Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi. (Exode 20:3)

si-la-bible-m-etait-contee-en-lego_29072_w460bis4 Tu ne te feras pas de statue, ni aucune autre forme de ce qui est dans le ciel, en haut, de ce qui est sur la terre, en bas, et de ce qui est au-dessous de la terre dans les eaux.

5 Tu ne te prosterneras pas devant ces choses-là, et tu ne les serviras pas ; car moi le Seigneur, ton Dieu, je suis un Dieu à la passion jalouse, qui fait rendre des comptes aux fils pour la faute des pères jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me détestent, 6 mais qui agit avec fidélité jusqu’à la millième génération envers ceux m’aiment et qui observent mes commandements.

 

Pas d’autres dieux…

Certes, le peuple sorti d’Égypte devra servir un Dieu, rester sous une dépendance. Mais les conséquences de cette dépendance sont très positives.

Pour le païen d’Egypte ou de Canaan, la divinité se tenait partout : un arbre, un lieu, la mer, l’orage, ou les astres1. Avec cette nouvelle disposition, plus de craintes à l’égard de ces influences capricieuses, jugées capables de donner la pluie, ou de la retenir, et qu’il fallait tenter d’amadouer : le premier commandement constitue une vraie délivrance à l’égard de toute superstition. Et au delà, l’homme se pourra se sentir libre d’explorer, d’exploiter, et d’observer des choses qui finalement ne sont que des créatures. L’observation scientifique d’un univers désacralisé sera plus libre.

Par ailleurs, cette exclusivité du culte constitue une bonne sauvegarde contre la sacralisation de tout système humain : affirmer qu’en dehors de Dieu, rien n’est sacré ou absolu, cela induit une vigilance envers tout parti, toute idéologie, ou entreprise humaine prétendant revêtir ces caractéristiques. Ainsi, de nombreux croyants ont eu la liberté de penser et d’agir seulement selon leur conscience, malgré l’hostilité de certains despotes qui s’élevaient au rang de l’Absolu. On peut citer le cas des premiers chrétiens qui refusaient d’offrir un culte à l’empereur, ainsi qu’aux autres divinités romaines2, ou encore de ceux qui, au temps de la Réforme protestante, ont cru devoir contester ce principe jusqu’alors immuable : un roi, une loi, une religion !

une illustration imagée de la grâce de Dieu : en effet, que valent trois ou quatre générations punies, face à mille générations bénies ?

Pas d’images taillées

Qu’est-ce qui est interdit : toutes les représentations sans référence à un culte, ou les seules images destinées à l’adoration d’une divinité ? La deuxième solution semble la plus raisonnable ; le verset 5 précise l’intention de ce deuxième commandement : l’interdiction de se prosterner et servir (dans le sens d’adorer). Cependant, ce ne sont pas les autres dieux qui sont visés en premier, comme dans le verset 3, mais les images vouées au culte… y compris celles vouées au culte de Dieu : l’épisode du veau d’or (Exode 32) le montre bien3. Imparfaites, de telles images de Dieu sont blasphématoires et dangereuses. Blasphématoires : comment représenter4, et par là prétendre posséder, ce Dieu tellement insondable ? Dangereuses : confondre la réalité avec une image, n’est-ce pas figer un réel pourtant vivant, et de la sorte s’illusionner ?

Pas d’indifférence

Dieu se présente-t-il sous les traits d’un Dieu à la passion jalouse ? C’est vrai ; mais plus que l’idée d’une surveillance soutenue, le sens de cet adjectif évoque celle d’un amour ardent du Seigneur pour son peuple, avec son côté passionnel5, sa souffrance… Un tel amour ne peut s’accommoder de l’indifférence.

Pas de proportions

Est-il parlé de punition de la faute des pères sur leurs fils ? Si l’on ne peut écarter toute idée de solidarité entre les générations, on ne peut pourtant pas accepter de fatalité dans la transmission des responsabilités aux générations suivantes (Ezéchiel 18). Ne faut-il pas plutôt discerner dans ce verset une illustration imagée de la grâce de Dieu : en effet, que valent trois ou quatre générations punies, face à mille générations bénies ? La disproportion est remarquable : si l’on compte 20 ans pour une génération, pour 1000 générations il faut en compter 20 000 ! Depuis Moïse, nous n’en sommes pas arrivés au quart. Cette disproportion est significative : même dans sa jalousie ou sa colère (toujours justifiée), le Seigneur ne punit pas son peuple selon ce qu’il mérite. Même dans l’annonce d’une punition, la proclamation de sa grâce reste.

Vous pouvez retrouver la première étude de la série ici

 

1 A. Maillot : Le Décalogue (Les Bergers et les Mages) p. 26

2 et qui étaient taxés d’athéisme ! M. Green « L’Évangélisation dans l’Église primitive » (Éditions des Groupes missionnaires 1981) p. 42 et note p. 348.

3 Il semble plus probable que le veau d’or représentait Dieu, et non des idoles (dans l’Ancien Testament, le mot hébreu Elohim qui désigne le Dieu unique est au pluriel).

4 et même si certains considèrent que le veau d’or n’était compris que comme un piédestal pour Dieu, c’était déjà une localisation de Dieu, en quelque sorte une domestication…

5 Le terme contient l’idée de rougeur qui se manifeste sur le visage de celui qui est animé d’une profonde passion ou d’une forte émotion (F. Michaeli. Le livre de l’Exode. Delachaux et Niestlé – 1974. p. 178)

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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