Le temps passe, l’instant se saisit

sablier« Fais-moi grâce, Seigneur, car je suis dans la détresse ; j’ai les yeux, la gorge et le ventre rongés par la contrariété. Ma vie s’épuise dans le chagrin, mes années dans les soupirs… » (Ps 31.9-10a)

Dans ce passage du psaume 31, David touche le fond, son désespoir le ronge, l’étouffe. Il exprime sa lassitude de vivre dans l’accumulation de blessures successives. Il en appelle à la grâce de Dieu.
Le temps est un trésor dont nous disposons en totalité dès notre naissance jusqu’à notre mort. Il est ce temps qui passe et s’enfuit, ce temps des montres et des agendas, bien souvent frustrant. Ce temps me semble parfois un temps où l’avoir règne en maitre, temps fugace où je peux disposer de ce dont je rêve ou temps si long de l’impatience devant ce que je voudrais avoir mais que je n’ai pas. Vanité ! Qui a déjà vu des poches sur un linceul ? Ce temps fuyant laisse bien souvent des traces douloureuses après lui, nostalgie du rêve inabouti, blessure d’une occasion ratée, d’une parole omise ou trop vite dite. La grande Barbara se faisait l’écho de cette terrible réalité : « Dis, au moins le sais-tu, que tout le temps qui passe ne se rattrape guère, que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus… » Ce temps là semble prendre un malin plaisir à rappeler aux hommes leur finitude.

Plus loin dans le psaume, David s’exclame : « Moi, j’ai mis ma confiance en toi, Seigneur ! J’ai dit : Tu es mon Dieu ! Mes temps sont dans ta main. » Mes temps. Je pressens derrière l’expression toute la succession de ces instants qui composent notre vie. L’instant est un ouvreur de possibles, un appel à la vie intense, concentrée sur l’essentiel. L’Ecclésiaste le rappelle : « Il est un temps pour tout sous le ciel » ; dans l’univers des hommes. Un temps pour tout ! Cela ne signifie-t-il pas qu’à chaque instant passé, une capacité m’est offerte de faire de l’instant qui s’ouvre un recommencement. L’instant, c’est le temps de l’être, ce temps qui m’appelle à l’ouverture, à Dieu, aux autres, au monde, à la nature et à moi-même. Chaque nouvel instant porte en lui une nouvelle promesse, un renouveau d’espérance, une renaissance ou une résurrection.

Alors je pense à cet autre psaume dans lequel Moïse prie : « Enseigne-nous à bien compter nos jours, que nous conduisions notre cœur avec sagesse. » (Ps 90.12). Si nous ne pouvons retenir le temps qui passe Seigneur, aide nous à vivre l’instant profondément, joyeusement. Car vivre l’instant, c’est faire un pas dans l’éternité. A ton image, aide-nous à mettre en œuvre nos projets au travers du temps sans jamais nous laisser lier par lui.

L’auteur :

Thierry Bulant est pasteur de l’EEL d’Avignon

À propos Thierry Bulant

Thierry Bulant est pasteur de l'EEL d'Avignon

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