Une église « missionnelle »

Happy group of finger smileys with  speech bubbles« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » Mt 10.8

La notion d’église « missionnelle » est apparue récemment dans les réflexions de nos églises. Plutôt que nous lancer dans une longue explication abstraite, nous avons eu envie de nous amuser un peu… voici donc une petite fiction sans prétention (et sans arrière pensée !) dont le seul but est de préciser un peu le sens de ce terme théologique.

Imaginons deux couples. Ils pourraient fréquenter une église comme la nôtre, et parfois leur histoire peut résonner avec l’actualité de notre église – mais rassurez-vous, ils sont totalement fictifs!

Carine & Nicolas

D’abord, Carine et Nicolas, la quarantaine environ. Ils ne s’étaient vraiment intéressés aux choses de la foi avant que François, un ami, ne leur parle de son engagement chrétien. Cela les avait interpellés, d’autant que François ne collait pas du tout à l’image qu’ils avaient des « grenouilles de bénitier ». Bien intégré dans l’entreprise où il travaille avec eux, François est quelqu’un de « moderne », sociable et efficace dans son travail, et quand avec Chantal, sa femme, ils les ont invités à une fête de Noël organisée dans « leur » église, Carine et Nicolas sont venus pour eux, et un peu par curiosité, aussi. En général, la foi c’est quelque chose de privé. « Chacun sa route… », comme on dit. Mais François et Chantal avaient l’air d’avoir vraiment envie de partager ce qu’ils vivaient, ça les a intrigués.

François ne collait pas du tout à l’image qu’ils avaient des « grenouilles de bénitier ». Bien intégré dans l’entreprise où il travaille avec eux, François est quelqu’un de « moderne », sociable et efficace dans son travail

Depuis, Carine et Nicolas fréquentent assez régulièrement cette église, et font leur chemin. Carine apprécie les temps de méditation et de chant, la prière aussi, ça lui fait du bien. Elle lit beaucoup de livres sur la spiritualité, et se pose des questions sur l’amour et le pardon – on lui en a tellement fait ! Est-ce que c’est vraiment possible, de pardonner ? Nicolas, moins porté sur l’introspection, s’intéresse aux questions de justice sociale, et l’Evangile l’interpelle sur ce point. Il est curieux de voir aussi jusqu’où les chrétiens vivent ce qu’ils disent. Récemment, Nicolas a commencé à lire la Bible, surpris par ce qu’il y découvrait le dimanche – lui qui avait toujours cru qu’elle ne contenait que des interdictions !

François & Chantal

Leurs amis, François et Chantal, forment le deuxième couple de notre fiction.

Ils sont très engagés dans cette église, et si François  n’apprécie pas toujours la façon dont les choses sont faites, c’est un homme qui tient ses engagements, et qui aime Dieu. L’église de son enfance l’a habitué à une forme de piété différente , mais bon… ses enfants se sentent bien ici, alors il fait des efforts. Chantal regrette un peu le temps pas si lointain où elle connaissait tout le monde dans l’église, mais avec les années et le nombre de personnes nouvelles elle a un peu perdu le fil. Elle essaie quand même d’aller vers les nouveaux, et invite beaucoup, comme elle l’a fait avec Carine et Nicolas. Elle se concentre sur les gens autour d’elle, c’est déjà bien non ? – elle se dit cela pour se rassurer.

Un dimanche, un prédicateur a parlé du le rôle « missionnaire » de l’église dans le monde, en invitant chacun a être « missionnaire » autour de lui.

François et Chantal ont un peu ri en rentrant du culte : eux, des missionnaires ? Allons donc ! Les missionnaires, ils connaissent ! On ne compte plus le nombre de soirées missionnaires auxquelles ils ont assisté, et puis ils donnent pour soutenir des œuvres en Afrique ou ailleurs. Rien à voir avec leur engagement à eux.

On ne vient pas à l’église uniquement pour recevoir, pour grandir, mais aussi pour partager cette grâce reçue.

Ils en ont parlé plus tard avec le pasteur. Celui-ci a nuancé son discours, il a plutôt parlé de rôle « missionnel »… un beau jargon, tiens. Il a dit qu’en fait, ça voulait dire que la raison d’être de l’Eglise c’était de témoigner de la grâce de Dieu au monde, qu’elle n’était pas une fin en soi mais un moyen qui doit savoir s’adapter pour mieux répondre à son objectif : contribuer à offrir au plus grand nombre de gens possible les conditions d’une relation personnelle avec Dieu. Qu’en gros, on ne venait pas à l’église que pour recevoir, pour grandir, mais aussi pour partager cette grâce qu’on avait reçue.

« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement »

Il a cité un verset de Matthieu 10.8 : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ».

« J’ai voulu dire que tous les chrétiens sont missionnaires, a expliqué le pasteur, et que partout où se trouve un chrétien, ça devient un « champ missionnaire » puisque la mission n’est plus une question géographique (limitée à l’Afrique ou ailleurs) mais relationnelle ».

Peut être avons-nous un effort à faire pour que notre message soit plus accessible à ceux qui ne sont pas « tombés dedans tout petits

Tout ça les a laissés dubitatifs… Ce n’était pas vraiment concret pour eux, ça, « être une église missionnelle ». Encore un nouveau truc à la mode, qui va passer comme le reste, peut-être.

Et puis un dimanche, après le culte, Nicolas a demandé à François ce que ça voulait dire, « l’Agneau de Dieu ». François a été bien embêté, mais il a essayé de répondre. Du coup, Nicolas en a profité pour l’interroger sur d’autres expressions « chrétiennes » qu’il ne comprenait pas : « la gloire de Dieu », « la communion fraternelle », « le royaume de Dieu »…

« C’est vrai, s’est dit François, on a peut être un effort à faire pour que notre message soit plus accessible à ceux qui ne sont pas « tombés dedans tout petits ». De fil en aiguille,  François et Nicolas en sont venus à des sujets plus personnels – « tu y crois vraiment, toi, à la résurrection de Jésus ? » ; « est-ce que tu penses que Dieu entend mes prières ? » – et au bout d’un moment ils ont même pris l’habitude de se retrouver en semaine pour parler de la foi, de la Bible, et même, depuis peu, pour prier ensemble.

Une autre semaine, Carine a dit à Chantal que ça la gênait d’être obligée de s’asseoir dans les premiers rangs pendant le culte, parce qu’elle se sentait encore un peu mal à l’aise dans la communauté – « tous ces gens qui ont l’air de maîtriser la foi, et moi je n’y connais rien ! En plus je ne connais pas les chants ! » – mais les bancs du fond sont toujours pris, alors…

Chantal s’est dit alors qu’elle allait peut-être laisser sa place au fond à Chantal – et pourtant, ça fait 10 ans qu’elle s’y assoit, c’est dire si elle y tient ! La première fois, ça lui a fait bizarre de voir le pasteur de si près ! Mais ça ne changeait pas tant que ça, finalement.

Epilogue

Et puis, nous voilà deux ans plus tard. Il y a un petit moment maintenant que Carine et Nicolas viennent à l’église. Récemment Nicolas a confié à François qu’il se posait des questions sur le baptême, qu’il avait vraiment envie d’avancer avec Jésus, et il a demandé à François s’il voulait bien l’aider. « Tu sais, c’est quand même grâce à toi que j’ai découvert Jésus… tu as été vraiment formidable avec moi. Avec Chantal, vous avez vraiment tout fait pour qu’on se sente à l’aise à l’église, vous nous avez accueillis, vous avez été tellement patients ! ».

ça alors ! Il me parle comme si j’étais un super missionnaire, quelqu’un de très spirituel… ! S’il savait qui je suis vraiment au fond… !

François en est resté bouche bée : ça alors ! Il me parle comme si j’étais un super missionnaire, quelqu’un de très spirituel… ! S’il savait qui je suis vraiment au fond… !

         Le soir, quand François a raconté à Chantal ce que Nicolas lui avait dit, tous deux sont restés longtemps silencieux, perplexes. Alors ils ont prié : « merci Seigneur pour ce que tu as fait pour Carine et Nicolas… et pour nous. Aide-nous ! Nous sommes tellement petits devant tout ça

Dans la période qui a suivi, le pasteur a encore utilisé le mot « missionnel » dans une de ses prédications.

Alors ils ont repensé à tout ce qui s’était passé avec Carine et Nicolas : et si c’était ça, être une église « missionnelle » ? Tout simplement – ça ?!

 

À propos Sylvain Guiton

Sylvain Guiton est pasteur à l’EEL de Lyon.

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