Les premiers, les derniers

120x160_lpld_18_11_ok_hdComédie dramatique belge écrite, réalisée et interprétée par Bouli Lanners

Prendre une bande de paumés, tous plus ou moins ravagés, et en faire des personnages incarnant finalement les valeurs profondes de notre humanité, y compris la dimension spirituelle si souvent reléguée au rang d’accessoire moyenâgeux…, c’est une vraie gageure ! C’est celle qu’a formidablement réussie Bouli Lanners, assisté d’Albert Dupontel, Max von Sydow, Michael Lonsdale et d’autres tout aussi bons, en réalisant et interprétant cette comédie dramatique sortie en salle fin janvier 2016.

Deux chasseurs de primes sont à la recherche du téléphone portable au contenu hyper sensible d’un homme ne lésinant devant aucun moyen pour obtenir ce qu’il veut. Leur course-poursuite les amène dans un paysage beauceron infiniment plat, balayé par le vent, qui devient en lui-même un personnage de cette métaphore de la conversion. Leur trajectoire croise celles d’un couple de fugitifs simples d’esprit, d’un Jésus (c’est son nom !) SDF aux interventions providentielles, de deux presque centenaires impayables mais si sages, d’une momie dans un entrepôt, d’un cerf qui joue un rôle quasi christique… L’élément déclencheur est la contemplation de l’effet de la mort, et, pour l’un des deux acolytes, la proximité de la mort suite à un accident cardiaque. Et pourtant, rien de morbide dans cette aventure où retentit, dans la bouche de Michael Lonsdale, les beaux mots d’espérance du Christ « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra », mais aussi, plus terre à terre, « vivre, ce n’est pas seulement respirer ! »

Les deux compères ont-ils retrouvé le meilleur de la nature humaine ? Ils ont en tout cas côtoyé la violence et le mal le plus corrosif, et la générosité gratuite la plus bouleversante, et ils ont fait leur choix. Une grande force poétique se dégage de ce film, au gré du ciel et de ses couleurs. Les plans larges, le silence, le rythme parfois ralenti, soulignent au mieux la vulnérabilité de chaque être humain. Quelques symboles sont peut-être un peu trop explicites, mais qu’importe ! Cette odyssée quasi-biblique vaut nombre de blockbusters aux effets faciles…

À propos Mireille Boissonnat

Mireille Boissonnat est membre de l’EEL de Paris-Alésia.

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