Juste la fin du monde : un cri étouffant, un appel à l’amour

Juste la fin du mondeGrand prix du jury à Cannes, Juste la fin du monde avait aussi reçu le prix du jury oecuménique. Et cela avait d’ailleurs étonné bon nombre d’observateurs, à commencer par le réalisateur lui-même qui disait au moment de la remise du prix que c’était tout à fait inattendu ! Le film est sorti la semaine dernière sur les écrans français. Mérite-t-il son prix ?

Après douze ans d’absence, Louis retourne dans son village pour revoir sa famille : sa mère, son frère avec qui les relations sont conflictuelles, la femme de son frère qu’il ne connaît pas et sa jeune soeur qu’il connaît à peine. Ils ne savent pas pourquoi il veut les revoir… ils ne savent pas que c’est pour leur annoncer sa mort prochaine. Mais arrivera-t-il seulement à le leur dire ?

Juste la fin du monde est un cri, un drame familial intimiste et étouffant. Un film à fleur de peau qui remue le spectateur… Inspiré d’une pièce de théâtre (qui porte le même titre) écrite par Jean-Luc Lagarce, le film n’est pas pour autant du simple théâtre filmé. Certes, les dialogues ont une place prépondérante. Mais les non-dits aussi, les silences, les regards. Le tout est magnifiquement rendu par le choix du réalisateur de privilégier les gros plans, laissant régulièrement les personnages qui parlent hors-champ, pour se concentrer sur les réactions silencieuses des autres. Un choix qui accentue le caractère intimiste de l’histoire et place le spectateur au plus près des personnages, la sensation d’étouffement est accentuée, les accès de violence, dans les rapports familiaux houleux, sont pris en pleine face.

Car nous sommes devant une famille incapable de communiquer, visiblement plombée par le lourd poids d’un passé qu’on devine seulement, en filigrane. Une famille dont les membres, finalement, ne se connaissent pas parce qu’ils s’évitent ou s’affrontent. Une famille où l’amour, sous-jacent, existe sans doute… mais un amour qui est presque impossible à exprimer. Pourtant, à quelques reprises dans le film, on a l’impression que les choses pourraient basculer, une relation pourrait se (re)nouer… mais c’est comme si cette famille s’interdisait l’amour et la réconciliation, préférant la fuite.

On pourrait presque voir dans cette histoire une anti-parabole du fils prodigue, avec le retour manqué du fils perdu que les siens refusent, ou n’arrivent pas à accueillir. Une explication peut-être au prix du jury oecuménique ? En tout cas, il est vrai que ce film sombre et pesant semble évoquer l’impossibilité de l’amour et ne paraît pas bien optimiste sur la famille… Mais on peut aussi le voir comme un cri qui appelle à l’amour et la réconciliation, particulièrement dans le cadre de la famille. Un appel auquel le chrétien ne devrait pas être insensible…

Juste la fin du monde est, à l’image de son réalisateur, à fleur de peau. Si, pour moi, le choc émotionnel a été moins grand que pour Mommy, son précédent film, ça n’en est pas moins un film d’une grande force, interprété par cinq acteurs formidables et mis en scène avec une maestria confondante pour un réalisateur qui n’a, rappelons-le, que 27 ans !

À propos Vincent Miéville

Vincent Miéville est pasteur de l’EEL de Toulouse et président de la commission synodale de l’UEEL.

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