Mad Men

mad-men1Cette série, diffusée pour la première fois à l’été 2007 sur la chaine américaine AMC est devenue une des séries dramatiques les plus récompensées et elle se classe toujours en tête des favoris durant la saison des récompenses : Mad Men a gagné l’Emmy de la « Meilleure série dramatique » et du « Meilleur scénario pour une série dramatique » deux années de suite. Mad Men a également remporté deux années consécutivement le Golden Globes  de la « Meilleur série dramatique  » et le Screen Actors Guild pour « performance exceptionnelle par un ensemble d’acteurs dans une série dramatique. » Et elle cumule près de 20 récompenses pour 5 années d’existence.

Je dois l’avouer, je ne fais pas parti des fans de la première heure. Je ne me suis replongé dans Mad Men que dernièrement…Pourquoi ? Et bien parce qu’au début, j’avais du mal à aller à la fin d’un épisode sans piquer du nez ! Ensuite, j’avais du mal à voir dans Mad Men autre chose qu’une belle enveloppe 60’s pour faire passer les pires dépravations : en gros, on s’habille classe mais on n’est pas très joli à l’intérieur.

Alors que Canal + diffuse en France la sixième saison, je me suis dit qu’il faudrait peut être que je m’y remette.

Une époque

Impossible de se lancer dans une description ou d’explorer Mad Men, sans reconnaître le rôle primordial joué par les années 1960, toile de fond de la série, et par extension, de reconnaitre l’impact des années 1960 sur la société, ici américaine : une période de progrès technologique, d’une certaine liberté sociale, et de rébellion collective. Et du coup, s’il y a bien une philosophie qui imprègne Mad Men, c’est l’idée que les gens peuvent faire ce qu’ils veulent. Prenez, par exemple, la culture de l’agence Sterling Cooper Draper Pryce Advertising Agency. Dans l’ensemble, il s’agit d’une culture de l’auto-indulgence dans lequel la plupart des personnages sont tout à fait disposés à utiliser les autres si cela permet d’augmenter sa réussite personnelle.

Don Draper

De cette culture émerge le personnage central de la série : Don Draper. Tout en gardant une façade classe et cool au bureau, Draper lutte en privé contre la solitude et la dépression. Pour plusieurs raisons : la fin de son mariage et l’absence de ses enfants. La nuit, il rentre dans un appartement sombre et se verse bourbon sur bourbon, tentant d’atténuer sa douleur. À un certain moment, soit d’épuisement, état d’ébriété, ou les deux, il sombre. Puis, il se réveille le matin et recommence sa spirale. Personne n’est dupe au bureau, mais tous font semblant de ne rien voir, et la vie continue.

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Draper représente dans la série tout ce qui est bon : réussite, charme, richesse… mais surtout tout ce qui est mauvais dans ce monde un peu fou. Et la racine du problème nous est donnée dès l’épisode 4 de la saison 1: son identité.

Ces 10 dernières années, Draper a vécu comme quelqu’un d’autre, il a vécu une double vie. Je n’en dis pas plus… Le spectacle explore d’autres personnages et d’autres idées comme le féminisme, le racisme et le capitalisme, mais sa plus grande préoccupation est avant tout Draper et sa rédemption… ou sa chute ?

 Chute et/ou rédemption ?

Car il est là pour nous le souci : Il y a des moments dans la série où il semble qu’il va enfin changer ou, au moins, se diriger dans la bonne direction…mais non, il fait une énorme erreur. Finalement, on en arrive à l’impression suivante : peu importe comment il essaie de faire ce qui est juste, il semble en être tout bonnement incapable.

Draper peut contrôler le monde de la publicité, mais il ne peut pas contrôler sa propre vie.

Il est facile, comme je l’ai fait au premier abord de haïr Draper et de le balayer pour son comportement amoral, adultère…mais à la fin, ça reste quand même  difficile. Peu importe comment il se comporte, nous ne pouvons pas l’aider. Mais on ne peut s’empêcher de continuer à placer un peu d’espoir en lui. Dans la personnalité conflictuelle de Draper, la moralité du spectacle fournit juste assez d’espoir pour qu’il conserve notre empathie. Ce cycle a été introduit dès l’épisode pilote. Nous rencontrons pour la première fois Draper dans son lit avec une femme, puis au travail où il se distingue comme un publicitaire de génie…On ne découvre que plus tard qu’il a une femme et des enfants qu’il aime apparemment, aussi. Tout indique que c’est un lâche que nous devrions mépriser et rejeter, mais nous ne le faisons pas…on continue à regarder et bizarrement, quand on le voit regarder sa famille avec des yeux sincères et tendres, nous nous soucions de lui. Dès le début, nous voulons qu’il aille mieux. Cette lutte, ce va et vient entre bonnes et mauvaises actions, tort et raison, est au cœur de Mad Men et au cœur de la personnalité de Draper. Il a des moments d’éveil, des moments de changement, des moments de rédemption, il éprouve de l’amour et de la  loyauté envers son collègue Peggy, il prend des décisions momentanées comme arrêter de fumer, de boire et de tromper sa femme, Il fait même un voyage en Californie où il vit une sorte d’auto-baptême. Mais il y a aussi des moments de descente, des moments de désespoir, des moments de chute. Une telle bascule personnifiée s’avère être la raison pour laquelle Mad Men résonne chez beaucoup de nos contemporain, en nous ? Parce que nous pouvons nous y retrouver.

Les choses ont-elles changées ?

Sous des dehors clinquant, le monde de Don Draper est très sombre, au propre comme au figuré. Cinq décennies plus tard, certaines choses n’ont pas changé. L’humanité continue à se dire chaque jour : nous pouvons faire ce que nous voulons. Oui, nous le pouvons. C’est vrai, nous pouvons nous livrer à tous nos appétits.

Alors, nous sommes sans aucun doute, tous très loin de l’existence de Draper…mais on s’y retrouve un peu quand même et il peut être tentant d’essayer de nous distancier de cette vérité inconfortable.

Nous avons tous, à certains moments de notre existence, du lutter  pour que de telles choses n’arrivent pas dans nos propres vies. Mais une chose est sûre, le monde désordonné de Mad Men est inspiré par le gâchis dans lequel nous vivons, et la réalité, c’est que les points faibles de la Sterling Cooper Draper and Pryce Advertising Agency et de ses employés sont des points faibles dont nous sommes tous capables…sans une foi solidement ancrée. De toutes les choses qui n’ont pas changé depuis les années 1960 à aujourd’hui, une est particulièrement insidieuse, peut-être même plus que la vision d’une potentielle baisse morale de nos propres vies. Nous reconnaissons tôt ou tard, l’apparition lente d’une horrible vérité sur nous-mêmes. Mais quand il s’agit de l’autre cependant, beaucoup d’entres nous suivent l’exemple des collègues de Don Draper : On prétend ne pas remarquer quand les vies de ceux autour de nous glissent dans l’obscurité.

Nous défendons cette approche en disant que les problèmes des autres ne sont pas nos affaires. Alors, c’est peut-être vrai, mais ça peut aussi devenir une excuse. Dans certains cas, les gens ont clairement fait savoir qu’ils ne veulent pas de notre aide tout ce que nous pouvons faire, c’est respecter cela. Mais dans de nombreux autres cas, je sais que je ne m’implique pas dans la vie des gens ou dans leurs problèmes  parce que s’impliquer, c’est souvent incommode et intimidant. Se rapprocher de personnes peut nous mettre mal à l’aise. Ça peut offenser nos sensibilités. Ça peut être un travail difficile. Mais rien de tout ceci ne compte. Se rapprocher et éclairer l’obscurité des personnes qui en ont désespérément besoin, c’est exactement ce que Jésus a fait. C’est l’exemple que nous devrions suivre. Mad Men peut être appelé de la télévision de divertissement, il est loin de dépeindre une réalité divertissante. Pensez-y. Don Draper ressemble-t-il vraiment à un homme heureux?

 Le noyau de notre expérience humaine

La plupart d’entre nous n’ont probablement jamais eu une conduite aussi dépravée que Draper, mais comme lui, nous savons tous ce que c’est que de connaître la bonne chose à faire, vouloir la faire, mais ne pas y arriver. Même l’apôtre Paul l’a vécu, Romains 7.19 : « Je ne fais pas le bien que je veux ».

Ce conflit universel communique le noyau de l’expérience humaine et la condition naturelle de notre cœur.

Au-delà de nos échecs, cependant, certains d’entre nous connaissent aussi le pouvoir de la rédemption. Nous savons ce que c’est que de faire, non pas par notre propre puissance, le bien et d’être bon, ou du moins être considérée comme bon, comme juste.

Se rapprocher et éclairer l’obscurité des personnes qui en ont désespérément besoin, c’est exactement ce que Jésus a fait.

Dans sa lettre aux Ephésiens, au chapitre 5, l’apôtre Paul dit : « En effet, ce que les hommes font en secret, il est même honteux d’en parler, mais tout ce qui est démasqué par la lumière apparaît clairement, car tout ce qui apparaît ainsi est lumière. C’est pourquoi il est dit : « Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et Christ t’éclairera. »

Plus qu’une parole de condamnation, c’est une parole d’espérance. Elle résonne fortement pour nous avec ces appels de notre Seigneur : je ne suis pas venu pour les bien portant. Je suis le chemin, la vérité et la vie.

Se rapprocher et éclairer l’obscurité des personnes qui en ont désespérément besoin, c’est exactement ce que Jésus a fait.

« Il n’y a pas de différence : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu, et ils sont gratuitement déclarés justes par sa grâce, par le moyen de la libération qui se trouve en Jésus Christ. »

Don Draper est un personnage de fiction, les scénaristes lui feront prendre le chemin qu’ils voudront : chute ou rédemption ? Mais nous sommes les acteurs de notre propre vie : quel chemin choisirons-nous d’emprunter ?

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À propos Jérémie Chamard

Jérémie Chamard est pasteur de l'EEL de Bouffémont.

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