Qui suis-je ? Une créature dans un monde créé.

male in red and lamp-head with speech bubbleLes deux premiers chapitres de la Genèse donnent des éléments essentiels pour nous encourager à vivre dans notre nature créée.

Les deux récits de la création, dans le livre de la Genèse, expriment, chacun à sa façon, la sollicitude que Dieu manifeste à l’homme. Le premier place la formation de l’être humain tout à la fin de la semaine de création. Dans le second récit (au deuxième chapitre de la Genèse), Dieu prépare, pour accueillir l’homme, « un jardin en Éden » (Gn 2:8). Le terme hébreu ‘édèn se traduit par « délice », il évoque une existence agréable, une vie voluptueuse. Ce jardin contient « tout arbre agréable à voir et bon à manger » ; il est à la fois parc et verger. Ainsi, les besoins matériels de l’homme pleinement satisfaits, son élan esthétique est lui aussi comblé. Si Dieu prodigue autant de soins à la préparation de l’environnement qui doit accueillir l’homme, nous pouvons en conclure qu’un statut privilégié revient à la créature humaine.

Le second récit s’intéresse de près à la condition humaine. Il place la création des plantes et des animaux après, et non avant celle de l’homme. Mais s’il fait un gros plan sur la création de l’homme, le premier récit est loin de se désintéresser du thème. En fait, les deux textes apportent, à travers des expressions et des images assez différentes, un enseignement commun sur l’être humain.

Solidaire

L’homme est d’abord solidaire du reste de la création ; il est créature parmi les créatures. Le premier récit de la création le place dans l’ordre du créé ; il ne préexiste à aucune des parties de la création, mais vient à l’existence le sixième jour. Quand le second récit décrit la formation de l’homme dans sa dualité ― corps et âme ―, il évite soigneusement le terme « esprit », qui pourrait prêter à confusion et suggérer qu’une « étincelle de divinité » se serait incarnée dans le corps tiré du sol. Le texte parle plutôt du « souffle de vie » que Dieu communique à l’homme, sans que ce souffle soit lui-même divin (Gn 2:7). Le reste des Écritures confirme le caractère entièrement créé de l’homme. Cet enseignement biblique remet l’homme à sa place de créature : il ne doit ― et ne peut ― rivaliser avec Dieu, qui seul est éternel. L’homme n’a pas en lui l’immortalité. Si dans son innocence originelle, il échappait à la mort, il le devait à l’accès continuel à l’arbre de vie (Gn 2:16 ; 3:22).

De surcroît, l’homme, ce « terrien », a une vocation à accomplir ici-bas : dominer sur la terre (Gn 1:28), cultiver le sol (Gn 2:5, 15). Si l’homme ne doit pas se contenter des réalités matérielles, mais lever le regard vers son Créateur, il n’est pas pour autant issu du monde invisible. Il n’est pas ange, et encore moins dieu, mais habitant de la terre, et ainsi partie intégrante de l’univers des créatures visibles.

Spécifique

Autant la Genèse affirme la solidarité de l’homme avec le reste de la création, autant elle souligne son caractère spécifique. Le premier récit emploie le verbe « créer », pour décrire la venue à l’existence des humains. Ce verbe est utilisé avec économie dans le texte ; il n’intervient qu’aux tournants de l’œuvre créatrice : à son tout début, à l’apparition de la première vie animale, puis à celle de l’homme. À cette occasion, il est même répété trois fois, pour souligner la nouveauté du fait (Gn 1:1, 21, 27).

L’enseignement du premier récit sur l’homme converge dans l’affirmation que l’être humain est créé « en image de Dieu ». La Genèse nous présente un tableau harmonieux de ce qu’est l’homme : il est solidaire de la création, tout en ayant le privilège d’être l’image de Dieu. Mais avant tout, il provient d’un projet volontaire du Créateur : il n’est pas un accident de l’histoire, perdu dans l’immensité d’un univers qui lui serait hostile. Non, Dieu a pris la décision résolue de le créer : « Faisons l’homme en notre image. ». (Gn 1:26). Le second récit dépeint même Dieu travaillant de ses mains, pour former l’homme.

Une vocation bénédiction

Ainsi, nous pouvons avoir l’assurance que notre existence est voulue, et nous engager avec confiance dans le projet que le Créateur a forgé pour l’humanité. Dès le départ, l’existence humaine est placée sous le signe de la bénédiction divine. Le premier chapitre de la Genèse, immédiatement après la création des humains « en image de Dieu », enchaîne sur les promesses de bienfaits qui leur sont réservés. Si la parole divine se présente, dans une large mesure, sous la forme d’un commandement, le texte est explicite : il s’agit ici d’une vocation bienfaisante, « Dieu les bénit et leur dit… » (Gn 1:28).

Chaque conception nous replace devant ce mystère : le petit être qui commence son chemin de vie n’est pas un prolongement de ses géniteurs ; il est un individu, avec son caractère, son héritage et son histoire uniques. Comme l’homme et la femme qui l’ont engendré, il est lui aussi créé « en image de Dieu » et doté d’une dignité inaliénable.

Comme l’homme est image de Dieu dans sa relation de vis-à-vis avec son Créateur ― pour ainsi dire « pour Dieu » ―, il est aussi image de Dieu « pour le monde ». Par le règne que l’homme exerce sur la création non-humaine, il exprime sa dignité d’image de Dieu ; il est son « vicaire », le représentant du Créateur sur la terre. Ce statut particulier fonde non seulement l’agriculture et l’artisanat, mais encore les sciences, la technique et les arts. On peut dès lors admirer les ouvrages artisanaux, les exploits scientifiques et techniques, ou encore les œuvres d’art, comme autant de réalisations de la vocation créationnelle de l’homme.

Une dépendance bénie

Dieu prend soin de lui et pourvoit à ses besoins. Le fait que l’être humain dépend de la sollicitude divine, lui rappelle son statut de créature : il ne s’est pas appelé lui-même à l’existence, et sa vie continue à être suspendue à la providence. Ainsi on peut lire dans le besoin alimentaire le symbole de la dépendance créationnelle qui est celle de l’homme. La nécessité qu’il a de s’alimenter régulièrement inscrit dans la réalité corporelle son véritable statut : il dépend d’autrui pour sa vie. Ce qui vaut au plan physiologique se retrouve au niveau interpersonnel : l’homme ne peut pas s’épanouir dans l’isolement. Il est un être social, qui vit de la rencontre avec les autres hommes.

En tant que Créateur, Dieu s’intéresse à toutes les facettes de notre existence. La pertinence de sa Parole ne se limite pas à un domaine « spirituel », alors que le quotidien resterait inchangé. Bien au contraire, toute la vie peut participer à exprimer la foi.

 

Ce texte est tiré des chapitres 4 et 5 du livre « Se savoir créature » publié chez Farel en 2007, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

À propos ljaeger Lydia

Lydia Jaeger est professeur à l’Institut biblique de Nogent-sur-Marne.

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