« Que ta volonté soit fête ! »

1039443_79054945« … Que ton nom soit sanctifié, Que ton règne vienne, Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel … » (Matthieu 6:10)

Notre première étude nous a résolument situés comme fils et filles du Père. Donc aussi comme frères et sœurs, décidément ce corollaire est incontournable et tant mieux.

Relation nouvelle

« Que ton nom soit sanctifié ». Dans le langage biblique, et quelque fois dans notre langue française également, le nom désigne la personne tout entière. S’il ne fallait qu’un exemple pour illustrer cela, je citerais volontiers ce que Dieu dit de lui-même par le prophète Esaïe : « Quand ils verront au milieu d’eux l’œuvre de mes mains, ils sanctifieront mon nom, ils sanctifieront le Saint de Jacob, ils redouteront le Dieu d’Israël » (Esaïe 29:23). Ainsi Jésus nous apprend à demander que le nom de Dieu, autrement dit Dieu lui-même, soit sanctifié.

Que Dieu « soit sanctifié » résonne de manière étonnante. C’est que nous sommes habitués à ne comprendre la sanctification que sous l’angle des progrès de notre vie chrétienne. C’en est un aspect, mais pas le premier. Sanctifier quelqu’un, c’est d’abord lui reconnaître et lui donner la place qui est la sienne. Ainsi, « nous sommes sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus une fois pour toutes » (Hb 10:10). Dieu nous reconnaît alors pour ce que nous sommes dans notre union avec le Fils : ses enfants, sa famille, ses intimes.

Demander que le nom de Dieu soit sanctifié, c’est ainsi demander que Dieu soit reconnu pour ce qu’il est. Reconnu… comme Père ! Puisque c’est justement ce nom là que Jésus privilégie pour désigner la personne de Dieu. Ainsi à partir de Jésus le nom de Dieu ne peut plus être sanctifié autrement qu’en étant manifesté comme Père dans la vie de sa famille. Sanctifié, reconnu, manifesté… vous sentez bien la dynamique de cette relation nouvelle : tout n’est pas qu’une affaire de cœur, mais bien aussi une affaire de gestes, de relations, de qualité de vie.

Demander « que son nom (de Père) soit sanctifié » ne peut laisser personne indifférent dans la « maison du Père ».

Le vrai royaume

« Que ton règne vienne ». Tiens donc ! Nous voici replongés dans le langage de la royauté de Dieu qui nous semble être parfois en contraste avec celui de sa paternité. C’est l’occasion de remettre nos pendules à l’heure… du royaume ! Car ici encore c’est bien du règne de notre Père qu’il s’agit. Nous sommes tellement conditionnés à n’envisager la royauté que sous l’angle des monarchies humaines et tyranniques, que nous ne sommes pas loin du blasphème en modelant Dieu à l’image des despotes de notre monde.

Ceci dit, nous voici tiraillés, car le règne de Dieu ne s’est-il pas déjà approché en Jésus-Christ ? (Mt 3:2). Sur la croix, Jésus n’a-t-il pas déjà triomphé des pouvoirs de ce monde ? (Col 2:l5). Il nous arrive de donner une « bonne » réponse à ce dilemme : « Bien sûr, disons-nous, mais les effets de ce triomphe ne seront visibles qu’au dernier jour ». Et nous voici en train d’attendre, les bras (presque toujours) levés ou croisés, ou alors les mains (presque toujours) jointes ou dans les poches… que vienne le règne (final) de Dieu. D’autres ne font pas mieux, qui se plongent dans l’humanisme social et oublient que c’est par le Saint Esprit que sont la justice, la paix, la joie ! (Rm 14:17)

En nous faisant demander que vienne le règne de Dieu, Jésus ne veut pas nous faire oublier qu’il a lui-même inauguré l’arrivée de ce règne. Le règne du Père, c’est le service du Fils ! Je ne peux plus désormais demander que vienne son règne sans orienter ma vie au service de mon frère et de mon prochain.

Pas sans nous !

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme (elle l’est) au ciel ». Un mot d’abord sur la forme passive du verbe, déjà présente dans la première demande. Ici encore, un peu de mauvaise volonté suffira à justifier par ce passif… notre passivité. Loupé, c’est juste à côté ! Car prier de cette manière, c’est justement reconnaître que les dispositions nécessaires à faire « Sa volonté » doivent être désirées, recherchées, accueillies. Elles ne viendront pas de nous, mais elles ne viendront pas sans nous !

Un mot ensuite pour dire… qu’il n’y a plus grand-chose à dire ! Je veux dire : cette demande redit la précédente en d’autres mots. À ceci près que, cette fois, le doute est parfaitement levé. Il est un « lieu » où elle se fait déjà, la volonté du Père, au ciel ! Risquons-nous à comprendre : « au sein même » de Dieu, l’amour est parfaitement en action. En effet, la trinité, ce n’est pas juste pour les théologiens : un seul Dieu en trois personnes (trois noms !), c’est déjà une relation d’amour. Une relation garante que toutes les nôtres deviennent possibles.

Décidément, elle a toute sa pertinence, cette version bien connue qui joue avec les mots : « que ta volonté soit fête ! »

 

Cette série de méditations a été publiée dans PLV entre décembre 1998 et septembre 1999″.

 

À propos Pierre-André Schaechtelin

Pierre-André Schaechtelin, pasteur de l’Église protestante unie de France.

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