Tu ne commettras pas de meurtre (Exode 20:13)

1428390_77154357Un sixième commandement toujours plus pertinent…

Le plus court, sans doute le plus familier et le mieux admis, ce sixième commandement a été connu dans le passé plutôt sous la forme : tu ne tueras point, alors que les traductions les plus récentes ont majoritairement choisi de le rendre par : tu ne commettras pas de meurtre1. Cette dernière traduction semble mieux convenir : en effet, jamais employé pour le soldat qui fait la guerre, ou le juge qui condamne, le verbe hébreu, ici diversement traduit, désigne toute atteinte à la vie, en dehors du cadre de la Loi2. On le trouve aussi pour qualifier les homicides involontaires3 ; mais même involontaire, un homicide ne mérite-t-il pas une enquête ?

Substitution

Libéré de la vie de servitude en Egypte, l’enfant d’Israël pourra donc rester libre, dans une société qui refuse la mort, et les terreurs engendrées par une telle menace. Mais ce sixième commandement présente une autre dimension : l’homme qui prétend pouvoir disposer de la vie de son prochain ne prend-il pas la place de Celui qui seul dispose de toute vie ? Le tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face (du verset 3) ne concerne-t-il pas aussi celui qui s’érige lui-même en divinité ? A qui d’autre que Dieu appartiennent la vengeance et la rétribution4, et donc toute vie humaine ? L’homme n’a donc aucun droit sur la vie de ses semblables, quand bien même il serait un grand de ce monde. Dans l’Antiquité, ce commandement résonnait d’autant plus fort que les rois étaient couramment considérés comme les représentants de Dieu. De là à se prendre pour Dieu, il n’y a pas un si grand pas : pour l’avoir franchi en disposant de la vie de Urie le Hétien, David s’est attiré un jugement sévère…

Le fatalisme avec lequel nous acceptons autant de morts, est stupéfiant : il rappelle celui des païens qui, dans l’Antiquité, admettaient un quota de victimes humaines à offrir à leurs divinités.

Liste rouge 

Le meurtre prémédité, par intérêt ou par vengeance, figurera en tête dans la liste des actes concernés ; mais le champ d’application de ce verset est plus large qu’il n’y paraît.

On peut évoquer le cas du juge qui, dans le cadre d’une loi admettant la peine de mort, ferait de son institution un instrument pour faire mourir, en ne rendant pas la vraie justice, par intérêt personnel ou partialité.

Au delà du soldat qui fait la guerre, il faut dénoncer « ceux qui l’ont envoyé », les responsables des guerres, ou encore ceux dont l’économie prospère grâce à la vente d’armes (les démocraties occidentales ne sont pas exemptes de tout soupçon).

De même, l’euthanasie, et l’avortement ressortissent à ce commandement, même si une réflexion éthique responsable s’impose5. Au niveau de l’individu qui y a recours, mais aussi de la société qui banalise ce recours.

Lorsque l’économie est élevée au rang de la divinité, elle peut « exiger » bien des vies humaines : l’achat de denrées venues des pays pauvres, à des prix trop bas accroît le spectre de la pauvreté et de la famine dans ces pays ; certaines pollutions industrielles, seulement dues à l’unique souci de rentabilité ont révélé l’étendue de leur pouvoir mortifère.

Au delà du soldat qui fait la guerre, il faut dénoncer « ceux qui l’ont envoyé », les responsables des guerres, ou encore ceux dont l’économie prospère grâce à la vente d’armes…

Il faut aussi parler de la quantité considérable de décès dus aux accidents de la route. Un rapprochement entre l’attitude des usagers de l’automobile et le culte voué aux divinités païennes de l’Antiquité se révélerait très intéressant. Le fatalisme avec lequel nous acceptons autant de morts, est stupéfiant : il rappelle celui des païens qui, dans l’Antiquité, admettaient un quota de victimes humaines à offrir à leurs divinités. Quant au comportement de l’automobiliste moyen, il est tout aussi déconcertant : pourquoi sommes-nous parfois aussi indulgents à l’égard des infractions6 au code de la route, alors qu’elles s’avèrent si souvent fatales ?

Plus loin !

Le Nouveau Testament ira plus loin en radicalisant cette parole ; il le fera avec Jésus7 : vous avez entendu qu’il a été dit : tu ne commettras pas de meurtre, mais moi je vous dis : quiconque se met en colère contre son frère… et encore avec l’apôtre Jean8 : quiconque a de la haine pour son frère est un meurtrier… Nous ne pouvons pas nous contenter de ne pas passer à l’acte ; la liberté que le Seigneur nous a acquise à grand prix se situe bien en amont ; mais la suite du décalogue nous donnera l’occasion d’en reparler…

L’auteur:

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne

Retrouvez l’ensemble de notre étude sur le Décalogue:

Une parole exigeante pour un peuple libre

Tu n’auras pas d’autres Dieux devant moi

Le poids des mots

Le Sabbat

Des parents honorables

 

[1] La Bible de Jérusalem (édition de 1998) a cependant gardé l’ancienne formulation.

2 La peine de mort n’est pas exclue par la Loi (cf. Exode 21:12. 15. 16) Le vocabulaire hébreu a d’autres verbes pour une telle sanction. Les objecteurs de conscience et les adversaires de la peine de mort n’auront pas de peine à trouver plus loin des arguments.

3 Nombres 35, à propos des « villes de refuge », pour les auteurs de tels homicides.

4 Deutéronome 32:35

5 réflexion qui ne peut être abordée ici.

6 celles des autres ou les nôtres

7 Matthieu 5:21 – 22

8 1 Jean 3:15

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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