N’oubliez pas l’hospitalité ! (Genèse 18.1-15)

WelcomeCe récit célèbre où Abraham accueille trois visiteurs de passage a inspiré de nombre tableaux, notamment les icônes orthodoxes qui y voient la représentation de la Trinité ou bien un tableau rouge de Chagall où les visiteurs portent des ailes d’ange ! L’identité énigmatique des trois visiteurs a donné lieu à des lectures spirituelles et théologiques, mais le récit de base est une scène d’hospitalité.

Ce récit fait partie de l’épopée de la vie d’Abraham et prend sa place dans le déroulement du plus grand narratif. C’est un récit du temps de l’attente. Les promesses de Dieu de la bénédiction pour et à travers Abraham et sa descendance et se sont vu confirmées par des apparitions de Dieu et des rituels, la circoncision notamment. Ismaël est né à Hagar ; mais il n’est pas le fils de la promesse ; le fils de la promesse serait lui le fils de Sarah. Sarah et Abraham attendent alors toujours l’accomplissement de cette promesse ; le temps passe, ils s’installent dans leur tente…

C’est là aussi que nous passons la plupart de notre vie chrétienne. La croix et la résurrection du Christ sont bien derrière nous, et, plus personnellement, le temps des moments spirituels forts et des premiers engagements. Nous attendons une autre manifestation du Christ, le royaume, qui est notre espérance. Le temps d’attente est le temps de l’Eglise et de la vie chrétienne.

C’est alors que le Seigneur apparut à Abraham lorsqu’il était assis à l’entrée de sa tente. Cette introduction à la scène crée l’ambiguïté et le mystère autour la rencontre. Le lecteur reste perplexe. Est-ce le Seigneur ou trois visiteurs qu’Abraham accueille ? Qu’en savait-il vraiment ? Le mystère s’épaissit quand Abraham s’adresse aux trois comme à un seul : Seigneur ! et leur dit « tu ». Ce chuchotement du texte, cette référence oblique nous invite à creuser le récit et justifie les interprétations des tableaux et des théologiens.

Cependant, il serait dommage de passer trop vite à la question d’identité exacte des trois hommes, sans noter le détail de la scène. Que fait Abraham ? Il s’empresse de recevoir ces étrangers de passage par un accueil qui va même au-delà des codes de l’hospitalité de la société antique. Abraham n’attend pas les visiteurs au seuil de sa tente ; il court à leur rencontre. Il n’attend pas à ce qu’ils demandent de l’hospitalité, mais il les presse de venir. Enfin, notons la « rapidité » de son accueil : il se hâte vers la tente pour dire à Sarah : « Vite » ! Il court au troupeau choisir un veau …Il n’y rien de nonchalant ni de tiède dans la façon d’Abraham d’accueillir ses hôtes…

Oui, Dieu se manifeste à Abraham et Sarah dans ce récit, mais la réalité de l’accueil des trois étrangers n’est pas à ignorer. C’est aussi une mise en scène de l’hospitalité. C’est un rappel que l’accueil de Dieu passe souvent par l’accueil de l’autre, que nous l’apercevons ou non. Le temps de l’Eglise est le temps de l’hospitalité, de l’accueil, de la rencontre, de la visite.

Quand Abraham et Sarah accueille les trois visiteurs, c’est en réalité le Seigneur qui est allé à leur rencontre. Par l’hospitalité offerte, ils reçoivent l’assurance et le renouvellement de la promesse de Dieu. Est-ce le Seigneur qui est allé à la rencontre d’Abraham où Abraham qui est allé à la rencontre du Seigneur en accueillant chez lui des étrangers ? Ce texte nous invite à ne pas trancher mais à poursuivre l’hospitalité (Hb 13.2-3) !

À propos Katie Badie

Katie Badie, pasteur de l'UEEL, est responsable du service biblique de la Fédération Protestante de France

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

error: Content is protected !!