L’eau au seuil d’un avenir troublé, enjeux et réflexions

6848848-waterL’écologie est la dernière-née des sciences de la vie. Elle se donne pour ambition d’étudier « les relations des êtres vivants avec leur environnement » (Haeckel, 1866). L’écologie analyse la création à un niveau maximal de complexité, depuis l’atome jusqu’à la biosphère en passant par la molécule, l’organe, l’individu, la population et l’écosystème. L’eau dans tout ça… apparaît omniprésente !

Elle est une ressource irremplaçable. À l’échelle de notre planète, la quantité d’eau présente dans les différents compartiments de la biosphère est stable. Elle atteint 4000 milliards de litres répartis entre l’atmosphère et les nuages, les rivières et les eaux souterraines, les mers et les océans, les végétaux et les animaux… Seuls les flux d’eaux, beaucoup plus restreints, conditionnent la ressource en eau renouvelable réellement disponible pour le fonctionnement des écosystèmes et les besoins humains.

Pas moins de 3,6 millions de personnes par an, soit sept par minute, décèdent du manque de salubrité de l’eau.

Les enjeux liés à l’eau sur la planète peuvent donc être distingués suivant des questions de quantité et de qualité de la ressource disponible.

Répartition

À toutes les échelles de l’observation, la ressource est très inégalement répartie. La variabilité spatiale et temporelle des précipitations et des débits associés explique la diversité, la richesse et la fragilité des milieux aquatiques. Parallèlement, les sociétés humaines se sont développées tout autour du monde sur la base des ressources en eau disponibles pour les besoins de leurs activités (domestiques, agricoles puis énergétique et industrielle). En Afrique et en Asie méridionale notamment, la croissance démographique est à l’origine de pénuries d’eau récurrentes de fréquence et d’intensité variables suivant les saisons. La préservation à long terme des stocks disponibles dans de multiples régions du monde représente un enjeu vital pour des millions d’humains. Le réchauffement climatique accentue la pression sur les ressources en eau douce et rend la mise en œuvre de mesures d’atténuation et d’adaptation d’autant plus nécessaire.

Dégradations de la qualité des ressources

L’homme pour vivre a besoin d’eau ! Suivant ses usages, la qualité de la ressource doit être garantie. Or les activités humaines sont à l’origine d’une dégradation de la qualité des ressources naturelles disponibles. En effet, les conséquences de l’exposition des individus à des eaux contenant notamment des matières fécales est source de maladies. Pas moins de 3,6 millions de personnes par an, soit sept par minute, décèdent du manque de salubrité de l’eau. Il s’agit ainsi de la toute première cause de mortalité non reliée à l’âge, d’après l’OMS.

Seuls les flux d’eaux, beaucoup plus restreints, conditionnent la ressource en eau renouvelable réellement disponible pour le fonctionnement des écosystèmes et les besoins humains.

De nombreuses épidémies et la pollution massive des eaux de surface à la fin du 19ème siècle ont permis en Europe et aux États-Unis le développement de l’assainissement. Les techniques associées assurent la collecte, le transport et la transformation de la pollution contenues dans les eaux usées. La pollution au sein des stations d’épuration se trouve transférée : vers l’atmosphère sous forme de CO2 ou de méthane ; vers le sol sous forme de boues biologiques contenant outre du carbone, de l’azote et du phosphore ; vers les cours d’eau sous forme de pollutions résiduelles. Bien que vitaux, plus de 2,5 milliards d’humains n’ont pas accès aux systèmes d’assainissement. Les pollutions d’origines agricoles et industrielles exercent parallèlement une forte pression sur la qualité des ressources. La nature des polluants issus de ces activités occasionne dans de nombreux cas une perte de la biodiversité fonctionnelle des milieux aquatiques. Ces derniers se trouvent ainsi durablement perturbés.

Mondialisation et « petit cycle de l’eau »

L’imperméabilisation des sols dans des villes sans cesse grandissantes est pour sa part responsable de perturbations importantes du cycle de l’eau. Le ruissellement des eaux de pluies étant accentué, les ressources souterraines en amont se trouvent significativement moins rechargées et les débits en aval des bassins versants occasionnent des crues catastrophiques tout autour du globe.

Des pays dont la ressource est limitée se trouvent exportateurs de quantités d’eau considérables via notamment l’export de produits manufacturés.

D’importants problèmes liés à l’eau dans le monde sont causés par les liens de dépendances (naturels ou artificiels, directs ou indirects) existant entre les individus, les populations, leurs activités, les écosystèmes, etc. Les cours d’eau créent des liens naturels entre les populations depuis l’amont vers l’aval. Une gouvernance de la ressource à une échelle élargie doit s’imposer. Nos modes de production et de consommation créent des flux colossaux d’eau « virtuelle » à l’échelle internationale. Des pays dont la ressource est limitée se trouvent exportateurs de quantités d’eau considérables via notamment l’export de produits manufacturés. En Asie, au Maghreb et au Moyen-Orient, une pression supplémentaire vient ainsi s’exercer sur des ressources déjà limitantes. Le modèle économique dominant de l’économie de marché est également à l’origine de dépendances nord/sud vis à vis de technologies et de savoir-faire pour le transport et le traitement des eaux.

Pistes de solutions

Parmi ces problèmes, dont la liste dressée ici n’est pas exhaustive, plusieurs pistes de solutions peuvent être envisagées pour une gestion durable et respectueuse des ressources en eau de la planète : développer l’assainissement, adapter les cultures aux sols et aux climats, rationaliser nos modes de production agricoles, valoriser les capacités épuratoires des sols, limiter les flux d’eaux et adapter l’activité humaine aux ressources disponibles localement, imaginer des modèles économiques innovants pour la gestion des eaux basés sur la coopération, s’inspirer de la démarche holistique portée par l’écologie pour anticiper les conséquences de nos choix et intégrer cette logique au sein de notre quotidien de consommateur !

À propos Vincent Poujol

Spécialiste eau potable et assainissement

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