L’économie sociale et solidaire – Éclairage des Écritures

fairtrade_logoTextes bibliques de référence : Lévitique 25.1-17 ; Jacques 5.1-6 ; Psaume 62 ; 1 Corinthiens 12

Apporter l’éclairage des Écritures sur ce sujet : quelle ambition ! Et quel danger en matière d’herméneutique. Comme beaucoup, j’ai appris à me méfier des appuis bibliques que nous serions tentés de chercher pour justifier telle ou telle pratique nouvelle, tel style de management, tel modèle économique. La Bible n’est ni un livre de science biologique, ni un livre d’économie appliquée.

En revanche, elle est le livre de l’être humain en tant que tel ; elle cherche constamment à présenter le plan de Dieu dans sa relation avec l’être humain, homme et femme, et dans la relation de cet être humain avec son environnement direct composé d’êtres humains semblables à lui et semblables à Dieu puisque créés à son image. L’Écriture va ajouter une autre relation pour cet être humain, c’est celle qu’il doit développer avec son environnement biologique et écologique, lui aussi créé par Dieu. Le Premier Testament va souvent parler de la relation à la terre qui se lie au destin et au bien-être des créatures de Dieu, de tous les êtres humains. Le concept du sabbat renvoie à l’équilibre du jardin initial quand Dieu « vit que cela était très bon ». C’est un des fils conducteurs du texte de Lévitique 25.

Je suis consterné parfois par la capacité que nous, chrétiens, avons d’accepter les statu quo politiques, économiques, ce qui touche l’extérieur, le monde comme on dit, sans trop nous remettre en question

Je suis consterné parfois par la capacité que nous, chrétiens, avons d’accepter les statu quo politiques, économiques, ce qui touche l’extérieur, le monde comme on dit, sans trop nous remettre en question. On a justifié l’esclavage au nom d’une interprétation biblique, des familles de chrétiens trouvaient tout cela normal. On a justifié une économie de libre entreprise parfois sans limite au nom du principe de l’investissement personnel et de la prise de responsabilité en liant l’importance du chiffre d’affaire à la bénédiction de Dieu. On a accepté parfois des systèmes peu démocratiques qui méprisaient l’être humain en pensant que c’était ainsi, que c’était un moindre mal, qu’on n’y pouvait rien, que cela soit au niveau des pays, mais aussi des entreprises, même parfois des Églises, l’essentiel étant que ma communion avec Dieu et mon salut (quel salut ?!), ma vie éternelle soient assurés.

Bienfait de la crise ?

Il faut des périodes de crise comme celle que nous vivons actuellement pour que tout d’un coup le monde économique, le monde politique, les acteurs de la société, comme les Églises, et d’autres encore, acceptent que, peut-être, on puisse faire autrement.

L’économie sociale et solidaire veut remettre l’être humain au centre

L’économie sociale et solidaire (ESS) veut remettre l’être humain au centre ; l’ESS concerne le style de la gestion du capital, de la redistribution des bénéfices et du réinvestissement dans l’outil de travail (pas de délocalisation); enfin l’ESS s’inscrit dans le respect de la terre, des matières premières, qu’elles soient minières ou produites. La créature de Dieu a été placée dans le jardin, dans l’équilibre.

En réalité, les valeurs de l’ESS ne sont pas nouvelles, mais il a fallu une prise de conscience liée à un ensemble de dysfonctionnements terribles qui se sont ajoutés les uns aux autres depuis 20 ans, et dont les effets sont loin d’être terminés, pour qu’un nouvel élan et de nouveaux concepts d’organisation et d’économie réapparaissent. Parmi ces chocs et dysfonctionnements, je citerai la fin des énergies fossiles, la spéculation sur les produits agricoles, la crise financière majeure liée à l’affaire des « subprimes » et les emprunts toxiques. Ces évènements touchent de manière concrète aux valeurs fondamentales de l’Évangile. Quelle économie voulons-nous, pour quel être humain ?

De l’argent à l’humain au centre

La situation actuelle montre de manière claire que nous ne pouvons plus continuer sur le modèle économique capitaliste extrême, en nous contentant de redonner un petit peu aux plus pauvres, soit par le biais de l’État, soit par des organisations philanthropiques, ONG, ou autres, mais jamais en leur proposant des solutions durables.

Placer la qualité du travail et de la consommation responsable au cœur des débats, en lieu et place de l’évolution des taux d’intérêts et de la croissance économique, constitue déjà un objectif en soi ; si nous y ajoutons la place de l’être humain, créature de Dieu, alors nous sommes à la fois sur des chemins d’Évangile et d’économie solidaire.

Le premier besoin des hommes n’est pas l’argent. Il faut penser différemment sa propre vie et la vie sociale. Accepter de se mobiliser, de réfléchir, de vouloir entrer dans ce sabbat de la terre, le sabbat du Seigneur et le sabbat de ceux qui sont avec nous, au lieu de poursuivre sans rien dire. Il est temps en un mot de remettre sérieusement l’être humain au centre de la création de Dieu.

Le mal est certainement profond et exige une autre radicalité : comment définir et promouvoir un avenir qui ne s’appuie pas sur la marchandisation du social et de l’environnemental, mais au contraire sur la disparition des mécanismes qui produisent la pauvreté et la crise environnementale ? Comment dépasser une pensée humanitaire, celle qui envisage la survie des plus démunis et faire advenir une économie humaniste où l’humain s’épanouit dans sa richesse et sa complexité ? Je crois que Dieu est humaniste.

L’ESS ne deviendra pas du jour au lendemain une économie alternative capable de remplacer les systèmes économiques actuels, car elle produira aussi ses effets pervers, simplement parce qu’elle est mise en œuvre par des humains

Jésus lui-même par ses actions de libération, de guérison le jour du sabbat, complète le sens du texte du Lévitique. L’ESS ne deviendra pas du jour au lendemain une économie alternative capable de remplacer les systèmes économiques actuels, car elle produira aussi ses effets pervers, simplement parce qu’elle est mise en œuvre par des humains. Alors oui à ceux qui permettent à certaines couches de population d’investir, oui à tous ceux qui accompagnent des jeunes qui vont créer leur entreprise, oui à ceux qui se battent pour et dans les entreprises d’insertion. Mais oui surtout à ceux qui agissent et qui s’inscrivent dans ces valeurs humanistes, chrétiennes, où le capital n’est plus une fin en soi, mais un outil au service de l’être humain.

« Le sabbat de la terre sera pour vous à manger ».

L’auteur:

Philippe Girardet est pasteur et enseignant en ESS à la FLEPES (faculté libre d’études politiques et en économie solidaire)

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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