« Mais arrache-nous au mal(in)! »

359435_4525« Mais arrache-nous au mal(in) ! » (Matthieu 6:13b)

Cette demande adressée à notre Père est la septième. Ceux qui voudront voir un symbolisme dans la présence de sept demandes pourront s’y atteler. Nous ne le ferons pas : cette prière n’a pas besoin de symbolisme pour faire valoir sa complétude, son achèvement.

« Arrache-nous… »

Le verbe utilisé ici (ruomai, seulement une quinzaine de fois dans le NT), peut être traduit par « arracher, délivrer, libérer, sauver, … » Quel que soit le terme choisi en français, nous restons dans le registre de la délivrance. Pourtant, en disant « délivre-nous du mal(in) », nous choisissons un verbe dont l’usage est devenu banal. Être délivré peut simplement signifier « être soulagé »… ce qui atténue la force qu’a ce verbe dans le texte original. En disant par contre « arrache-nous au mal(in) », nous insistons sur l’intensité de la rupture. C’est en effet une action radicale et décisive que nous demandons ici de la part de Dieu.

Nos versions françaises maintiennent généralement le verbe « délivrer », par contre l’exégète Alphonse Maillot choisit résolument le verbe « arracher » en disant : « … il existe une nuance tragique dans le verbe « arracher » qui disparaît aussi dans le verbe « délivrer ». Ainsi, s’il veut nous garder, le Père devra nous arracher à un Autre. Car sans cesse, nous redevenons des proies ou des prisonniers… sans cesse nous saisissons d’autres mains que celles de notre Père, et ces autres mains deviennent aussitôt des « menottes », des poignes et même des chaînes… »1

… il existe une nuance tragique dans le verbe « arracher » qui disparaît aussi dans le verbe « délivrer ».

« … au mal(in) »

L’évangile selon Matthieu fait usage du substantif ho ponèros pour désigner tantôt le mal dans un sens général, tantôt l’auteur du mal, « le malin » ou « le Mauvais ». Pour le premier usage nous trouvons par exemple cette parole où Jésus dit : « Heureux serez-vous lorsqu’on… répandra sur vous toute sorte de mal, à cause de moi » (5:11). Pour le second usage, on peut le trouver dans la parabole du semeur (13:19), quand Jésus donne la signification des oiseaux du v.4 : « Lorsqu’un homme écoute la parole du royaume et ne la comprend pas, le Malin vient et enlève ce qui a été semé dans son cœur… »

Dans la demande que nous étudions, il ne faut exclure aucun de ces deux usages. D’abord parce que, grammaticalement, il n’y a pas de raison de le faire, et ensuite, parce que l’ensemble du « Notre Père » met en évidence notre combat à la fois contre le mal et contre le Malin.

  • La demande du pain, c’est une lutte contre le fléau de la faim.
  • La demande du pardon, c’est un désir d’échapper au pouvoir de l’Accusateur et de la rancune.
  • La demande de ne pas être conduit dans l’épreuve/tentation, c’est l’aveu de notre faiblesse devant les ruses du Tentateur.

Cette dernière remarque a du reste conduit certains traducteurs à mettre : « Délivre-nous du Tentateur ». Le principal inconvénient de ce choix nous semble être le lien trop étroit que cela établit entre les deux dernières demandes. Nous venons de voir en effet que le mal(in) ne s’exprime pas seulement par la tentation ou le Tentateur. Cette dernière demande est au contraire un appel qui inclut toutes les demandes qui précèdent.

Responsables et confiants

En parlant du mal(in), il faut sou1igner notre responsabilité. L’Évangile nous annonce que le mal peut aussi être en nous et peut être produit par nous (voir Luc 6:43-46). Dire « Arrache-nous au mal(in) » ne nous autorise donc pas à nous comporter en « pures » victimes. Ce serait agir comme les enfants du mensonge(r), et non comme ceux de notre Père.

Cet appel de détresse : « Arrache-nous… » est en même temps un cri d’espérance. En prononçant cette prière, nous mettons notre confiance en Dieu qui promet de nous arracher au mal, au Malin… et aux malheurs ! En nous disant de prier ainsi, Jésus se révèle comme celui qui vient accomplir ce qui était annoncé : « De nombreux malheurs atteignent le juste mais l’Éternel l’en délivre de tous ! » (Ps 34:20)

 

Cette série de méditations a été publiée dans PLV entre décembre 1998 et septembre 1999″.

 

1Alphonse Maillot, Notre Père, la requête des enfants de Dieu, Paris, 199l – Les Bergers et les Mages, pp. l37-l38

À propos Pierre-André Schaechtelin

Pierre-André Schaechtelin, pasteur de l’Église protestante unie de France.

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