de la distance vis-à-vis de tous nos défauts humains, de nos préjugés humains, de nos constructions humaines, y compris religieuses. Dieu est bien plus haut que tout cela. Comment imaginer un instant que le Créateur puisse être pour les uns et contre les autres ? Soyons Charlie, soyons humains.
    Merci, Vincent Miéville.

  3. C’est dû à une refonte du site. Malheureusement les commentaires ont été perdus. Nous sommes désolés pour ce désagrément. N’hésitez pas à poster de nouveaux commentaires !

  4. pourquoi avez vous enlevé les commentaires?

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