Une parole exigeante pour un peuple libre

1065900_48614807UNE PAROLE EXIGEANTE POUR UN PEUPLE LIBRE

« Je suis le Seigneur ton Dieu ; c’est moi qui t’ai fait sortir de l’Égypte, de la maison des esclaves1« 

 Même si nous pouvons confesser que Jésus-Christ a accompli la Loi pour nous (même si nous nous savons affranchis de certaines prescriptions à valeur symbolique : règles cultuelles ou alimentaires), nous n’en avons pas encore fini avec elle : elle pose toujours question, et nous ne songeons pas toujours à en faire nos délices ! (comme le faisait le psalmiste. Ps. 119:16). Cette étude du décalogue nécessite donc quelques précisions préliminaires, avant l’examen de chaque précepte.

 Un… décalogue ?

En réalité, il y a dans la Bible deux versions : une dans l’Exode, et l’autre moins connue dans le Deutéronome, qui comporte quelques différences. Par commodité, nous nous en tiendrons au texte de l’Exode, quitte à évoquer son frère jumeau, si nécessaire.

Dix… commandements ?

Encore couramment employée, l’expression a été favorisée par le succès de ce film que beaucoup ont encore en mémoire : « Les dix commandements ». Or il n’y pas à proprement parler la mention de dix commandements, mais seulement de dix paroles2. Bien sûr, il n’est pas question d’évacuer l’idée de commandement, mais le décalogue n’est pas qu’une liste d’ordres à observer : à travers ces prescriptions, Dieu parle, exprime sa pensée… et sa bienveillance.

La Loi n’est donc pas un moyen de se racheter aux yeux de Dieu ; sinon, elle peut devenir une occasion d’asservissement : une occasion de rester dans cette culpabilité de ne pas en avoir fait assez, ou dans l’orgueil d’avoir gagné son salut, et de toute manière dans le mépris de l’œuvre libératrice du Seigneur, préalable à tout

Huit… formulations négatives.

La forme négative suggère une privation. Pourtant, toutes ces interdictions n’ont-elles pas pour but de protéger le peuple de Dieu de tout abus, de tout ce dont les enfants d’Israël ont pu souffrir en Egypte ? Nous avons ici le fondement d’une protection contre le meurtre, l’adultère, le vol, les faux témoignages, etc. À ce titre-là, les enfants d’Israël avaient un cadre utile pour définir le champ de la liberté, un cadre d’ailleurs révolutionnaire par rapport aux codes contemporains connus.

Mais il y a plus : quoique l’interdiction passe plus mal que l’ordre, un commandement exprimé à la forme négative (tu ne feras pas), est finalement moins contraignant qu’à sa forme habituelle (fais cela !). Comme le dit A. Maillot3, « Paradoxalement le sens interdit, c’est ce qui nous permet encore de circuler… Dans le jardin d’Eden, il y avait certes UN arbre interdit, mais cela signifiait cent autres, mille autres permis » L’on peut mesurer ici « l’extraordinaire vérité… de cette vieille histoire : c’est contre cette unique interdiction qu’Adam et Eve vont s’élever ».

Un… acte du passé.

La plupart des verbes ne sont pas à l’impératif (le mode du commandement) mais au futur4 (tu travailleras six jours, tu ne te prosterneras pas…). Certes, les spécialistes font remarquer que l’hébreu n’aime pas l’impératif à la forme négative, et qu’il préfère employer une autre forme à la place. Mais ce futur correspond aussi à une réponse de la part du peuple, réponse à un préalable qui a déjà eu lieu dans le passé : C’est moi le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir… Ce n’est que parce qu’il est libéré que le peuple peut être exhorté de la sorte, et qu’il pourra observer cette loi.

Si l’on devait résumer le décalogue, on pourrait dire : « Peuple d’Israël, Dieu t’a libéré ; mais tu dois rester libre, et tu ne pourras le rester qu’en vivant selon ces règles ». Pour moi, le décalogue représente un espoir : celui de prendre possession de ma liberté, parce que Dieu me l’a déjà offerte.

La Loi n’est donc pas un moyen de se racheter aux yeux de Dieu ; sinon, elle peut devenir une occasion d’asservissement : une occasion de rester dans cette culpabilité de ne pas en avoir fait assez, ou dans l’orgueil d’avoir gagné son salut, et de toute manière dans le mépris de l’œuvre libératrice du Seigneur, préalable à tout. Nous ne sommes peut-être pas tous parvenus aux délices dont parle le psalmiste, mais nous pouvons considérer que ce sont des paroles de vie que l’Exode nous livre ici.

 

1traduction Nouvelle Bible Segond

2 Verset 1 : « Et Dieu prononça toutes ces paroles »

3 Alphonse Maillot : Le décalogue une morale pour notre temps. (Les Bergers et les Mages. Réédition 1985)

Cf. pp. 13 – 14

4 temps dit de l’imparfait, ou de l’inaccompli

Cette série a été publiée dans le Journal PLV en 1999 et 2000.

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

2 plusieurs commentaires

  1. bernadette Mori

    Merci Florence pour ce partage que j’ai pu lire cette fois-ci. Plein de bonnes choses pour Lory et toi de la part de notre Père, telle est ma prière pour vous que j’aime tendrement

  2. Christian Bury

    Je n’avais jamais réalisé ce jeu entre passé et futur et cette absence d’impératif. C’est bien Dieu qui a fait la première chose (libérer le peuple) et l’action du peuple se « base » sur cette action et la suit (futur). C’est tout à fait différent que de dire simplement : « Fais ceci ! Ne fais pas cela » ! Merci M. PONS !

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