Tu ne commettras pas d’adultère (Exode 20:14)

3929-000026Certains regrettent que l’Église ait fait de cette faute « la » Faute… et par là, qu’elle ait suscité un attrait d’autant plus fort, que ce qu’elle dénonçait paraissait épouvantable. Avec autant de raison, d’autres déplorent la disparition progressive de la notion d’adultère, dans une société qui dévalorise la fidélité conjugale, et qui banalise l’union libre. Cet enseignement du décalogue mérite bien d’être remis en valeur, non pas en vue d’un retour au puritanisme conformiste du siècle dernier, mais pour un accès au « bien vivre », dans la liberté que le Seigneur donne aux siens. Rappelons-nous en effet, que ce septième commandement se comprend (au même titre que les autres) comme une conséquence de la déclaration introductive au décalogue : Je suis le Seigneur ton Dieu ; c’est moi qui t’ai fait sortir de l’Égypte, de la maison des esclaves.

Situations

La définition de l’adultère dans l’Exode est liée à la situation des femmes, en ce temps-là pas très enviable. En effet, dans son sens primitif1, le verbe employé ici désigne une relation entre un homme, et une femme déjà mariée ou fiancée. Que l’homme soit lui-même marié importait moins, pourvu qu’il n’ait pas une relation avec une femme mariée ! Le poids de l’adultère pesait donc encore plus sur la femme qui, dès l’instant où elle était mariée (ou fiancée), était considérée comme la propriété protégée de l’homme. Au delà du commandement – difficile à accepter dans ces conditions – ce n’est donc pas la relation conjugale qui est concernée en premier, mais le foyer, la famille (de l’homme) ; certains commentateurs ont donc proposé de traduire plutôt : « tu ne briseras pas le mariage »2.

Devons-nous en rester à une telle conception du mariage ? Au moment de gagner la terre promise, Josué retrace le passé du peuple d’Israël, qu’il décrit comme une nation sans aucun mérite, avec même des ancêtres qui s’adonnaient aux cultes païens, comme on le faisait dans les autres nations3. Ce peuple aurait-il pu recevoir la lumière divine tout d’un coup ? Certes, non. La révélation parfaite ne sera qu’en Jésus-Christ, et il faudra un long cheminement…

Refuser la tentation de l’adultère c’est éviter de retomber dans une idolâtrie

Les prophètes ont largement contribué à l’évolution du sens en utilisant l’image du mariage. Osée notamment, a utilisé la notion d’adultère pour parler de l’infidélité d’Israël4. C’est dans son livre que la réciprocité dans le mariage apparaît le mieux. Employé comme une image de l’Alliance entre Dieu et son peuple, il y trouve sa meilleure définition5 : la fidélité réciproque requise engage le peuple et l’époux, Dieu lui-même6. Sur cette base, le modèle à suivre ne sera plus le mariage humain, réglé par une loi, mais l’Alliance entre Dieu et son peuple (le Nouveau Testament adopte ce renversement7)…

Intention

Pourtant, l’intention exprimée dès le début du décalogue (au verset 2) reste la même. La société d’Israël nouvellement libérée pourra rester libre, avec des foyers dans lesquels les enfants ne souffriront pas de la séparation de leurs parents. Ce même rapport entre le premier commandement et le septième s’applique à l’individu : refuser la tentation de l’adultère c’est éviter de retomber dans une idolâtrie. La liberté prônée dans notre société n’est qu’illusoire. L’amour, fondateur de la liberté, ne peut exister vraiment que dans le don de soi… il s’agit d’un don et non d’un prêt !

Le remède de libération proposé pour réagir au puritanisme ou à l’hypocrisie du passé, risque de s’avérer pire que le mal… sans parler d’un retour d’une vague ultra puritaine…

L’ambiance de notre société ne nous invite pas à prendre le recul qui serait nécessaire : les situations d’adultère dans les films ou les téléfilms (dont regorgent nos programmes TV) sont devenues monnaie courante ; on n’imagine plus un film sans une scène « d’amour » plus ou moins suggestive… Générations blasées, images erronées de l’amour, amour envisagé comme une performance8, le remède de libération proposé pour réagir au puritanisme ou à l’hypocrisie du passé, risque de s’avérer pire que le mal… sans parler d’un retour d’une vague ultra puritaine…

Dans Matthieu 19:1-9, en réponse à la question : est-il permis de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? Jésus reconnaît que Dieu a prévu le divorce, mais seulement à cause de la dureté du cœur, car la nouveauté de l’Évangile oblige à chercher une autre solution. On est loin de la casuistique des pharisiens9 ou de la situation de l’Exode… La dureté de cœur existe toujours, et des situations d’échec sont parfois irréversibles ; il n’en reste pas moins que le divorce pour n’importe quel motif10est inadmissible (quel motif est suffisamment sérieux ? La question est incontournable)… et tellement destructif. Ce n’est certainement pas une rupture facile et qui libère, la libération (ou liberté) est ailleurs : Je suis le Seigneur ton Dieu ; c’est moi qui t’ai fait sortir de l’Égypte, de la maison des esclaves !

Auteur :

Marc Pons, pasteur de l’EEL d’Aubagne

Retrouvez l’ensemble de notre étude sur le Décalogue:

Une parole exigeante pour un peuple libre

Tu n’auras pas d’autres Dieux devant moi

Le poids des mots

Le Sabbat

Des parents honorables

Tu ne commettras pas de meurtre

 

1 Lv 20:10 ; Dt 22:22-29.

2 A. Maillot « Le décalogue. Une morale pour notre temps ». p. 111

3 Jos 24:2.

4 Notamment au chapitre 2, ou 3, 1.

5 même si en l’occurrence, il y est mis à mal

6 Os 6:6 pour la fidélité du peuple ; et 14:5-ss pour celle de Dieu

7 Ep 5:22-33.

8 J. C. Guillebaud « La tyrannie du plaisir » Seuil 1998. p.126-ss. Le chapitre est intitulé : « une logique de performances » !

9 que les disciples de Jésus avaient adoptée : ils trouvaient que dans les conditions que Jésus énonce, le mariage n’offrait aucun avantage (pour les hommes) !

10 comme le demandent les pharisiens à Jésus en Mt 19:3

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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