La promesse dans l’Ancien Testament

abraham1Un témoignage de la fidélité de Dieu à ses promesses au travers de l’histoire de son peuple…

Faire confiance à une promesse est toujours un pari, une aventure, même lorsqu’on se fie à la parole donnée par un Dieu qui n’est pas subordonné aux contingences et aux fragilités de notre condition humaine. L’Ancien Testament nous offre l’exemple de plusieurs promesses à long terme qui jalonnent l’histoire du peuple élu et de l’humanité. Suivre à travers les textes le parcours de l’une d’entre elles peut nous aider à mieux percevoir notre condition de croyant. On choisit de suivre la promesse faite à David d’une dynastie durable.

Promesse à David

Ce n’est pas sans réticences que Dieu avait accédé à la demande du peuple d’Israël de lui désigner un roi. L’échec du premier règne, dont le récit biblique souligne le tragique, était propre à servir de sérieux avertissement pour les monarques à venir. Pourtant, dès l’étape suivante, Dieu décide de s’engager durablement pour le nouveau roi. Il promet à David de traiter son successeur comme un fils : on le punit quand il commet des fautes mais on ne le rejette pas, comme l’a été Saül, son prédécesseur (2 S 7:14-15). Cette assurance pour l’immédiat, s’accompagne de la promesse à long terme d’une dynastie dont la durée paraît sans limite : « Ta maison et ton règne seront pour toujours assurés, ton trône sera pour toujours affermi » (v.16).

Avertissement à Salomon

Lorsque David transmet le pouvoir à son fils Salomon, il lui rappelle la promesse divine dont il entrevoit la réalisation à plus long terme : « Tu ne seras jamais privé d’un successeur siégeant sur le trône d’Israël. » Il l’assortit en même temps d’une condition de validité, non formulée dans la version initiale de l’oracle : « Si tes fils veillent sur leur conduite pour se comporter devant moi avec fidélité de tout leur cœur et de toute leur âme » (2R 2.4). Salomon lui-même, assuré, selon la promesse antérieurement faite à David, de ne pas être rejeté en cas de faute, mais de bénéficier de la part de Dieu d’un châtiment paternel, se voit solennellement exhorté à respecter les ordres du Seigneur, son père allant même jusqu’à l’avertir que s’il délaissait Dieu, il se verrait définitivement écarté : « Si tu l’abandonnes, il te rejettera pour toujours » (1 Ch 28:9).

C’est donc au moment même où la promesse divine commence à se réaliser, avec l’intronisation de Salomon et l’édification du temple, que le premier bénéficiaire est appelé à répondre par une obéissance exemplaire au bienfait dont il est l’objet. Dans sa prière de dédicace du temple, Salomon montre qu’il a bien intégré cet aspect conditionnel de la promesse divine (1 R 8:25). Dieu, dans sa réponse, confirme et étend au temple et à tout Israël les conséquences positives ou négatives de la conduite du peuple : « Si vous vous détournez de moi, vous et vos fils… je supprimerai Israël de la terre que je lui ai donnée » (1R 9.6-7).

La promesse subsiste

Cette nouvelle formulation de la promesse, qui en déploie la réalisation pour les générations successives, tout en précisant des conditions de validité, va servir de repère pour la suite de l’histoire royale. Les héritiers de David qui se succèderont sur le trône s’écarteront bien plus souvent du modèle positif donné par leur ancêtre, ce qui donnera l’occasion de contempler l’excédent de la grâce divine alors qu’une stricte application des conditions de validité aurait tôt fait de rendre caduque la promesse. Lorsqu’après Salomon, un premier, puis un second roi, se succèdent sans obtenir une bonne mention du narrateur, c’est à la promesse divine que celui-ci renvoie pour expliquer la persistance de la dynastie : « A cause de David, le Seigneur son Dieu lui donna une lampe à Jérusalem en établissant son fils après lui » (1 R 15:4). L’image de la lampe reformule de manière symbolique la promesse de ne pas le priver d’un successeur.

Le bon roi Asa succède aux deux médiocres qui l’ont précédé. Il est suivi du pieux Josaphat, mais celui-ci a la coupable légèreté de marier son fils Yoram à une fille de la diabolique Jézabel qui règne avec et par son mari Achab sur le royaume du Nord. Avec cette alliance, c’est la politique religieuse mise en œuvre au Nord pour éliminer le culte de Yahvé au profit de celui de Baal, qui gagne Jérusalem, déjà du vivant de Yoram et plus encore après sa mort lorsque sa veuve Athalie prend le pouvoir. Mais le chroniqueur biblique rappelle encore la promesse de laisser à David une « lampe » (2 R 8:19). C’est à cet engagement divin qu’il rattache la persistance de la dynastie alors même que les conditions de validité évoquées à l’époque de Salomon ne sont plus du tout remplies. De fait, la dynastie va perdurer près de quatre siècles, alternant le bon et le moins bon, voire le très mauvais.

Dieu tiendra-t-il encore sa promesse ?

Alors que la période royale touche à sa fin, que les derniers représentants de la dynastie de David sont pris entre le marteau et l’enclume des deux empires qui se disputent le contrôle du Levant, un chantre inspiré s’interroge (Ps 89). Reprenant les paroles de l’oracle adressé autrefois à David, il en amplifie considérablement la portée faisant du bénéficiaire le premier-né, le plus grand des rois de la terre (v. 28), lui attribuant un pouvoir quasi universel sur la mer et les fleuves (v. 26). En reprenant la clause de la correction divine, il limite aux fils désobéissants le châtiment divin (v. 31-33), la promesse ne pouvant ainsi devenir caduque (v. 34). Car l’engagement à l’égard de David est pris comme un serment irrévocable (v. 36). Pour Dieu, ce serait trahir (v. 34), violer son alliance (v. 35), mentir (v. 36) que de ne pas tenir sa promesse. C’est donc au moment où la réalité oppose le démenti le plus évident et le plus cruel à ces espérances que celles-ci sont ainsi réaffirmées et amplifiées avec la vive douleur qui traverse le psalmiste lorsqu’il exprime à Dieu sa déception et son attente (v. 37-42).

Le fils de David est venu

L’attente durera encore des siècles, sans pour autant s’éteindre dans le cœur du peuple. Témoin parmi d’autres, le mendiant aveugle, espérant un secours de Jésus, en appelle à lui en évoquant l’antique promesse : « Fils de David ! Aie pitié de moi ! » (Mc 10:47). Les apôtres sauront bien montrer comment la promesse pointe vers Jésus de Nazareth, le seul qui mérite pleinement le titre de Fils de Dieu promis à la descendance de David (Hé 1:5). Placés comme nous le sommes sur la trajectoire de cette promesse divine dont l’étape ultime de réalisation est encore à venir, nous pouvons en contempler les étapes antérieures en attendant avec confiance, résolution et une douleur plus ou moins vive, la venue en gloire de notre Seigneur Jésus.

 

À propos Emile Nicole

Émile Nicole, professeur honoraire à la Faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine

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