Un chrétien au Hellfest

Alors que le Hellfest vient de dévoiler sa programmation (où l’on retrouvera cette année encore des groupes chrétiens), petit retour sur l’édition 2012 via une interview de Jonathan Hanley, écrivain et journaliste.

Tu nous présentes un peu le Hellfest de l’intérieur?

Cette année, c’est plus de 100 000 entrées sur trois jours au mois de juin. 3 jours de hard-rock et métal au sens large. De l’intérieur, ce qui frappe, c’est la bonhommie, la bonne humeur. Très peu d’agressivité, beaucoup d’humour.

Qu’est-ce qui t’y a emmené en premier lieu ?

Je suis passionné par les interrogations de l’art, de la littérature et de la musique. Je m’intéresse aux questions des personnes en marges des Églises, surtout celles dont le style de vie les rend presque inaccessible au dialogue classique que les milieux évangéliques entretiennent avec la société.La première fois que je me suis rendu au Hellfest, en 2010, j’avais plusieurs motivations. Je voulais interviewer le groupe chrétien As I Lay Dying, qui s’y produisait. Certains extrémistes catholiques avaient suscité une controverse concernant les propos indéniablement « christianophobes » de quelques groupes présents sur l’affiche. Alors je trouvais la présence d’AILD particulièrement intéressante. De plus, le chrétien engagé et animateur occasionnel d’études bibliques, Vincent Furnier, figurait parmi les têtes d’affiche cette année-là (sous son nom de scène Alice Cooper) ce qui donnait un ton d’autant plus bizarre à la controverse.

Pour la plupart des gens ici, le “Hell” de Hellfest, c’est juste un nom. Si le nom du festival reflète vraiment la mentalité des gens qui viennent, pour les 5% restants alors c’est doublement important d’y jouer en tant que chrétiens. 

Qu’est-ce qui t’y fait revenir ?

Le « Métal », en tant que style musical, est obsédé par la religion et la foi. Parfois sous forme d’interrogations honnêtes, parfois sous forme de propos blasphématoires. Pourtant, je sais que Dieu a déjà tout entendu, et dans presque tous les cas, c’est de l’ignorance. L’année dernière, j’ai passé 45 mn avec Attlia Csihar, chanteur du groupe satanique par excellence, Mayhem. En fait, il n’avait jamais vraiment discuté avec un chrétien de la foi en Jésus. Mais les textes christianophobes de ce groupe sont loin d’être majoritaires, même au Hellfest. Je retourne aussi au Hellfest parce que j’aime cette musique ! C’est sans doute une des raisons pour lesquelles j’arrive à obtenir les accréditations presse !

2012 - interview J.H. + Benighted

Toi qui vis le festival dans ces coulisses, quel regard portes-tu sur les critiques incessantes des milieux chrétiens sur celui-ci ?

Chaque année, je demande aux artistes chrétiens que je rencontre ce qu’ils aimeraient dire aux chrétiens qui signent des pétitions pour faire interdire le Hellfest. Leur réponse est toujours que Jésus fréquentait l’équivalent antique du fan de métal !!! Il se faisait critiquer parce qu’il faisait la fête avec des gens qui buvaient trop et avaient des comportements qui ne correspondaient pas à la norme. Une des remarques les plus pertinentes à ce propos vient de Tim Lambesis, chanteur de As I Lay Dying :« Pour la plupart des gens ici, le “Hell” de Hellfest, c’est juste un nom. Rien de plus. Mais si le nom du festival reflète vraiment la mentalité des gens qui viennent, pour les 5% restants alors c’est doublement important d’y jouer en tant que chrétiens. « 

Personnellement, je suis toujours prêt au dialogue avec qui que ce soit. Les pires blasphèmes sont souvent des hurlements de désespoir, des questions lancées à la face du divin ou du surnaturel. Je tente d’appliquer ce verset de la Bible : « Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte1 ». J’ai l’espérance. Et je sais de qui elle vient. Je suis toujours prêt à en parler quand on me pose les bonnes questions. Et le Hellfest est un lieu où les gens posent beaucoup de questions.

Un chrétien au Hellfest, ça sonne un peu bizarre aux oreilles de certains, comment tu te situes ?

Je n’ai pas besoin d’être entouré de personnes qui partagent mes convictions pour être à l’aise. La présence du Christ me suffit. Je n’ai pas non plus besoin que les gens soient d’accord avec moi pour m’en faire des amis. J’ai mes convictions, je sais pourquoi je suis chrétien. Le reste, c’est Dieu qui agit dans les cœurs. Il est plus habile que moi pour faire poser des questions aux gens. Pour établir des rapports humains riches.

2012 - August burns red

Finalement, ne ferais-tu pas un peu d’inter-religieux ?

C’est certainement de l’inter-religieux, car toute religion est une tentative de trouver Dieu. Elles ne se valent pas toutes, les religions. J’ai des convictions évangéliques, et je sais les défendre. Mais je pense aussi que le boycott, les pétitions et le refus du dialogue n’ont jamais servi la cause de la vérité. À ce propos, je pourrais citer Robb Flynn, chanteur et guitariste du groupe thrash-metal Machine Head, sur scène au Hellfest 2012 :« Le prochain morceau parle de musique. C’est pour dire à quel point la musique peut être une force puissante dans ta vie (…) les fans de métal que nous rencontrons partout dans le monde (…) (pour eux) c’est autre chose, quelque chose de plus grand (…) J’ai pas vraiment été élevé avec de la religion dans ma vie. Alors, quand les temps étaient durs, pour moi, je me tournais vers la musique. Vous savez. Elle me portait dans mes plus hauts sommets et me sauvait dans mes creux les plus vides. » Je ne vais pas contredire Robb Flynn, mais je perçois dans ses paroles des attentes spirituelles que la musique ne pourra jamais satisfaire comme le peut une relation avec le Christ.

Interview réalisé en Juillet 2012 par Jérémie Chamard

À propos Jérémie Chamard

Jérémie Chamard est pasteur de l'EEL de Bouffémont.

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