Lecture protestante de Laudato Si

imageEncyclique du 24 mai 2015

Disons-le d’emblée, ce texte, empreint de la foi rayonnante du Pape François, est un texte joyeux, malgré le sujet grave auquel il s’adresse (« la sauvegarde de la maison commune », à savoir les problèmes environnementaux liés aux changements climatiques). Ceci en facilite la lecture.

Dans l’introduction, le Pape rappelle les interpellations de ses prédécesseurs sur le sujet, et témoigne de l’apport de nombreux scientifiques, philosophes, théologiens qu’il citera d’ailleurs abondamment, ainsi que d’autres Eglises (dont la position des orthodoxes à travers le patriarche Bartholomée). Par ailleurs, tel un fil rouge, la référence au modèle personnel du Pape, St François d’Assise, accompagne ses réflexions.

La volonté de s’adresser à toute personne de bonne volonté, et pas seulement aux croyants (catholiques) est clairement affichée, et il est vrai qu’il n’est point besoin d’avoir été initié à la foi chrétienne pour comprendre ce document, voire pour en épouser les idées forces.

Le texte est structuré en six chapitres : le premier dresse un constat clairvoyant, déjà entendu de multiples fois, de la situation ; le second, intitulé « L’Evangile de la création », rappelle les fondements bibliques d’un comportement humain responsable ; le troisième dénonce les racines de la dégradation de l’univers confié à l’homme, à savoir la tyrannie du paradigme technocratique et un anthropocentrisme sans âme ; le quatrième prône une « écologie intégrale » basée sur le souci de justice ; enfin les deux derniers envisagent des pistes assez concrètes de conversion et d’action.

Le tout est très accessible, de nombreux exemples sont cités. Tout au long des 246 articles, s’exprime le constant souci des plus pauvres et démunis devant les dégradations environnementales actuelles et à venir. C’est une des qualités de ce texte sans doute d’aborder la question des changements climatiques et de ses conséquences en se préoccupant d’abord des plus vulnérables, et non des intérêts propres aux divers pays dominants.

Les arguments bibliques sont très classiques, mais reflètent une lecture très « évangélique » des Ecritures où un protestant se retrouvera sans problème. Au détour d’un article ou d’un autre, on reconnaîtra certes la crispation catholique systématique contre l’avortement (et contre « l’attitude qui prétend effacer la différence sexuelle »), mais la marque spécifique de l’Eglise de Rome est très légère.

Peu d’originalité donc, et peut-être plus d’insistance sur la situation des pauvres que sur les problèmes environnementaux à proprement parler. Mais un certain courage pour dénoncer les paroles inutiles, les mesures non suivies, la corruption, l’inefficacité des divers accords internationaux passés. Au doux rêve d’une « Autorité politique mondiale », dotée de pouvoir pour élaborer des stratégies bonnes pour tous et pour sanctionner… répond l’invitation à des initiatives locales responsables et plus efficaces.

Réalisme ou prudence ? Le développement sur la place des religions dans la parole et l’action publiques est très bref… mais ce texte lui-même en tient lieu, après tout !

C’est le dernier chapitre qui contient sans doute les quelques éléments qu’un protestant survolera très vite… : une compréhension très mystique du respect pour la création, à la limite du panthéisme ; et une section sur « la Reine de toute la création », à savoir la vierge Marie comme inspiratrice de bonnes actions.

Mais la prière finale (« Prière chrétienne avec la création ») mérite d’être lue dans toutes nos Eglises… Et ce que nous retiendrons, c’est le souffle de foi et de communion joyeuse avec le Père qui inspire tout le texte et le rend fort sympathique !

 

« Au cœur de ce monde, le Seigneur de la vie qui nous aime tant, continue d’être présent. Il ne nous abandonne pas, il ne nous laisse pas seuls, parce qu’il s’est définitivement uni à notre terre, et son amour nous porte toujours à trouver de nouveaux chemins. Loué soit-il. » ( Art. 245)

À propos Mireille Boissonnat

Mireille Boissonnat est membre de l’EEL de Paris-Alésia.

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