Pourquoi un chrétien devrait-il se mobiliser contre la pauvreté ?

thLe SEL est une association protestante de solidarité internationale qui vise à améliorer les conditions de vie de personnes et de populations en situation de pauvreté dans les pays en développement. Cette association s’enrichit aujourd’hui d’une branche d’éducation au développement. Sa mission? Encourager la réflexion sur les questions de pauvreté et de développement. PLV magazine s’associe à ce mouvement et publiera régulièrement des articles sur le sujet en collaboration avec le SEL.

Je conçois sans difficulté que l’on s’interroge sur la pertinence d’un engagement social, voire politique. Il est indispensable de fonder ses actes, quelques-ils soient, sur de solides convictions : céder à la dictature des émotions savamment entretenue par des images (Le fameux choc des photos !) et par un discours culpabilisant, ne produit rien de bon à long terme. Je crains, cependant, que notre capacité à disserter de longues heures sur le pourquoi du comment ne cache en réalité des réalités moins avouables et peu édifiantes et constitue une façon commode de botter en touche, au lieu tout simplement d’obéir.

pourquoi les chrétiens semblent avoir tant de mal à se mobiliser contre la pauvreté ou, mieux encore, en faveur des pauvres ?

De fait, la question, telle qu’elle est formulée, n’est pas sans ambiguïté. Elle peut donner à penser que le chrétien devrait avoir en la matière un comportement différent des autres hommes et, plus insidieusement, focalise l’attention sur une situation plutôt que sur les personnes qui en sont les acteurs ou les victimes. Pour tenter d’éviter de tomber dans ce travers, il faudrait plutôt se demander pourquoi les chrétiens semblent avoir tant de mal à se mobiliser contre la pauvreté ou, mieux encore, en faveur des pauvres et quels arguments on peut avancer pour le justifier. Pour répondre à cette interrogation, il convient de commencer par faire l’inventaire des bonnes et des moins bonnes raisons que nous avons de ne rien faire. Sans prétendre à l’exhaustivité, je crois pouvoir en nommer quelques unes.

  • Il y a d’abord l’immensité de la tache. On a souvent l’impression de s’évertuer à remplir une baignoire percée. Au fil des années, malgré de réelles avancées, force est de constater que la pauvreté ne connait pas de frontières et semble, quoiqu’on en dise et quoiqu’on fasse, augmenter.
  • Il y a aussi la complexité de notre monde globalisé  et ses multiples connexions. Les décisions que prennent les responsables de telle entreprise, pour augmenter leur profit et être en mesure de distribuer des dividendes aux actionnaires, souvent auront des répercussions négatives auprès de leurs propres employés et de leurs sous-traitants : au nom de la productivité, les lois du marché déshumanisent le rapport de l’homme au travail, le réduisant à une variable ajustable ! Si certains s’enrichissent, d’autres, dans le même temps s’enfoncent un peu plus encore dans la pauvreté et nous en sommes réduits au rôle de spectateur.
  • Et puis, il faut bien l’avouer, il y a ce fond d’égoïsme qui nous habite bien souvent encore. Nous sommes peu sensibles à la misère des autres et peu enclin à partager. Nous pouvons être admiratifs devant l’abnégation et le dévouement, l’esprit de sacrifice et le don de soi de ces homme ou femmes, qui tout au long de l’histoire, se sont battus contre le système et ont consacré toute leur énergie pour venir en aide à leur prochain mais au fond de nous mêmes, n’avons-nous pas tendance à penser qu’ils en font un peu trop ou bien que ce genre d’engagement n’est réservé qu’à une élite ?
  • Je ne peux taire non plus l’influence que peut avoir notre théologie, c’est-à-dire, en la matière notre compréhension du rôle du chrétien dans ce monde. Pour certains, notre témoignage doit se concentrer sur l’annonce du salut, la repentance et le pardon des péchés : bref, nous devons prêcher la croix et le reste devient secondaire, d’autant que ce monde est voué à la destruction. Ce pessimisme radical fait le pendant d’un optimisme tout aussi discutable qui voit le chrétien comme l’artisan du royaume de Dieu, à construire déjà, ici et maintenant.

«  Faites pour les autres tout ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, car c’est là tout l’enseignement de la Loi et des prophètes »

Ces arguments sont loin d’être négligeables. Ils ont une certaine logique et témoignent d’un certain bon sens. Ils ne peuvent cependant pas tenir face à l’enseignement de l’Écriture et s’il ne faut citer qu’un texte pour fonder notre action en faveur des pauvres, je choisis résolument cette parole de Jésus, qu’on appelle la règle d’or, simple dans son énoncé mais plus difficile dans sa mise en pratique. Ce n’est pas une option, c’est un commandement du Seigneur lui-même ! Il nous invite à nous identifier à l’autre, à se mettre à sa place, et à agir pour lui comme on aimerait qu’on le fasse pour nous ! Cet appel s’inscrit dans la logique de l’incarnation, de Dieu qui se fait proche de nous en Jésus Christ, partageant notre condition et se donnant totalement. Au disciple, il n’est pas demandé autre chose que de suivre l’exemple du maître. Sa vie se doit d’être la traduction de l’amour dont il est l’objet et emprunter le même chemin que celui du Christ : il est appelé à prendre l’initiative d’un amour qui est don de soi : «  Faites pour les autres tout ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, car c’est là tout l’enseignement de la Loi et des prophètes » (Matthieu 7/12). C’est tout un programme mais il est à notre portée : à nous de jouer !

À propos Stéphane Lauzet

Stéphane Lauzet, pasteur retraité de l'UEEL a aussi été Secrétaire Général de l’Alliance Evangélique, co-directeur du CNEF (Conseil National des Evangéliques de France), et chargé des relations avec la Francophonie pour l’Alliance Evangélique Mondiale.

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