Protestantisme et vie monastique : vers une nouvelle rencontre ?

protestantisme_et_vie_monastiqueEditions Olivetan, 2015

Actes du colloque tenu à Paris les 4 et 5 juillet 2015

Les actes d’un colloque peuvent peut-être faire peur ! Cela sonne tellement sérieux… Mais en fait, cet ouvrage offre la grande qualité de mêler beaucoup de témoignages et récits d’expériences avec des réflexions certes plus denses mais variées et très accessibles. Si vous vous posez des questions sur la vie monastique, sur son histoire, sur son élimination à l’époque des Réformateurs, et sur son renouveau depuis les 19e et 20e siècles en milieu protestant, vous devriez trouver un intérêt à sa lecture.

La première partie propose un regard historique sur le tableau de fond de ces débats. Le professeur J-N Pérès parle des tout débuts du monachisme – « dans le silence, entendre Dieu ». M. Carbonnier-Burkard énonce les arguments avancés, par Luther en particulier, contre les vœux monastiques – non bibliques, cherchant à gagner des mérites, créant une élite spirituelle, opposés à la liberté et la raison de l’homme. S. Fath montre les similitudes repérables entre Réforme radicale, protestantisme évangélique actuel et communautés monastiques. Enfin Sœur Evangéline décrit le contexte sociétal – développement industriel, misère de la classe ouvrière – et ecclésial – renaissance du protestantisme et réveils dans les Eglises – qui a présidé à la fondation des diverses communautés de Diaconesses au 19e siècle.

Une invitation à nous interroger sur notre capacité à vivre la double radicalité de la proclamation de l’amour inconditionnel de Dieu, et de l’appel au changement

Dans la deuxième partie se succèdent les présentations de diverses expériences communautaires du 20e siècle. Alors que, selon D. Hervieu-Léger, la réinvention du monachisme protestant au 19e siècle venait surtout combler les carences de l’Eglise en termes de diaconie, les communautés des années 1950 à 1970 suivent un modèle plus « communionnel », en recherche d’une liturgie renouvelée, très soucieux de l’unité de l’Eglise et donc souvent œcuménique. Aujourd’hui s’exprime une forte demande d’hospitalité dans ces lieux retirés du monde, ou sensibles au respect de la création, ou vécus comme protestataires dans un monde hyper-connecté mais si peu humain.

Suivent deux autres parties consacrées à une meilleure compréhension des fondements et enjeux de la vie monastiques : la vie communautaire et ses tensions ; la question de l’indissolubilité des vœux ; comment la prière des moines peut féconder la prière de l’Eglise tout entière ; ce que la radicalité de cette soif d’expérience de Dieu peut dire à tout chrétien ; le monastère comme école de fraternité et comme laboratoire d’expérimentation. Les auteurs sont variés, tous très passionnants.

L’ouvrage laisse ouverte la question initiale : peut-on être protestant et moine ? Mais la relecture d’A. Nouis dit le rôle inspiré que le monachisme a joué et peut continuer à jouer : celui d’antidote à la mondanisation du christianisme, celui de « petites pentecôtes » qui ravivent les couleurs de la foi, celui de lieux de parole salutaires aussi.
Le tout nous interroge sur notre capacité à vivre la double radicalité de la proclamation de l’amour inconditionnel de Dieu, et de l’appel au changement. Là est peut-être la vocation première de ces communautés qui nous interpellent…

À propos Mireille Boissonnat

Mireille Boissonnat est membre de l’EEL de Paris-Alésia.

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