L’invocation des vivants (1 Samuel 28.3-25)

Invocation SamuelEn lisant ce chapitre 28, j’ai le sentiment de passer par la vallée de l’ombre de la mort… La guerre est imminente (28.1) ; Samuel, le porte-parole de Dieu est mort (28.3), Saül est angoissé au point de transgresser un interdit majeur de la foi d’Israël (la nécromancie). Et peut-être le plus désolant : Dieu se tait (v.6). C’est un chapitre sans lumière, comme certains passages de la vie peuvent l’être. Et comble de tout paradoxe, c’est la voyante qui apportera dans cette nuit existentielle un peu de sagesse (v.11), de repos et d’amitié (v.22-25).

Quand Dieu ne répond plus… (1 S 28.6)
Quand Dieu se tait dans la Bible, c’est souvent mauvais signe. Au début du livre, juste avant l’appel du jeune Samuel, il est précisé que « la parole du SEIGNEUR était rare en ces jours-là, la vision n’était pas chose courante ». (1 S 3.1) Samuel est mort et la parole de Dieu est repartie comme elle était venue, sur la pointe des pieds, dans les pas du prophète. Samuel, à bout de patience, avait prévenu Saül : « Le Seigneur aime-t-il les holocaustes et les sacrifices autant que l’obéissance à la parole du Seigneur ? Non ! L’obéissance est préférable au sacrifice […] Mais la révolte vaut le péché de divination » (1S 15.22-23).

Les hommes n’ont de cesse de combler le vide laissé par l’absence ou le silence de Dieu. Au lieu d’entrer à leur tour dans ce silence, de s’y tenir à l’écoute dans l’attente, la repentance, ils s’empressent d’invoquer (ou d’évoquer –TOB ; littéralement : « fais monter pour moi » 1 S11-12) les morts. La divination apporte son illusoire plénitude. Le vide laissé par le désespoir que toute confrontation lucide avec soi-même provoque, est béant, prêt à engloutir Saül.

Un vivant chez les morts ! (1 S 28.15-19)
Dans les films d’horreur, ce sont les morts qui viennent hanter les vivants. Ici c’est le contraire : Saül est le cauchemar du défunt Samuel ! La situation est comique. Au fil de l’entretien on finit par se demander où est le monde des vivants et celui des morts. Le vivant n’est-il pas celui qui souffle la parole de Dieu hors du séjour des morts et le mort celui qui fait monter d’en bas des réponses à son existence ? Le vivant Samuel rend visite au mort Saül !

En même temps, ce dialogue entre ici et au-delà révèle l’immense déception des sciences occultes. Elles s’avèrent incapables de faire du neuf, d’inspirer et de mobiliser le vivant d’une vision porteuse de son existence. Samuel répète le même vieux message qu’il avait martelé de son vivant. Il aurait mieux fait de rester couché.

La parabole de « Lazare et le riche » (qui met en scène l’histoire inverse), insiste sur l’enjeu du jour présent (Luc 16.16-31). On n’a qu’une seule vie. La parole de Dieu est pour les vivants. Elle possède le pouvoir de vivifier les morts en sursis que nous sommes tous. Nous avons Moïse, les prophètes et surtout le Christ, ne laissons pas passer cette parole sans y répondre !

Un signe de vie ! (1 S 28.20-25)
Comme dans une pièce de théâtre, après la pointe tragique, on se dirige maintenant vers l’épilogue. Samuel est rentré se coucher ; Saül est tombé à terre comme terrassé par le message de son vieil ami le prophète. Tout le monde est mort. A l’exception de cette femme, la nécromancienne… Elle est vivante, entreprenante et avisée. Elle ressent le désespoir de Saül et l’invite à un déplacement. Un déplacement vers la vie. Et pour ce faire, il doit manger. Elle propose un morceau de pain mais cuisine un banquet royal (1 S28.24).

C’est ainsi avec Dieu : au cœur des plus épaisses ténèbres, il se passe des choses invraisemblables. La vie de Dieu qui appelle encore, quelquefois par l’intermédiaire d’improbables acteurs, tous ceux qui se sont perdus en chemin.

À propos Pierre Lacoste

Pierre Lacoste est pasteur détaché de l'UEEL, en poste à l'Eglise Protestante Française de Beyrouth (Liban)

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