Témoignage d’une artiste peintre engagée contre les violences faites aux femmes

portrait de femme 1Betsy, en 2010-2012, tu as peint et exposé une série de portraits en hommage au combat de l’association « Ni putes ni soumises » [NPNS], portraits qui faisaient entrer dans l’intimité de femmes ayant contacté l’association lors de leur itinéraire personnel. Qu’est-ce qui avait motivé ta démarche ?

À l’origine, le projet était un outil pour présenter l’association au public, un geste des « beaux arts » pour soutenir les femmes victimes de violence. En fait les portraits ont été exposés de nombreuses fois dans des manifestations, des évènements et dans divers locaux de l’association.

Au début, ces femmes, déjà malmenés par la vie, étaient réticentes à poser. Une a fait l’essai, puis une autre, et nous avons laissé les portraits dans le bureau de l’association. Finalement la grande majorité a voulu y participer, et je n’ai pas eu le temps de peindre tout le monde ! En fait, je pense que de se voir belle avait quelque chose de thérapeutique. En plus je suis un peu naïve de caractère, et n’ayant aucune formation psy ou autre, je ne pouvais qu’admirer leur courage et résistance face à des histoires qui me faisaient dresser les cheveux sur la tête. Donc une sorte de solidarité féminine s’est installée tout naturellement entre l’artiste et les modèles.

Heureusement il y avait un bureau vide à NPNS, donc nous étions isolées des regards de passage. Je faisais mes dessins, photos et finalisais les portraits avec elles, mais je trichais aussi en travaillant chez moi pour corriger la ressemblance d’après des photos ! Comme certaines femmes parlaient beaucoup et avaient besoin de parler, je préférais cette vivacité que de demander immobilité et silence.

 Peux-tu nous dire en quelques mots les principes fondateurs et l’histoire de NPNS ?

 NPNS a été fondée officiellement en 2003 par Fadela Amara avec une série de marcheuses et marcheurs qui parcouraient la France. Ces actions faisaient suite à des mouvements spontanés de Femmes des Quartiers qui s’étaient formées pour se défendre contre les violences que beaucoup subissaient, spécialement dans les banlieues. Le mouvement a pris de l’importance, et en particulier en 2010 quand la lutte contre les violences faites aux femmes est devenue « Grande Cause Nationale ». C’est à ce moment-là que quelqu’un m’a contactée pour les portraits.

L’association a toujours fait beaucoup de manifestations publiques lors des « Journées de la femme », marches, sensibilisation dans les écoles, etc. Ce problème touche toutes les couches de la société. Cependant, à cause du point de départ dans « les quartiers », beaucoup des femmes qui venaient à l’association étaient issues d’immigration, ou des quartiers défavorisés.

Outre les actions publiques, à l’intérieur de l’association une plateforme, composée d’un (ou une) juriste, assistante sociale et psychologue, était à la disposition des femmes. Cet encadrement était très efficace et malgré leurs énormes difficultés, apportait une aide très concrète aux victimes de violences.

Malheureusement, ce genre d’association est vite marqué par une forte connotation politique, car la plupart du soutien financier vient de l’État. Or depuis 2012, beaucoup de subventions ont été coupées par le gouvernement, et l’association a beaucoup de mal à vivre. Le facteur politique a également causé beaucoup de divisions internes, ce qui n’aide pas à la bonne marche des choses… C’est très dommage !

 Lorsque tu peignais ces portraits, que ressentais-tu vis-à-vis de ces femmes malmenées par la vie ?

Que j’avais de la chance de les connaître.

Que les femmes victimes de violence peuvent être incroyablement résistantes, …mais qu’il faut les aider, sans cela elles ne s’en sortent pas.

Que les femmes courageuses sont toujours belles.

 Comment vois-tu l’impact de la peinture dans une lutte de ce type ?

Je n’en sais rien…mais si cela peut aider, allons-y !… Les arts ont leur place dans toutes les luttes, mais aussi sous forme de slogan, d’image graphique, de musique, etc. qui ne sont pas de mon ressort.

 

Betsy Damez, artiste peintre, est membre de l’EEL de Paris-Alésia

À propos Mireille Boissonnat

Mireille Boissonnat est membre de l’EEL de Paris-Alésia.

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