La justice de Dieu, cette drôle d’idée !

1La justice, cette drôle d’idée ! La demande de justice a toujours été importante. Le manque de justice n’est-il d’ailleurs pas l’une des raisons pour lesquelles, selon l’« Indice de perception de la corruption», la France est parmi les derniers pays européens ? En même temps, la justice fait peur. Qui veut avoir à faire à la justice ? Personne ! N’avons-nous pas un peu les mêmes sentiments lorsque nous entendons l’expression « justice de Dieu » ? Mais qu’est-ce que cette justice ?

 Un ordre de justice

 S’il fallait trouver dans la Bible un lieu d’ancrage pour une bonne compréhension de la justice de Dieu, ce serait dans la Genèse, car la notion de création divine est étroitement liée à celle de justice. Celle-ci a en effet comme arrière plan un lieu, une histoire dans laquelle elle se manifeste. Deux aspects de la Genèse sont particulièrement importants ici.

 Tout d’abord, si Dieu manifeste sa justice, c’est que la création reflète un ordre de justice (Gn 1-2). Ce n’est pas sans raisons que le psalmiste célèbre une justice de Dieu qui s’étend à toute la création ! (Ps 36.7). La justice de Dieu soutient le monde : elle n’est pas que justice-jugement mais aussi justice-règne. Ainsi la justice  décrit la manière dont Dieu règne sur un ordre juste, et par extension restaure un ordre juste. Il y a d’ailleurs un rapport étroit entre l’Apocalypse et le récit de la création qui dévoile le cosmos comme le temple que Dieu crée à sa propre gloire. La création et la recréation sont symboliquement les temples dans lesquels la présence du Dieu trinitaire repose (cf. Ap 4.1-5.14, 20.11-21-4). La justice de Dieu, c’est un règne juste sur une création dont il est roi. Ceci est particulièrement important pour les prophètes (cf. Es 60.20-25).

 Ensuite, la Genèse rapporte aussi les premiers pas d’une histoire du salut qui passe par la formation d’un peuple. Et si cette constitution d’un peuple, dès Gn 12 et 15, est importance, c’est parce qu’elle met en lumière le fait que Dieu manifeste sa justice dans l’histoire de l’humanité. Ainsi, cette justice n’est pas premièrement jugement, mais essentiellement une démonstration de la présence d’un Dieu saint et bon aux côtés de son peuple : c’est en guidant son peuple que Dieu montre sa justice, en d’autres termes, son droit. C’est là le deuxième aspect de la justice pour le psalmiste, : une justice-fidélité de Dieu envers son peuple (Es 11.5), justice par laquelle Dieu amène le salut qu’il avait promis.

 

Justice : de jugement et de grâce

 C’est cet ancrage biblique qui permet de distinguer deux aspects principaux à la justice de Dieu. Il y a d’abord la justice de rétribution, la justice de jugement. C’est ce type de justice auquel nous pensons immédiatement lorsque nous entendons « justice divine », peut-être parce que nous considérons toujours que la justice est surtout quelque chose de négatif et que nous l’assimilons à un jugement punitif. Cependant bien que ce type de justice soit important en terme de fréquence Ex 6.5, Dt 10.17, Ps 7.11, Es 5.16, Rm 2.5), il n’est dans le langage biblique, que second dans son importance. En effet, il y a aussi un deuxième grand type de justice que Dieu démontre dans sa relation avec son peuple : c’est une justice de rémunération, une justice de grâce. Il semble un peu étonnant de parler de justice de grâce—et donc d’amour. Trop souvent nous considérons que les deux termes justice et grâce (ou amour) sont des termes opposés que nous devons tant bien que mal maintenir ensemble. Mais est-ce le cas ?

 La justice n’est-elle pas plutôt l’une des expressions de l’amour salvateur de Dieu envers sa création et donc envers l’humanité, et particulièrement envers son peuple ? Cela semble effectivement être le cas si nous nous rappelons que cette justice de Dieu a comme objectif de ramener la création vers lui. Cette justice rejoint la fidélité de Dieu envers ses propres promesses: promesses de restauration, de salut, de paix … en fait, de justice motivée par son amour. Ainsi la psalmiste peut s’écrier avec joie : « L’Éternel a manifesté son salut, il a révélé sa justice aux yeux des nations » (Ps 98.2). La justice de Dieu est donc parallèle à son amour fidèle (Ps 33.5 ; Jr 9.24 ; Os 2.21-25 ; 1Jn 1.9). La justice n’est donc jamais à opposer à la grâce aimante de Dieu !

 

La justice du jugement : un argument apologétique

 Cette justice divine si difficile à comprendre est pourtant important pour notre présentation de la foi. Premièrement, notre théologie de la justice doit servir à présenter l’espérance de l’accomplissement final d’une vraie justice. Notre monde demande une justice humaine qui ne peut jamais être totalement vécue ou rendue. Devons-nous alors devenir cyniques et ne rien attendre de la justice ? Au contraire ! Si la justice est d’abord celle du créateur qui revient pour régner sur un cosmos restauré, il nous faut démontrer cela. Ainsi l’Église, ce lieu de communauté, de foi et de paix, doit aussi être lieu de justice (Ac 6.1-2). L’Église doit être lieu de justice et nous devons nous faire justice les uns aux autres. Là se trouve aussi l’une des motivations pour notre justice sociale (Am 2.6-8) ou écologiques : manifester l’espérance du juste règne de Dieu, ainsi que de la restauration cosmique.

 Deuxièmement, la justice de Dieu se manifeste dans le jugement que Dieu lui-même rendra de toutes les oeuvres que les êtres humains auront accomplis. Ce jugement de nos actions n’entre bien sûr pas en compte en vue de notre salut, mais c’est un jugement qui demeure. Les théologiens ont alors parlé d’un double jugement : des hommes et de leurs oeuvres. Ceci est d’importance : la justice de Dieu s’exercera de manière impartiale. Les fautes que nous aurons commises contre nos voisins non chrétiens seront jugées et dévoilées (1Co 3.10-17) ! La justice sera rendue totalement, sans concession : c’est cela l’espérance de la vraie justice.

 Pour résumer ce qu’est la justice, il faut la relier aux termes suivants : règne, fidélité, grâce, jugement ; et jugement en dernier parce qu’il est manifestation des premiers termes. Ainsi, la justice-jugement est une fonction de la justice-grâce et pas son opposé ! Voilà qui doit nous émerveiller chaque jour. Voilà qui doit nous encourager à vivre de, et pour, cette justice. La justice en chaque instant : c’est la voie du Dieu fidèle qui restaure le monde. 

 

À propos Yannick Imbert

Yannick Imbert, 35 ans, est professeur d'apologétique et d'histoire à la Faculté Jean Calvin d'Aix en Provence. Il aime le café, l'Heroic Fantasy. Il est aussi titulaire d'un D.E.A en théologie,d'un D.E.S.S en management inter-culturel et médiation religieuse et d'un doctorat en Théologie. Il a étudié à Aix en Provence et Westminster .

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