Tu ne commettras pas de vol (Exode 20:15)

De multiples applications pour un seul commandement…

Au sens large

Certaines versions1 ont rendu ce commandement ainsi : « tu ne commettras pas de rapt », un choix étayé par la tradition rabbinique, et relayé par plusieurs exégètes modernes. Une telle lecture n’a rien de surprenant si l’on se rappelle que dans l’antiquité, l’esclavage était monnaie courante. Dans l’Ancien Testament, on a des textes qui interdisent le rapt2, plus explicitement en employant le même verbe. Cependant dans chacun des textes invoqués, l’objet du vol (la personne humaine) est mentionné. Il convient donc ici, en l’absence de précision, de comprendre le mot vol dans son sens général (rapt compris).

Certes, on discerne facilement le prochain que l’on voit, mais il y a des instances plus abstraites à ne pas oublier, comme les collectivités, l’État, ou même Dieu.

Vols à destination de…

Nous pouvons noter que l’identité du propriétaire n’est pas mentionnée (ton prochain, ton frère, ou le Seigneur ton Dieu). Bien sûr, comme pour les autres commandements, celui-ci ne peut s’exercer que dans le cadre d’une relation. On ne peut pas être saint, tout seul dans son coin. Néanmoins, l’absence de l’identité de la victime laisse un champ très vaste. Certes, on discerne facilement le prochain que l’on voit, mais il y a des instances plus abstraites à ne pas oublier, comme les collectivités, l’État, ou même Dieu. Tu ne commettras pas de vol concerne le vol dans tous les domaines (législation sur le travail, déclarations au fisc, trafics d’influence, etc.).

Ce huitième commandement peut donc valoir pour le vol de personnes. Même si cela semble plus pertinent pour l’antiquité, l’abolition de l’esclavage dans certains pays civilisés n’est pas si ancienne ! Et l’on entend bien par-ci par-là le rapport de pratiques esclavagistes jusque dans nos contrées. Facilement repérable, cette forme de vol à propos de la liberté d’un individu est inacceptable, mais il faut aussi prendre garde à ces systèmes plus impersonnels qui alimentent notre économie, et transforment des hommes et des femmes en esclaves, en France ou dans les pays du Tiers-monde. À qui profite le crime ?

Activement et passivement

Evidemment, ce commandement s’applique aux biens qui appartiennent à autrui, et que l’on peut s’approprier activement d’une manière illégitime : la force, la ruse, ou la tricherie. Les lecteurs du livre des Proverbes l’auront remarqué : la balance fausse est en horreur à l’Eternel3.

Il est une certaine accumulation des richesses qui s’apparente au vol

La Loi du Jubilé a aussi sa pertinence : tous les cinquante ans, les propriétés que les uns ou les autres avaient dû vendre pour régler leurs dettes, revenaient à leurs premiers propriétaires, ou plutôt à leurs enfants4 ; mais le plus remarquable tient dans cette déclaration selon laquelle il n’y a en fait qu’un seul vrai propriétaire : le Seigneur. Il est une certaine accumulation des richesses qui s’apparente au vol5.

Pour désigner des formes plus passives du vol, il faut penser aux biens qui reviennent à autrui : objets prêtés qu’il faut rendre, finances, redevances, taxes, et salaires. L’épître de Jacques ne mâche pas ses mots : elle fustige les riches qui ont frustré leurs ouvriers du salaire qui leur revenait6. De son côté, Jésus ne dispense pas ses auditeurs de rendre à César7 (à l’État) ce qui lui revient, sous prétexte que les croyants ont des obligations vis à vis de Dieu8. L’État, c’est « tout le monde », avec des devoirs, et des droits que chacun doit respecter. Le même raisonnement s’applique pour l’assistance des parents, auxquels les pharisiens se dérobaient, en disant : ce dont j’aurais pu t’assister est qorbân, c’est à dire une oblation à Dieu9. Le service pour Dieu n’est pas une excuse…

Pour désigner des formes plus passives du vol, il faut penser aux biens qui reviennent à autrui : objets prêtés qu’il faut rendre, finances, redevances, taxes, et salaires

Avoir et être

Que le vol soit interdit, cela veut dire que le droit de posséder est légitime, qu’il est de « droit divin ». En effet, d’une certaine manière, la propriété (ce que l’on possède en propre) est indispensable pour pouvoir vivre libre. « Je ne peux pas être sans un minimum d’avoir. Sans ce minimum d’avoir, je dépends aussitôt des autres10. » Dérober cette propriété, c’est dérober une part de la liberté, que justement Dieu donne à son peuple. La liberté que ce huitième commandement préserve est celle du prochain.

 

1 Par exemple la TOB

2 Exode 21:16. Deutéronome 24:7

3 Proverbes 11:1

4 Lévitique 25:8-10 et suivants

5 vol dont la victime signalée n’est autre que Dieu lui-même

6 Jacques 5:4

7 Matthieu 22:15 – 22

8 Dieu lui aussi a des choses que les croyants doivent lui rendre.

9 Marc 7:9-13 Qorbân désigne une offrande apportée au Trésor du Temple, qui dès sa consécration, ne pouvait plus être employée à un usage profane.

10 A. Maillot : « Le décalogue, une morale pour notre temps » p. 128 s

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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