La tentation de l’entre-soi

Porte« Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. » (Jean 10.9)

Quand la société et l’Eglise perdent, l’une comme l’autre, une vision claire du monde ou de leur vocation, le risque du sectarisme devient grand. Le troupeau décide alors de s’enfermer à double tour dans la bergerie par crainte de se perdre, de se corrompre au contact d’un monde ou d’une l’Eglise dévoyés.

L’histoire est pleine de ces bâtisseurs de mondes meilleurs, d’Eglises idéales, tous convaincus d’appartenir au petit reste fidèle, au peuple véritable. Il y aurait beaucoup à dire sur le fondamentalisme évangélique, finalement plus prompt à juger qu’à construire, à diviser qu’à réconcilier. Ceci dit, vu du Liban, il apparaît que le protestantisme n’a pas l’exclusivité du sectarisme religieux !

Regardons plutôt comment est conçue la bergerie du Seigneur. Sa Porte sert à entrer et à sortir. La sortie est aussi importante que l’entrée. Si vous ne faites qu’entrer, vous allez concevoir l’Eglise comme une fin en soi, une destination. Une Eglise où l’on entrerait, se convertirait et recevrait une fois pour toute le message de la pure vérité… L’Eglise, telle que Jésus la conçoit dans la métaphore de la Porte, est un lieu de passage, et non un lieu de vie. C’est dehors que se trouvent les pâturages et le grand air, pas dedans !

L’Eglise appelle les croyants mais les renvoie aussitôt. Elle n’a pas vocation à produire une culture spécifique mais à transformer le monde au moyen de la parole du Christ. Autrement dit, je ne vais pas à l’Eglise pour qu’on m’y propose des amis, des loisirs, du sport, de la musique, de la lecture, des sorties, des rendez-vous avec un groupe sur mesure ou un pasteur omniprésent. L’Eglise n’a pas vocation à remplir ma vie. Enfin l’histoire en témoigne, dans l’entre-soi, le troupeau s’expose à bien d’autres risques. Le confinement ne vaut rien, il met en branle une surenchère à la pureté, à la fidélité doctrinale qui accouche toujours des mêmes fruits, divisions, violences, scandales. Et il faudrait encore parler de ces brebis qui ne font que sortir…

Cette méditation est extraite d’une prédication de Pierre Lacoste que vous pouvez retrouver sur le site www.epfb.net

À propos Pierre Lacoste

Pierre Lacoste est pasteur détaché de l'UEEL, en poste à l'Eglise Protestante Française de Beyrouth (Liban)

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