Les commémorations des 20 ans du génocide. Kwibuka : Remember, Unit, Renew

Vue d'hélicoptére du Stade AmahoroComment se passe un 7 Avril au Rwanda ?

Tous les ans, le Rwanda se souvient (« Kwibuka ») pendant une période de recueillement de 100 jours correspondant à la durée du génocide. Ce 7 Avril 2014 ont donc débuté les 20èmes commémorations du génocide des tutsis.

Tous les rwandais pouvaient suivre les commémorations officielles dès le matin à la télévision nationale, Rwanda TV. De nombreux invités venus de par le monde étaient venus à Kigali à l’invitation du Président rwandais, Paul Kagamé.

Après un moment solennel au Mémorial de Gisozi à Kigali où sont enterrés plus de 300.000 dépouilles, une flamme devant brûler 100 jours a été allumée par le Président rwandais.

Veillée Stade Amahoro Kigali

Après le mémorial, le Président ainsi que les officiels étrangers se sont rendus au Stade Amahoro de Kigali (« Amahoro », la Paix). Au programme, plusieurs discours de politiques mais surtout un spectacle retraçant l’histoire du rwandais de l’époque coloniale au génocide de 1994.

Au milieu d’un stade bondé avec quelques 30 000 personnes, un cri sanglant, un cri glaçant a surgi d’une extrémité du stade

C’est au cours de l’un des témoignages qu’est survenu l’événement le plus poignant. Au milieu d’un stade bondé avec quelques 30 000 personnes, un cri sanglant, un cri glaçant a surgi d’une extrémité du stade. Puis des sanglots et des pleurs. Une jeune fille est évacuée. Puis deux, trois, quatre cris et les secouristes qui évacuent des personnes en larmes et ne pouvant plus tenir sur leurs jambes. Souvenir d’un mois d’Avril. Souvenir d’un ami perdu. Souvenir d’un génocide qui a soulevé les collines et emporté des familles.

Walk To Remember 07 Avril 2

Dans l’après midi, une marche initiée par un collectif de jeunes rwandais est parti du Parlement rwandais au Stade Amahoro pour une veillée. Là encore, plus de 30 000 marcheurs ont répondu à l’appel de l’association Walk To Remember. Au Stade, les temps de silence, la prière et les chants ont ponctué la veillée.

Comment se passe la première semaine de commémoration ?

A partir du 7 Avril, toutes les écoles sont fermées pendant deux semaines. Les bars, les restaurants, les cinémas et les autres lieux publics sont pour la plupart fermés également. Et à partir de 13h, tous les commerces du pays ferment (seul le centre ville de Kigali et quelques entreprises bénéficient d’exemption). En effet, tous les rwandais sont invités durant la première semaine à participer aux réunions publiques (« ibiganiro »).

A partir de 13h donc, tous les rwandais se rendent dans les lieux préparés pour ce moment solennel. Ils sont invités à écouter les témoignages des survivants, se souvenir des victimes et construire les bases de ce que doit être le Rwanda de demain. Les discours sur l’unité, la reconstruction et le pardon sont répétés par les différents maires ou conseillers de districts.

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Les mémoriaux qui sont dans toutes les villes du pays sont visités par les écoles, les entreprises, les habitants, les organisations internationales… A l’entrée des villes et villages du pays, les banderoles KWIBUKA 20 sont installées en souvenir des événements qui ont eu lieu dans tout le pays.

Toutes les radios et les télévisions du pays sont aussi associées puisque les émissions de divertissements, les jingles et autres publicités radios sont interdites durant la première semaine de commémorations.

Comment vit-on ces événements ?

D’un point de vue plus personnel, cette période est assez pesante. Tellement pesante que certains rwandais qui même le pays durant le mois d’Avril. L’ambiance générale est au souvenir de ces 100 jours. Ce qui glace le sang ce sont les récits à la télévision, à la radio, dans les églises. Ce génocide qui de loin est assez impersonnel prend une autre ampleur lorsque les victimes sont nommées par leur famille, leurs amis. A la radio, les rescapés citent jusqu’à une trentaine voire une quarantaine de noms de membres de famille ou autre qu’ils ont perdu. Certains expliquent comment ils ont survécu caché par un juste. D’autres comment ils se sont cachés sous des cadavres ou laissés pour mort dans une fosse par les miliciens. Tous ces récits nous rappellent la folie qui a consumé le pays des Mille Collines il y a de cela 20 ans.

Des commémorations mondiales (source:www.kwibuka.rw)

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Retrouvez aussi  notre article: Le rwanda: de l’époque coloniale au génocide

 

À propos Aimé Abizera

Aimé Abizera est un jeune Franco-Rwandais de 25 ans. Il est retourné travailler à Kigali le 5 Avril 2012, 1 an avant ces célébrations et 20 ans après avoir quitté le Rwanda.

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