Masterchef

repas« Ecoutez-moi vraiment et vous mangerez ce qui est bon, vous savourerez des plats succulents » (Esaïe 55.1)

Saviez-vous que le best-seller de l’été 2015, vendu à des millions d’exemplaire, était un livre entièrement consacré… à l’intestin ? 350 pages autour de cet organe qu’on met rarement en avant (ou alors bien malgré nous !). Un phénomène d’édition, à emporter sur la plage ! Ce succès étonnant pose question : signe des temps ? 

Il est vrai que notre ventre fait l’objet de toutes les attentions. Les « chefs » starifiés le bichonnent, les coachs montrent comment l’affermir, les médecins sont à son écoute, car ce « deuxième cerveau » sait aussi jouer les porte-parole de notre psychisme, au diapason de nos stress et de nos angoisses les plus refoulées ; de quel mal du siècle cet intérêt qu’on lui porte serait-il donc le symptôme ?

D’une certaine angoisse face à l’avenir et au monde, peut-être. Comme si, pour oublier un peu le bruit assourdissant des bombes et les cris des réfugiés, il suffisait de tendre l’oreille aux gargouillis de nos estomacs. C’est connu : en période de crise, on a tendance à se replier vers les fondamentaux ; le bien-manger en fait partie. Et puis, la cuisine procure un plaisir immédiat : c’est attirant quand l’avenir est incertain. Quand tout se met à tanguer, s’accrocher au « terroir », s’en tenir à la fourchette ou au verre à dégustation ! Si tout cela est vécu avec actions de grâce, dans la sagesse et la sobriété, rien de mal, bien sûr. Jésus lui-même reconnaissait la légitimité des « plaisirs de la table » – certains lui reprochaient même d’être trop « bon vivant » ! (Matthieu 11.19) – Accueillir avec reconnaissance les bonnes choses que Dieu nous accorde, oui, sans toutefois tomber dans l’idolâtrie ou le matérialisme – « Leur dieu, c’est leur ventre », dit Paul de certains de ses adversaires (Philippiens 3.19). Qu’il n’en soit pas ainsi pour nous !

Mais hasardons une autre hypothèse : et si, derrière cet appétit de bonnes choses, se cachait une faim… spirituelle ? On est d’autant plus empressé à remplir son ventre qu’un vide s’y exprime. Et si c’était un « vide en forme de Dieu », comme disait Saint Augustin ? Nous avons tous « faim et soif de justice », faim de nourritures solides ! Besoin de plénitude. Et osons le croire : nos contemporains aussi ! Faim et soif de justice et d’amour. Qui leur fera découvrir les nourritures célestes ? Qui leur fera goûter combien l’Eternel est bon ?

« Pourquoi dépensez-vous de l’argent pour ce qui ne nourrit pas ?, dit Dieu par la bouche du prophète Esaïe, pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas? Ecoutez-moi vraiment et vous mangerez ce qui est bon, vous savourerez des plats succulents » (Esaïe 55).

À propos Sylvain Guiton

Sylvain Guiton est pasteur à l’EEL de Lyon.

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