La Voleuse de livres (The book thief)

9782266175968

Markus Zusak, 2005 (2007 pour la traduction en français)

Le narrateur de ce roman australien est la Mort, qui, en fait, a elle-même volé le manuscrit à son auteur, Liesel Meminger, la fillette dont nous découvrons le destin tragique. L’histoire débute en janvier 1939, soit huit mois avant le début officiel de la Seconde Guerre mondiale et s’achève pendant les bombardements Alliés qui touchèrent l’Allemagne nazie en été 1943. Et, malgré ces ingrédients si sombres, ce n’est pas une histoire morbide, ni même triste en fin de compte !

La Mort, ultime témoin objectif de la folie des hommes, nous révèle, avec un humour noir et cynique, la paradoxale cohabitation, en chaque être humain (ou presque…), de la beauté et de l’horreur. C’est un récit déconcertant qui, contre la barbarie, défend les valeurs de l’amitié, de la solidarité, de la bienveillance, du respect des promesses et bien sûr de la puissance des mots. « De quoi attendrir la Mort elle-même », disait Le Monde des livres !

Molching, où se déroule l’action, est une petite ville imaginaire d’Allemagne, voisine de Münich mais aussi de Dachau. Elle abrite à la fois des disciples du führer – et l’on assiste à l’emprise croissante de son idéologie de haine chez bien des citoyens par ailleurs tellement normaux -, mais aussi des enfants rebelles, des Allemands résistants, capables de cacher un Juif, d’intervenir lorsque les soldats brutalisent des déportés harassés.

Oui, la brutalité et la générosité se côtoient. Mais, même si son utilisation est des plus ambiguës, et s’il sert aussi une cause mortifère (les harangues de Hitler le prouvent), le langage est mis en scène comme une forme de résistance à la haine et l’endoctrinement aveugle. Le pouvoir des mots joue comme un apaisement parfois (comme pendant les bombardements), mais aussi comme un moyen d’arriver à ses fins. Or, dans la Voleuse de livres, Liesel, Hans, Max et d’autres incarnent une humanité humble mais probe et altruiste, et pour eux, les mots jouent un rôle rédempteur.

Bref, bien que publié parfois dans des collections pour la jeunesse, ce livre est vraiment à déguster à tous âges. Il suffit d’accepter d’être un peu dérouté, mené hors de intrigues classiques…

À propos Mireille Boissonnat

Mireille Boissonnat est membre de l’EEL de Paris-Alésia.

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