Quand le cinéma de science-fiction parle de salut

seul_sur_mars_affiche_01La science-fiction est un genre propice à la réflexion métaphysique et les thèmes qu’elle aborde offrent souvent des parallèles intéressants avec des thématiques chères à l’Évangile. A l’occasion de la sortie, le 21 octobre, du dernier film de Ridley Scott, Seul sur Mars, il est intéressant de porter un regard croisé avec deux autres films récents qui partagent le même genre hard science (un sous-genre de la science-fiction qui s’attache à être le plus réaliste possible du point de vue scientifique) : Gravity et Interstellar. En effet, ces trois long-métrages, spectaculaires et passionnants, nous parlent de salut. Mais avec des regards très différents.

Seul sur Mars raconte la façon dont un astronaute, laissé pour mort sur Mars lors d’une évacuation d’urgence mais en réalité en vie, arrive à faire preuve d’ingéniosité pour survivre sur une planète hostile, et à trouver le moyen de contacter la Terre pour envisager la possibilité d’être sauvé (ma critique du film). Seul sur Mars, c’est le salut par la science, grâce au génie humain et au dévouement de quelques héros. Tout est rationnel, voire rationaliste. La dimension religieuse est pratiquement absente du film, à part une ou deux très faibles allusions. Le fait que le héros utilise un crucifix en bois d’un des membres de l’équipage, pour le brûler afin de produire de l’eau est d’ailleurs intéressant à cet égard…

Gravity évoque le retour sur terre d’une astronaute qui se retrouve seule dans l’espace après un accident qui a détruit la navette spatiale dans laquelle elle se trouvait et tué le reste de l’équipage. Le film, lui aussi très spectaculaire et réaliste, use de nombreux symboles visuels pour évoquer la mort ou la naissance. Il met aussi en parallèle à la détresse physique de l’héroïne, une détresse existentielle personnelle, liée à un traumatisme familial, que cet épisode lui permettra de surmonter. La dimension spirituelle y a sa place. Je pense notamment à une scène très forte du film qui montre l’astronaute, n’ayant plus aucun espoir de survivre et se voyant mourir, en pleine détresse face à l’imminence de sa mort et se lamentant qu’on ne lui ait jamais appris à prier.

Interstellar est celui des trois films qui a le propos le plus explicitement métaphysique. C’est d’ailleurs cet aspect qui a valu au film ses critiques les plus négatives, et j’avoue moi-même avoir été perplexe après le premier visionnage. Mon avis a évolué et toutes mes réserves sont aujourd’hui tombées pour ce film que je considère comme un vrai chef-d’œuvre. Alors que la Terre est en train de mourir, le seul espoir pour l’humanité est de trouver une nouvelle planète à coloniser. Or, un trou de ver, phénomène spatial complexe, permet d’envisager d’atteindre des planètes normalement inatteignables. Sans trop dévoiler le film, on peut dire que le propos d’Interstellar, c’est le salut par l’amour. Et ce salut a besoin d’une intervention extérieure, à travers l’espace et le temps. D’où la dimension mystique du film, ouverte et mystérieuse (à l’image de 2001 : l’odyssée de l’espace). Contrairement à Seul sur Mars et Gravity, ce n’est plus le salut d’un seul être humain qui est en jeu mais le salut de toute l’humanité !

En plus de leur qualité cinématographique, ces trois films sont intéressants pour nourrir un débat sur la foi, le prix de la vie humaine ou la place de l’homme dans l’univers. Seul sur Mars souligne que chaque vie humaine mérite d’être sauvée : sauver un homme, c’est sauver l’humanité. A l’image du berger de la parabole qui laisse les 99 brebis pour retrouver la 100e, perdue. Gravity souligne que le vrai salut est intérieur et intime, quels que soient les périls qui nous entourent. Interstellar affirme que la puissance de salut la plus forte, qui transcende l’espace et le temps, c’est l’amour.

Avouez que ces thématiques entrent en écho de façon intéressante avec le message de l’Évangile !

À propos Vincent Miéville

Vincent Miéville est pasteur de l’EEL de Toulouse et président de la commission synodale de l’UEEL.

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