Tu ne convoiteras pas…

…la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

On note quelques changements dans le texte parallèle du Deutéronome, mais sans grandes conséquences sur le sens. Certes au moment où le peuple doit s’installer en terre promise, la femme n’est plus classée parmi les serviteurs ou les biens de la maison1 ; mais quoi qu’il en soit, le décalogue s’adressait d’abord à une population, où le pouvoir par la force (masculine) était incontournable ; il en reste forcément des « traces ».

Par rapport aux autres, ce dixième commandement a une portée plus intérieure. Il ne sanctionne pas d’acte visible, mais il peut les concerner à peu près tous : l’adultère, le vol, le meurtre, la jalousie, le mensonge (et pas seulement la « convoitise de la chair »).

Dans le cœur

Présente à la naissance de la transgression, la convoitise en fait déjà partie. Jésus la condamne, en la considérant comme un péché bien repéré2. Ce dixième commandement n’est donc pas à considérer seulement comme un conseil utile pour résister à la tentation.

La convoitise de « l’adultère dans son cœur » n’est pas à confondre avec la tentation : elle s’en distingue par la complaisance que l’on manifeste dans cette tentation… en fait par l’envie d’y céder.

Ceci dit, dans le décalogue, le sens du verbe « convoiter » est très fort : il correspond au désir qui pousse à agir, même si l’action ne peut être portée à sa réalisation. On ne doit donc pas se méprendre sur les paroles de Jésus, à propos de l’adultère commis dans son cœur (Mt 5) ; D’ailleurs, dans la Bible, le cœur n’est pas seulement le siège des sentiments ou des impressions ; il est aussi et surtout celui de la volonté. La convoitise de « l’adultère dans son cœur » n’est pas à confondre avec la tentation : elle s’en distingue par la complaisance que l’on manifeste dans cette tentation… en fait par l’envie d’y céder.

La tentation n’est pas convoitise ; d’ailleurs Jésus a bien été tenté sans avoir péché. Être attiré par ce qu’ont les autres n’est pas convoiter, sauf à préméditer des actes illégitimes, à refuser les limites fixées par la Loi. On peut donc sans pécher, trouver la voiture de son prochain très belle, ou la robe de sa voisine magnifique ; d’ailleurs, il n’y a pas de mal à remarquer une personne de belle figure : la Bible elle-même le fait.

Le « plus » du dixième

Quant à l’utilité de ce commandement, on peut relever un souci pour le prochain, victime potentielle d’un acte de vol ou d’adultère. Mais forcément on pense à celui qui ne doit pas céder à la tentation.

Convoiter, revient à dire : « je refuse ma situation ». Ainsi, le commandement peut nous renvoyer à nous-mêmes. Il nous invite à accepter ce que nous sommes…

Alors un regard sur une convoitise plus ancienne pourra ouvrir d’autres pistes. Dans le récit de la chute, Ève vit que l’arbre était bon pour la nourriture… et désirable pour le discernement3. En hébreu, l’adjectif « désirable », traduit parfois par « précieux » est de la même racine que le verbe « convoiter »4 employé dans le décalogue. On pourrait le rendre ainsi : l’arbre était « convoitable » pour le discernement. Ici, la convoitise porte sur un terrain interdit à Adam et Ève, un terrain réservé à Dieu, alors que justement, le serpent fait miroiter la possibilité d’accéder à cet impossible : Vous serez comme des dieux !

Le désir est ici illusoire et désastreux, mais il traduit bien de la part d’Ève, un refus de sa condition de créature. Avec le refus des limites fixées par la Loi, il y a celles fixées par notre condition créaturelle. Ici, la convoitise est liée à une frustration, que le serpent s’emploie à rendre insupportable.

Vu sous cet angle, elle constitue une suite logique au sentiment d’insatisfaction. Convoiter, revient à dire : « je refuse ma situation ». Ainsi, le commandement peut nous renvoyer à nous-mêmes. Il nous invite à accepter ce que nous sommes, ce que Dieu nous donne de vivre, sans fuir dans la nostalgie de ce que nous n’avons pas (la maison idéale, l’époux/épouse idéal(e), la profession idéale…)

Ce commandement vise non pas les insatisfaits ou ceux qui veulent refaire le monde – ou l’Église, mais ceux qui ne voient leur liberté que par la satisfaction de leurs désirs. Or, la liberté c’est Dieu qui l’accorde5. Lorsque l’apôtre Paul affirme qu’il peut tout par Celui qui le fortifie6, il fait allusion à toutes les frustrations qu’il a connues, et qu’il a surmontées, seulement par le Christ. N’est-ce pas une telle liberté que nous devons rechercher en premier ?

 

1 Dt 5:21. Ici, quand il s’agit de convoiter l’épouse de son prochain, le verbe employé est différent

2 Mt 5:27-28

3 Ge 3:6 Version NBC

4 A. Maillot p. 149 (Le décalogue une morale pour notre temps)

5 Ex 20:2

6 Phi 4:12

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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