Les Amish – Pacifiques et radicaux

les-amish-pacifiques-et-radicauxLes Amish – Pacifiques et radicaux
Paul-Emmanuel Biron (Éditions Olivétan – 2015)

L’auteur nous livre un regard sur cette communauté qui, à l’occasion d’un film ou d’un reportage à la télé, a laissé dans nos mémoires quelques images surprenantes. Il s’est donné comme projet d’offrir un aperçu de leur histoire, de leurs coutumes et de leurs convictions. De cette minutieuse enquête, quelques éléments méritent d’être ici relevés.

Origines

Tout commence au 16ème siècle, dans le camp de la Réforme dite radicale : ceux que l’on a appelés « anabaptistes » (les premiers à baptiser leurs nouveaux adeptes une seconde fois, estimant que le baptême des enfants n’avait pas de valeur. Issus de ce même mouvement, à signaler en Europe les Mennonites – disciples de Menno Simons). Plus radicaux encore furent les disciples de Jakob Ammann, protestant devenu anabaptiste apparu sur la scène à la fin du 18ème siècle, et dont le mouvement tire son nom.

En Europe, les Amish ont souffert de nombreuses persécutions, ce qui fait que de nos jours on n’en trouve qu’en Amérique, terre de leur refuge. On connaît leur désir dès le début de vivre simplement et de se séparer de la société (moyens de transports d’un autre temps, refus d’utiliser le téléphone, mode vestimentaire, refus du jeu politique, etc.). Bien sûr, tous ne présentent pas le même degré de radicalité, mais 95% d’entre eux se réclament du « Old Order » (l’ordre ancien, l’aile radicale – environ 100 000 personnes).

Convictions

Quant à leur foi, l’auteur la situe dans celle du courant évangélique. La référence incontournable est la Bible, mais il faut y ajouter la Confession de Dordrecht qui définit l’esprit Amish (en annexe dans le livre), et l’Ordnung (sorte de Règlement Intérieur à l’usage des communautés locales). Dans la pratique, on notera l’importance de la solidarité à l’intérieur de la communauté, ainsi qu’un souci constant d’humilité, et ce dans tous les domaines.

Pratiques

Quelques originalités méritent d’être signalées :
Le Rumspringa, temps laissé aux jeunes hommes (qui dure en moyenne un ou deux ans) avant que ceux-ci prennent l’engagement du baptême. Ils sont laissés libres de vivre dans la société ambiante, avec tout ce que les Amish condamnent. Cette rencontre avec nos codes et nos mœurs, parfois assez brutale, a fréquemment pour effet un retour dans la communauté des jeunes Amish (85%).

L’évitement (Meidung) : c’est une mesure disciplinaire à l’encontre de ceux qui ne suivent pas l’Ordnung, ou qui par leur comportement démentent leur foi. Dans les milieux les plus stricts il consiste en un refus pendant plusieurs semaines des relations sociales ou professionnelles avec celui ou celle qui se voit évité. Le but recherché est bien sûr la repentance mais la mesure peut être très douloureuse…

Interpellations

Peu de confort, peu de liberté, mais un épanouissement possible une fois acceptées ces conditions : notre auteur présente ce mouvement comme une interpellation adressée à tous, sur nos modes de vie, sur nos fonctionnements, sur l’individu et son rapport à la communauté. En effet, dans notre société  (et dans nos Églises ?) marquée par une  modernité déshumanisée et individualiste, le modèle alternatif d’une société solidaire et pacifique, sur la bienveillance et l’humilité,  basé sur la famille et les relations entre les générations, a de quoi faire réfléchir…

Pour une vie plus heureuse ? Le prix est parfois dur à payer, ne serait-ce que pour les membres de la communauté évités (les cibles du Meidnung). Pour une foi plus  authentique ? Au lecteur d’en juger : l’auteur expose surtout les faits… mais de tels exemples de modestie de simplicité et de solidarité restent interpellants. Quant à l’enquête très documentée sur le mouvement, elle nous livre de très précieux  renseignements.

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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