Les innocentes

Les_InnocentesFilm dramatique franco-polonais coproduit, coécrit et réalisé par Anne Fontaine

Ce film est sorti le 10 février, et on a déjà beaucoup écrit dessus… et à juste titre, c’est un film magnifique ! Juste un bref coup de cœur… L’histoire s’inspire de faits réels datant de décembre 1945 en Pologne, vers la fin de la guerre. Pendant la période de combats, de la soldatesque d’abord nazie, puis russe, a envahi un couvent de moniales, pillé, saccagé et violé sans retenue. Neuf mois plus tard, alors que les religieuses enceintes sont sur le point d’accoucher, une jeune soignante de la Croix-Rouge française, Mathilde, puis son collègue Samuel, médecin juif, sont amenés à assister ces malheureuses dont la mère abbesse a tenu à garder la « honte » cachée, quitte à leur faire courir les pires risques médicaux.

L’image est très belle, purs visages de moniales à l’office, paysages de forêts enneigées, jusqu’au dénuement général évoqué tant à l’intérieur de ce couvent austère, que dans le poste de la Croix-Rouge.

Ce qui est remarquable, c’est que l’histoire se déroule sans qu’un jugement soit exprimé à propos du comportement des personnages. Et pourtant, les convictions des uns et des autres sont fortes, et ont bien des raisons de s’affronter. Les religieuses sont prisonnières d’une compréhension complètement aliénante de la foi. Leur vœu de chasteté ayant été… et pour cause !… rompu, elles se croient damnées, et se refuseraient même à un examen ou une assistance médicale si on ne les y contraignait. La mère abbesse, enfermée dans ses certitudes et ce qu’elle considère comme son devoir de « sauver » ses sœurs du déshonneur, en vient, en un sens, à usurper le rôle qui ne peut revenir qu’au Christ, et par ce fait à commettre des actes véritablement diaboliques !

Face à elle, nous rencontrons des sœurs tourmentées par le doute et habitées par la compassion. Cette terrible épreuve affinera leur foi. Mais les personnages qui incarnent vraiment l’amour au sens évangélique du terme, qui osent prendre d’énormes risques pour faire triompher la vie, ce sont Mathilde (Lou de Laâge joue remarquablement bien son rôle), la fille de communistes, et Samuel, le fils agnostique de déportés à Bergen-Belsen.

J’ai aimé cette subtile remise en cause de certitudes parfois mortifères, et le rappel implicite que, sans la force libératrice du pardon, la foi peut n’être qu’un enfermement terriblement stérile.

 

À propos Mireille Boissonnat

Mireille Boissonnat est membre de l’EEL de Paris-Alésia.

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