Le sabbat

nap2Exode 20:8-11 : Souviens-toi du sabbat pour en faire un jour sacré. Pendant six jours tu travailleras, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour c’est un sabbat pour le SEIGNEUR, ton Dieu : tu ne feras aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni les immigrés qui sont dans tes villes. Car en six jours le SEIGNEUR a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le SEIGNEUR a béni le sabbat et en a fait un jour sacré. (Traduction NBS)

L’ordre vise d’abord le souvenir ; il manifeste une préoccupation1 : que le peuple résiste à l’usure du temps ; comme on le sait, la mémoire d’Israël n’a pas toujours été fidèle…

On aurait pu s’attendre à ce que le Sabbat soit explicitement associé au culte, à cause de son caractère sacré ; pourtant, il est seulement parlé d’arrêter de travailler… L’accent porte donc en premier non pas sur le rapport à Dieu mais sur le rapport au travail… un commandement pas vraiment laïque, mais dont l’observation concerne la vie quotidienne. Elle aussi, elle intéresse Dieu !

Liturgique

Le travail fait partie de l’ordre voulu par Dieu : Pendant six jours tu travailleras, littéralement, tu serviras. On retrouve le même verbe en Genèse 2:5 pour la vocation première de l’homme : cultiver la terre, littéralement la servir. Une telle servitude2 peut sembler lourde : elle reste néanmoins dans l’ordre voulu par Dieu : tu feras tout ton ouvrage. Le pronom tout exclut toute… dérobade à la tâche à accomplir. Le travail peut donc nécessiter du temps, et de la peine ; il n’en reste pas moins une vocation divine.

« Sabbat » vient d’un verbe hébreu qui veut dire « s’arrêter, prendre son souffle », et qui est employé en Genèse 2:2 pour le repos de Dieu après la création. Le Sabbat ordonné aux hommes est fondé sur celui que Dieu a fait : comme ce dernier s’est reposé le septième jour3, l’homme aussi doit se reposer.

On aurait pu s’attendre à ce que le Sabbat soit explicitement associé au culte, à cause de son caractère sacré ; pourtant, il est seulement parlé d’arrêter de travailler… L’accent porte donc en premier non pas sur le rapport à Dieu mais sur le rapport au travail

Enracinée dans la semaine de création, pour le travail comme pour le repos, l’institution du Sabbat ordonne donc de servir pendant six jours et de s’arrêter au septième. On a suggéré avec finesse qu’ainsi, la semaine du travailleur pouvait constituer une sorte de liturgie4 dans laquelle l’homme concrétise un peu plus l’image de Dieu, que ce dernier a mise en lui.

Deutéronome 5:15: Tu te souviendras que tu as été esclave en Égypte et que le SEIGNEUR, ton Dieu, t’en a fait sortir d’une main forte, d’un bras étendu : c’est pourquoi le SEIGNEUR, ton Dieu, t’a ordonné de célébrer le jour du sabbat.

« Syndical »

La plus grande différence entre les deux textes se trouve dans les raisons d’observer le Sabbat. Alors que dans l’Exode, le peuple de Dieu est appelé à s’accorder au rythme de la création, ici il doit se souvenir qu’il a été libéré de l’esclavage, et faire une sorte de « fête de la libération »5. Le travail prend alors une signification plus péjorative : plus que comme une vocation, il est considéré comme une aliénation6.

Dans l’Exode, le Sabbat invite à entrer dans l’ordre créationnel, tel qu’il est décrit dans Genèse 1 et 2 ; dans le Deutéronome, il invite à vivre en tenant compte des conséquences de la désobéissance7, évoquées en Genèse 3. Les deux accents sont à garder ; en effet, le travail est une réalité ambiguë : une bonne chose par laquelle l’être humain s’accomplit, accomplit sa vocation et sa ressemblance avec Dieu ; et dans le même temps un piège, dont il faut savoir se prémunir ; nos temps modernes en fournissent de nombreux exemples.

Aujourd’hui

Dès le 1er siècle8, l’Église a préféré se réunir le premier jour de la semaine, le « jour du Seigneur » (en référence à la résurrection)9. Faut-il reporter au dimanche l’observation scrupuleuse du Sabbat, telle qu’elle se trouve dans le décalogue ? Selon les paroles de Jésus,10 le Sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le Sabbat ; s’il est fait pour le bien de l’homme, il ne doit pas devenir une servitude.

Les deux accents sont à garder ; en effet, le travail est une réalité ambiguë : une bonne chose par laquelle l’être humain s’accomplit, accomplit sa vocation et sa ressemblance avec Dieu ; et dans le même temps un piège, dont il faut savoir se prémunir ; nos temps modernes en fournissent de nombreux exemples

Il a pour utilité de relativiser la tâche qui risque d’absorber le travailleur, notamment de nos jours où la valeur d’un être humain est souvent liée à sa profession… D’ailleurs, dans une optique chrétienne, il revêt une autre signification : celle d’un repos dans lequel entrent ceux qui croient.11

De plus…

Avec le bénéfice personnel qu’en retire le fidèle, il y a aussi à retenir l’obligation d’être généreux à son tour. Le quatrième commandement prend la défense de ceux qui, sans être réduits à l’esclavage comme on pouvait l’être autrefois, n’ont pas d’autre choix que de souffrir à cause d’un emploi pénible ou précaire, parfois pour survivre à peine. Avoir soi-même été exploité ne garantit pas que l’on n’exploitera pas les autres. De même, la joie d’être libéré ne dispense pas de prendre garde à la liberté des autres… Soyons miséricordieux, comme notre Père l’est.

 

Retrouvez l’ensemble de notre étude sur le Décalogue:

Une parole exigeante pour un peuple libre

Tu n’auras pas d’autres Dieux devant moi

Le poids des mots

 

1 encore plus présente dans le texte du Deutéronome (sur lequel nous reviendrons).

2 Pour le sens du verbe, cf. note 6.

3 Pour les jours de création, une lecture littérale n’est absolument pas indispensable. Dans Jean 5:17-18, après avoir guéri un homme un jour de Sabbat, Jésus affirme agir comme le fait son Père (jusqu’à présent, mon Père travaille). Le raisonnement ne tient que si le Père agit lui aussi pendant son Sabbat, encore au moment où Jésus parle, ce qui exclut une durée précise à la semaine de création. Cf. H. Blocher : « Révélation des origines » (P.B.U : Lausanne, 1979) p. 48

4 A. Maillot (Le décalogue, une morale pour notre temps – Les Bergers et les Mages, 1985)

5 A. Maillot. Il emploie même l’expression : « le 14 juillet d’Israël » p. 79

6 Le verbe « travailler » est de la même racine que le substantif « serviteur » (esclave) ; de plus, il est employé dans le 2ème commandement, dans le sens de « rendre un culte » aux images taillées… un autre esclavage.

7 A. Maillot p. 78

8 Cf. Ac 20:7 ; 1 Co 16:2

9 Dans l’Ancien Testament, l’expression « jour du Seigneur » désigne l’accomplissement final du dessein de Dieu, ce qui donne un relief particulier à la résurrection.

10 Mc 2:23-28

11 Hé 4:9-11

 

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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