Je t’aime … mais plus maintenant.

divorceTout avait pourtant si bien commencé ! Quelques années auparavant, on avait solennellement pris à témoin « Dieu et les hommes ». Et publiquement, on avait proclamé son amour. Devant Monsieur le maire, puis à l’église, on avait déclaré en présence de ses proches que l’on décidait de s’engager « pour le meilleur et pour le pire ». On se promettait fidélité jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Et toute la nuit, on avait fait la fête, on avait dansé, chanté… Puis on s’était lancé dans la vie, l’œil fixé sur la ligne rose du bonheur, convaincu que « la corde à trois fils ne rompt pas facilement ». Les jours alors se sont égrenés. Et soudain, les lendemains ont déchanté. Le conte de fées a tourné au drame. La passion, qui hier remplissait tout l’espace conjugal, a commencé à s’effilocher au contact du réel. Au fil des jours, le prince charmant et la princesse perdaient de leur séduction. Aux paroles amoureuses des débuts, aux douces galanteries, aux projets enthousiastes, à l’estime mutuelle et à l’admiration ont succédé l’incompréhension, la lassitude, le désenchantement, les cris, les impasses, les coups parfois. Ah ! Servitude de l’éphémère ! Puis est venu le temps des silences, ces silences qui murent et qui éloignent ; le temps des mots qui blessent et humilient ; le temps des larmes et des questions insolubles ; le temps des bilans et des renoncements précoces. L’impensable fut alors envisagé : divorcer. Même si cela revenait à « déchirer l’énoncé d’un problème que l’on ne parvient pas à résoudre ».

Ceci n’est pas un scénario fiction et encore moins une histoire « qui n’arrive qu’aux autres » (les « autres », quand on est chrétien, étant généralement les non-croyants !). Toutes les statistiques vous le diront : cette suite d’événements, qui invariablement conduit au divorce, touche en France un mariage sur trois. Et même si les Églises évangéliques aujourd’hui ne subissent pas le phénomène avec la même ampleur, il n’en demeure pas moins que la situation n’est pas aussi idéale qu’on voudrait bien le croire. Par certains côtés, elle serait même préoccupante.

On fera tout bien sûr dans l’Église pour essayer de réconcilier un couple qui traverse de graves difficultés. Mais il arrive malheureusement que ces personnes n’osent pas s’avouer à elles-mêmes, ni dire à un tiers ce qui les tourmente. Et quand enfin elles se décident à le faire, il est souvent trop tard : le couple en est à son « stade final ». Tous ceux qui veulent aider, qui peuvent aider, ont alors l’impression d’être devant le fait accompli, un peu comme un médecin face à une personne malade qui a laissé son mal évoluer en cachette. Il faut confier ses déboires pour les surmonter. Le fait d’en parler, il est vrai, n’est pas « un remède miracle », mais toute aide efficace commence par cet appel au secours. On ne saurait trop encourager les couples dans l’Église à le faire en toute simplicité, quand il en est encore temps.

Mais l’esprit de jugement et le manque d’amour qui animent ceux qui pourraient aider sont souvent des barrières infranchissables que les plus timides n’osent pas escalader.

Entourer le divorce…

Mon propos cependant n’est pas de parler du divorce, de commenter des statistiques, ou de faire un exposé sur les conséquences morales de tel ou tel point de doctrine. Non que ce soit inutile, mais nous oublions souvent que derrière ces données, en coulisse, il y a des personnes dont la vie bascule. Des personnes qui ne se résignent pas à l’idée de se séparer et pour lesquelles le divorce apparaît comme un échec ultime et définitif.

Le divorce est plus qu’une rupture. Plus qu’une simple séparation. Plus qu’un déchirement. C’est un deuil de l’autre et de soi-même, le deuil d’une vie sans doute trop rêvée, et qu’il faut se résoudre, soudain, à purger de son trop plein d’illusions.

On ne ressort jamais indemne d’un divorce même si l’on croit – à tort – que la séparation, devenue tellement banale, tellement courante, se déroule sans histoire, presque sans souffrance. Le divorce est une épreuve redoutable. Si, hélas ! il arrive à un membre d’Église d’avoir à porter ce fardeau, ne prenons pas le risque de l’isoler ou de l’enfoncer d’avantage par notre manque de tact et de spiritualité. Il serait affligeant, qu’au nom du « débat d ‘idées » et des convictions, « la solidarité bienveillante » qui doit exister au sein du corps de Christ (telle que décrit dans 1 Corinthiens 12), ne joue pas dans une telle situation.

…dans l’Église

Notre attitude dans l’Église à l’égard du divorce ne doit être ni l’indulgence bonasse, ni l’intransigeance dogmatique, car entre les irréductibles, pour qui le divorce est de toute manière inadmissible et les autres, qui font de la souveraineté de l’individu l’axe inaliénable de leurs convictions, il me semble que la Parole de Dieu nous ouvre une autre voie, celle de la compassion et de la bonté clairvoyante.

« Frères, si un frère vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur. Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ. » Ga 6.1-3.

Disons les choses clairement. Nous croyons que Dieu veut un mariage pour la vie. « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ». Quand publiquement, nous affirmons vouloir rester ensemble « jusqu’à ce que la mort nous sépare », c’est véritablement l’intention de Dieu pour notre mariage que nous formulons.

Mais il peut arriver qu’un péché grave brise le lien avant ce terme. La relation conjugale est alors tellement meurtrie que la dissolution du mariage semble être la seule issue possible. Si dans l’Église nous voulons vraiment comprendre ce qui se joue dans le couple quand il se défait, saisir les ressorts de cette douloureuse histoire, nous devons d’abord être lucide à l’égard du péché.

Que nous l’admettions ou non, c’est toujours notre péché qui vient à bout de nos plus belles promesses, qui fait échouer l’intention de Dieu pour nos mariages.

Aider à cette reconnaissance me semble être la démarche clef quand, dans l’Église, nous accueillons les victimes du divorce.

Savoir rester à sa place

Mais comprenez-moi bien. Il ne s’agit pas de s’immiscer dans la vie des personnes et encore moins de jouer au « pêcheur de fond » avec le péché des autres, en recherchant de façon morbide, dans les profondeurs de la relation brisée, l’origine de la rupture. Non. Le rôle de l’Église est d’aider les personnes divorcées, avec douceur, à vivre pour elles-mêmes ce que l’apôtre Jean a exprimé avec tant de force : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n ‘est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice » 1 Jn 1.8-9.

Le but de cette démarche n’étant pas de culpabiliser davantage ou de focaliser sur la faute, mais d’affirmer clairement et sans ambiguïté que le pardon est toujours possible, toujours à saisir.

Dans l’Église, nous ne devons pas marquer ceux qui échouent dans leur vie de couple du label « divorcé », comme si le divorce était une faute irrémissible et irréparable, comme si la communauté devait à tout jamais en garder le souvenir. Toutes les personnes divorcées vous le diront : affronter les ragots, les silences embarrassés ou la réprobation contenue est un cap difficile à passer qui parfois n’en finit pas de durer. Il y a des fautes qui restent extrêmement vivaces dans la mémoire des hommes ! Et c’est d’autant plus difficile à vivre que nous nous savons pardonnés par Dieu.

L’Église en accueillant, peut aussi aider à une prise de conscience des responsabilités, des comportements ou des événements qui ont conduit au divorce. Sans esprit de jugement bien entendu, sans moralisme et si possible sans parti pris. Ce n’est pas toujours facile en effet, quand on vit un divorce « en direct » de répondre seul à cette douloureuse question : « Pourquoi et comment en suis-je arrivé là » ? Et cette question devient lancinante, obsédante pour peu qu’elle soit aiguisée par la culpabilité d’avoir raté son mariage « alors que l ‘on est chrétien ». Là aussi il convient d’user de tact et de discernement. Il ne nous est pas demandé de nous imposer dans la vie des personnes, mais d’être suffisamment près d’elles et attentifs pour entendre leurs questions, et y répondre. Essayer de comprendre ensemble, par une écoute active et sans réponse hâtive : il n’en faut pas moins pour « porter les fardeaux les uns des autres » comme la Parole nous y invite.

Quand on comprend, on peut essayer de démêler la situation. Tel conjoint a-t-il une responsabilité plus marquée dans les circonstances qui ont conduit au divorce ? Tel autre au contraire a-t-il « subi » les erreurs de son conjoint ? N’ont-ils pas été plutôt l’un et l’autre, à la fois victime et responsable de l’échec du couple ? Comprendre cela, le savoir, le reconnaître pour soi peut rassurer, peut aider à ne pas désespérer. Seule une véritable attitude d’accueil de la part des membres de l’Église peut contribuer à ces prises de conscience salutaires.

Concrètement

Mais vouloir partager les fardeaux des autres peut nous amener plus loin encore. En effet, après la douleur du pourquoi et du comment – qui se réfère au passé – vient la souffrance du divorce lui- même. Lors de la procédure d’abord, « quand on se retrouve au tribunal devant la femme qu’on aime, (qu’on voudrait continuer d’aimer), avec laquelle on a eu trois enfants et qui se retrouve là en ennemie. Il faut régler des problèmes matériels et se partager les enfants. Les images de la mairie, de l ‘Église, des fêtes familiales défilent. Les êtres les plus chers, l’être le plus cher : elle est là, qui réclame les enfants, moi aussi. Le cœur et la raison ne suivent pas, ne comprennent pas. Puis, tout va très vite. Le juge écoute à peine. Pas de temps à perdre sur le fond. Ce qui a pu se passer ? Tenter de réconcilier ou faire réfléchir les époux ? Les remettre face à leur engagement, à leur devoir ? Non tout ce qui se passe est banal, normal, courant… la routine ».

Ensuite, lorsqu’on se retrouve seul face à soi- même et qu’il faut continuer à vivre tant bien que mal : la maison vide que l’on est obligé de vendre ; le patrimoine affectif que l’on doit gommer ; la pension alimentaire qui n’arrive pas régulièrement ; les coups de téléphone ou les visites amicales qui se raréfient (comme si le divorce était contagieux !) ; les amis communs au couple qui s’éloignent parce qu’ils n’ont pas voulu choisir entre lui et elle ; les droits de gardes et de visites des enfants qu’il faut organiser ; les enfants qui subissent tout cela et qui ont des problèmes scolaires ; le petit dernier qu’il faut faire suivre par un spécialiste ; la difficulté croissante à joindre les deux bouts… Il faut en fait repartir à zéro avec un terrible sentiment d’épuisement et de stérilité.

Mais il faudra vivre des déchirures encore plus fortes : la perte de « statut » par exemple. On n’est plus marié, mais on n’est pas vraiment un célibataire ; « le vol de paternité par cet autre qui est maintenant chez elle et qui s’occupe des enfants » ; ce besoin d’affection et de tendresse qui nous tenaille et que l’on doit mettre en veilleuse ; l’incompréhension et la gêne de nos proches, quand ce ne sont pas des remontrances…

Le Seigneur ne nous demande pas de juger ou de condamner ceux qui ratent l’intention de Dieu pour leur mariage, mais de porter avec eux le fardeau de l’épreuve. « Car si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui. »

Et si nous voulons aller plus loin, si nous n’acceptons pas comme une fatalité qu’il y ait autant de ruptures et de séparations, si nous ne voulons pas seulement recoller les pots cassés, alors prenons plus de temps, dans l’Église, pour préparer, pour prévenir et pour éduquer tous ceux qui sont décidés à s’engager « pour le meilleur et pour le pire ! »nel.

À propos Gérard Hoareau

Marié et père de 7 enfants (dont 2 adoptés), Gérard Hoareau est ingénieur commercial et responsable de l'association "Mission Vie et famille" qui a pour but d'aider les personnes à résoudre leurs problèmes d'ordre affectif ou relationnel.

Un commentaire

  1. Très bon article, étant passé moi-même par le divorce, je m’y suis bien retrouvé (notamment dans l’épisode du passage devant le juge), et je trouve les conseils à l’Eglise très bons à suivre.
    Cependant, une chose m’a gêné : l’auteur attribue maladroitement la cause d’un divorce FORCEMENT à un péché grave (cf paragraphe « dans l’Eglise » : « Mais il peut arriver qu’un péché grave brise le lien avant ce terme. »). J’ose affirmer que dans mon cas il ne s’agissait pas d’un péché. J’aurais préféré que l’auteur utilise le terme « traumatisme » !

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