Vanuatu : un archipel exposé.

danielle-reduit-1Danielle Da Pont, missionnée par la SEPF (Soutien à l’Enseignement Protestant Francophone) auprès des écoles du Vanuatu. Après un premier séjour de huit semaines en 2009, elle y est revenue ce printemps pour deux mois. Six années plus tard, elle remarque les évolutions – Interview.

On a beaucoup entendu parler du Vanuatu au moment du cyclone Pam qui a frappé l’archipel (en mars 2015). Aujourd’hui, quelles sont les séquelles sur le terrain et dans l’esprit des habitants ?

Il y a trois mois mes amis de l’île de Santo me disaient qu’ils avaient une plus grande rotation de récoltes de fruits et légumes du fait du réchauffement climatique, et donc ne souffraient pas des effets du cyclone. Il n’a fait que traverser un couloir de l’île. Seules les bananeraies ont été atteintes. Par contre, il y a plus de moustiques et plus longtemps dans la saison, notamment l’anophèle qui est un vecteur du paludisme.

Comme sur l’île de Santo, sur celle de Mallicolo, trois mois plus tard, pamplemousses, tubercules, choux, arbre à pain, etc. ne manquaient plus ; mais à ma grande surprise lorsque je suis descendue au sud : plus de légumes ni de fruits ! Tout le secteur avait été atteint : les légumes et les fruits venaient de petites îles non touchées… et du coup étaient même plus chers qu’en Europe. Mes amis de Port Vila en mangeaient très peu ; c’était trop coûteux pour leur niveau de vie (leur nourriture est composée essentiellement de riz, à l’origine de nombreux cas de diabète).

Parmi les changements que vous avez observés, quels sont ceux que l’on peut attribuer au réchauffement climatique ?

Sur l’île d’Atchin au large de Mallicolo les habitants me montraient de combien la mer était montée depuis 1985 : toute une allée de cocotiers en bord de mer a disparu ainsi que des maisons et d’autres arbres. unnamed2D’ailleurs la première petite maison du premier missionnaire adventiste arrivé à Atchin risque aussi de disparaître.

À Ypayato sur l’île de Santo, la falaise recule ; le phénomène est dû aux crues du fleuve qui avant de se jeter dans la mer heurte la falaise. Il y a eu plusieurs crues (1998, 2002, 2008, 2014) et elle a reculé environ de 15 mètres à chaque fois. Le terrain où se situent l’école primaire et l’église est maintenant à 32 mètres.

Est-ce que ces changements ont des conséquences sur la vie des Vanuatais ?

Avec plus de chaleur, il y a plus de légumes et fruits ; mais il y a aussi la montée de la mer, et des cyclones plus fréquents et plus forts semble t-il.

On m’a aussi parlé d’une nouvelle maladie de type « tropical » qui se manifestait par de la fièvre et de la fatigue musculaire, mais qui serait plus somatique qu’infectieuse… (info venant du dispensaire de Vao).

Comment les Vanuatais réagissent-t-ils à ces changements ?

Parmi les changements très manifestes en six ans, on voit partout des panneaux solaires même dans les coins les plus reculés. Les Vanuatais sont très contents et font beaucoup d’économies d’énergie. Mais ce n’est pas forcement lié au réchauffement climatique.

La moitié de la communauté de Ypayato (île de Santo) ne veut pas changer d’endroit malgré les risques, par peur de tout changement (habitus qui leur permet de maintenir et leur mode de vie et leur Église !!!). L’autre moitié est prête à envisager une délocalisation devant l’urgence. Un effet des traditions et de leur histoire locale…

Dans les écoles, les enseignants en découvrant les livres pédagogiques de la Chenelière (édition canadienne traitant des phénomènes écologiques), distribués par l’État dans toutes les écoles primaires francophones, ont insisté sur les liens entre le réchauffement climatique et la montée de la mer1

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Le cyclone est un fait totalement intégré : les Vanuatais sont informés sur la conduite à tenir par des moyens divers dans les trois langues officielles (bishlama, anglais et français).

 

 

 

Un mot pour terminer

Le Vanuatu est quand même considéré comme le premier pays (archipel) mis en danger par la montée de la mer… Plus je réfléchis sur cette expérience, plus je pense que la diffusion et la compréhension de ces livres canadiens sont de bons outils pour une sensibilisation ainsi que d’un accompagnement préventif aux risques climatiques.

1 livres documentaires traitant notamment de nos problématiques occidentales liées à la surproduction et la surconsommation : « Chaque goutte compte », « Comment sauver la terre », «  Comment recycler » etc…

À propos Marc Pons

Marc Pons est pasteur de l’EEL d’Aubagne.

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