Persécuteur, ton tour viendra (Actes 9.1-31)

targetQuand nous évoquons aujourd’hui les faits de persécutions contre l’Église, sur quoi devons-nous focaliser ?

« Lorsqu’il était enragé comme une bête sauvage, non seulement le Seigneur l’a assujetti sous son obéissance, mais aussi l’a rendu tout autre qu’il n’était auparavant ; ce loup si cruel non seulement a été converti en brebis, mais aussi a pris le naturel d’un pasteur » Je ne sais si les pasteurs étaient d’un naturel plus doux du temps de Calvin, mais une chose est sûre, écrivant cela, le réformateur n’a pas voulu focaliser sur le spectaculaire de la conversion de Saul, mais sur les effets de l’initiative divine : la reconstruction du persécuteur.

Sur l’ensemble du récit, Luc joue sur les effets de contraste :

Saul ancien : verbes à l’actif

Saul nouveau 2 : verbes au passif ou au négatif

Ennemi de ceux de la Voie, (2b)

Baptisé par les disciples à Damas (18b)

Homme d’action qui respire, approche, sollicite, débusque, enchaîne, amène (v.1-2)

Homme stoppé en plein vol et dépendant :

Jésus lui apparaît (17), il ne voit plus (8), il est relevé (8), on le conduit par la main (8), on lui impose les mains, il est fait instrument (15), il est rempli de l’Esprit

Persécuteur de ceux qui invoquent le Nom de Jésus (8:1,3 ; 9 :1,21)

Prédicateur de Jésus Fils de Dieu (9:20)

Quel est donc le but de ce récit ? Décrire la conversion d’un coriace ennemi de Dieu ou démontrer la profondeur du renversement dont Dieu est seul initiateur ?

 Saul, maillon d’une chaîne

Depuis le chapitre 8, Luc développe à plein sa thématique des renversements identitaires : Saul le persécuteur n’est qu’un maillon d’une grande chaine de renversés : Simon le magicien (8:8-24 ; malgré un dérapage), l’eunuque éthiopien (8:26-40) et Corneille le centurion romain (10:1-8). Luc focalise donc sur la puissance de l’œuvre du Christ et non sur l’exemplarité de la foi des convertis. Il est intéressant de constater avec Daniel Marguerat3 que cette œuvre rencontrera autant d’opposition chez les ennemis avérés de Jésus qu’au sein de l’Église. Ananias, Pierre, les disciples ont eux aussi besoin de conversion !

Ne pas se tromper de prière…

Quand nous évoquons aujourd’hui les faits de persécutions contre l’Église, sur quoi devons-nous focaliser ? Sur les violences subies, les résistances héroïques ou les manques de courage bien humains ? Pour quoi devons-nous prier ? Inspirons-nous donc de la lecture lucanienne de l’histoire et mettons l’accent sur l’initiative de Dieu qui appelle les plus improbables serviteurs, faisant du neuf avec du vieux ! Veillons surtout à ne pas faire obstacle à l’œuvre du Seigneur par nos attitudes fermées ou faussement identitaires.

Saul le persécuteur-renversé perd tout : la vue, la faim, la soif. Dans la nuit de sa mort intérieure, il ne reste au triste héros du chemin de Damas que le Nom entendu de celui qui lui dit : « C’est moi, Jésus !» Littéralement : « Moi, je suis… » (v.5).

Au-delà des stratégies missionnaires, des manques de courage ou des velléités plus ou moins inspirées, le seul bien de l’Église persécutée, c’est aujourd’hui encore et seulement, le Nom de Jésus !

 

À propos Pierre Lacoste

Pierre Lacoste est pasteur détaché de l'UEEL, en poste à l'Eglise Protestante Française de Beyrouth (Liban)

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