L’efficacité, une idole ?

jardinage« Au fond, qui est Apollos ? et qui est Paul ? Nous sommes simplement des serviteurs de Dieu, par lesquels vous avez été amenés à croire. Chacun de nous accomplit le devoir que le Seigneur lui a confié : j’ai mis la plante en terre, Apollos l’a arrosée, mais c’est Dieu qui l’a fait croître. » (1 Corinthiens 3. 5-6)

Avouons-le : quand tout le monde court après la performance et l’efficacité, difficile de ne pas courir aussi, même dans notre vie d’Eglise ! Vouloir aller droit au but par le chemin le plus court, améliorer nos compétences pour mieux servir, pour mieux proclamer l’Evangile… n’est-ce pas un signe de notre zèle pour le Royaume ? Tout cela est bon, bien sûr. Une bonne réflexion et des aptitudes pratiques sont indispensables pour l’exercice des ministères – mais que notre compétence, notre efficacité ne deviennent pas des idoles ! N’oublions pas que Dieu est le seul maître des événements. Paul explique cela aux Corinthiens, en utilisant volontairement une image agricole  : « j’ai mis la plante en terre, Apollos l’a arrosée, mais c’est Dieu qui l’a fait croître ».

Qu’est-ce qui correspond moins à nos critères modernes « d’efficacité » que l’agriculture traditionnelle ? Qu’est-ce qui demande plus de patience et d’humilité ? Tous ceux qui ont planté un jour quelque chose savent qu’on a beau suivre toutes les recommandations, acheter le terreau adéquat et arroser en temps et en heure, on n’est jamais certain qu’une plante finisse par pousser et s’épanouir. Même avec des tonnes d’engrais, rien n’est garanti, et de toute façon, on doit attendre pour savoir si la graine a germé ! Il en est de même dans notre vie chrétienne. Qu’il est tentant de penser que le sort de l’Eglise est entre nos mains de jardiniers amateurs ! Sur ce point Paul est très direct : seul Dieu compte, lui qui fait « croître la plante ». Et son temps n’est pas le nôtre. Paul qui s’est épuisé à travailler le sol et planter des graines d’Evangile, sait qu’il faudra peut être des années avant que des fruits apparaissent. Au contraire, le dieu « efficacité » nous fait croire qu’un travail est béni quand il y a des résultats rapides et visibles, dans les délais prévus. Il nous incite à nous impatienter, à « tirer sur la plante pour la faire pousser » ou à la bombarder de produits divers pour accélérer sa croissance et voir à tout prix des résultats ! Mais quel goût auront les fruits ?

Avant de foncer râteau et bêche en main, Jésus enseigne qu’il faut s’asseoir et nous mettre à son écoute, dans la prière. Il nous demandera peut-être de planter là où il semble que rien ne poussera, ou de nous consacrer de tout notre cœur à des taches « inefficaces » d’un point de vue humain, comme la prière ou la méditation de sa Parole, l’écoute d’un frère ou d’une sœur qui raconte ses difficultés… Cela ne produit souvent rien d’immédiat ou de visible, mais c’est ainsi que le Royaume de Dieu croît !

Que nous puissions nous détacher un peu de ce que nous faisons, pour nous attacher davantage à Dieu. Il nous invite à planter dans la joie, la confiance, l’enthousiasme ! Certes nous ne savons pas ce qui poussera mais qu’importe : Dieu sait ce qu’il fait !

À propos Sylvain Guiton

Sylvain Guiton est pasteur à l’EEL de Lyon.

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