La nuit de feu – Eric-Emmanuel Schmitt – éd. Albin Michel

la nuit de feu SchmittLe dernier-né de cet auteur phare étonne par son caractère éminemment personnel, voire intime. Nous sommes ici en terrain d’autobiographie, ou de confession de foi, et non point de fiction. L’auteur relate une expérience véridique, vécue à l’âge de vingt-huit ans, une randonnée dans le grand sud algérien, au cours de laquelle il s’égare le temps d’une nuit, dans l’immensité du Hoggar. Il y traverse une fulgurance mystique qui l’a transformé, et que l’on peut sans doute nommer rencontre de Dieu, même si les canons de notre foi évangélique ne se retrouvent pas sous sa plume.

Il emprunte à Pascal, qui avait ainsi nommé sa propre nuit mystique, l’expression du titre « nuit de feu ». Ses questionnements antérieurs – en philosophe rationaliste mais très honnête qu’il était – l’avaient certainement préparé à cette acceptation d’une présence à la fois si hors du commun et si proche, à cette effusion de paix et cette approche de l’éternité. Cet ouvrage intrigue et intéresse donc pour l’étape spirituelle intime qu’il rapporte.

Mais il offre aussi l’occasion de goûter à nouveau l’écriture ciselée d’Eric-Emmanuel Schmitt, la perspicacité de l’analyse de ses compagnons de randonnée, et la pertinence de sa comparaison des deux cultures, l’occidentale citadine intellectuelle, et la touareg du désert et de l’écoute du silence.

Je vous livre en guise de conclusion quelques citations pour vous mettre l’eau à la bouche !

« Le véritable voyage consiste toujours en la confrontation d’un imaginaire à une réalité… Si un voyageur n’espère rien, il ne verra que ce que voient les yeux ; en revanche, s’il a déjà modelé les lieux en songe, il verra davantage que ce qui se présente, il percevra même le passé et le futur au-delà de l’instant…

J’avais souvent vécu sans m’en apercevoir, confondant la suractivité et le bonheur d’être… Sur terre, ce ne sont pas les occasions de s’émerveiller qui manquent, mais les émerveillés…

Jadis, les gens croyaient parce qu’on les y incitait ; aujourd’hui ils doutent pour le même motif…

L’absence de preuves n’apporte pas la preuve de l’absence…

La raison n’a guère d’humilité spontanée, il faut qu’on la bouscule…

Face au questionnement sur l’existence de Dieu, se présentent trois types d’individus honnêtes, le croyant qui dit : “Je ne sais pas, mais je crois que oui”, l’athée qui dit : “Je ne sais pas, mais je crois que non”, l’indifférent qui dit :  “Je ne sais pas et je m’en moque”. L’escroquerie commence chez celui qui clame : “Je sais !”… Les certitudes ne créent que des cadavres. En notre siècle où, comme jadis, on tue au nom de Dieu,… les amis de Dieu restent ceux qui le cherchent, pas ceux qui parlent à Sa place en prétendant L’avoir trouvé…

Seuls les arguments rationnels ont le pouvoir d’emporter l’adhésion, pas les expériences. Je n’ai fait qu’éprouver, je ne prouverai donc pas, je me contente de témoigner… »

À propos Mireille Boissonnat

Mireille Boissonnat est membre de l’EEL de Paris-Alésia.

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