Vendredi saint est-il mortel ?

crosses2En cette période de Pâques, faut-il vraiment marquer le vendredi saint ? Après tout, la résurrection n’efface-t-elle pas la croix ? Ne faut-il pas tout simplement préférer le dimanche de Pâques au vendredi saint ? Pourquoi parler encore de la mort lorsqu’elle a fait place à la vie ?

Et pourtant, alors qu’il connaît la mort et la résurrection du Christ, l’apôtre Paul écrit qu’il a prêché à Corinthe seulement « Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié » (1 Corinthiens 2:2). L’expression englobe certainement pour lui la vie et le ministère de Jésus-Christ, et même sa résurrection, mais il est intéressant qu’il donne à cet ensemble le nom de « Jésus-Christ crucifié ».

Méditer et annoncer la mort de Jésus-Christ à la croix, ce n’est pas s’enfermer dans la tristesse de la mort, mais c’est s’ouvrir, par la puissance de vie que donne l’Esprit Saint

La résurrection est évidemment bien présente dans le message du Nouveau Testament (voir, par exemple, 1 Corinthiens 15). On aurait tort – et ce serait la question inverse – de la passer sous silence sous prétexte qu’elle est plus difficile à concevoir qu’une mort par crucifixion… La résurrection donne son énergie et son orientation à la vie chrétienne, elle dit que l’avenir a déjà commencé ; mais la croix donne son sens et ses méthodes à l’action de l’Église dans le monde.

Ce n’est certainement pas par hasard si la croix est le principal symbole chrétien. Mais pourquoi cette insistance sur la crucifixion et donc sur la mort ?

La croix est le point culminant de l’œuvre de Dieu ; elle nous parle donc de jugement, de justification,  de pardon, de salut, d’amour. Elle est tout un message fondamental qu’on ne pourrait dire autrement.

Pour ce qui concerne notre vie, si la résurrection nous parle de l’avenir, la croix nous parle de ce que nous vivons aujourd’hui dans le service chrétien. Lorsqu’il est arrivé à Corinthe, l’apôtre Paul était en position de faiblesse. Crainte et tremblement : c’était son état personnel. Et sa situation personnelle était tellement en phase avec la croix qu’il a pu dire en regardant en arrière : lorsque je suis venu chez vous, je n’avais rien d’autre que Jésus-Christ crucifié (1 Corinthiens 2:2). La croix, symbole évident de faiblesse, d’échec et de honte aux yeux du monde, donne le ton du service chrétien, qui comprend le renoncement à soi, l’abaissement, la faiblesse assumée et même la souffrance. En fixant leurs regards sur la croix, les chrétiens renoncent aux artifices, aux faux semblants, aux effets qui éblouissent mais qui ne durent qu’un instant… La croix est synonyme de vérité ; elle dit que Dieu a fait et continue à faire ce que l’être humain était incapable de faire par lui-même.

La croix est le point culminant de l’œuvre de Dieu ; elle nous parle donc de jugement, de justification,  de pardon, de salut, d’amour

Le vendredi saint correspond à l’aujourd’hui du service chrétien. Le dimanche de Pâques correspond plutôt à demain ! Mais la bonne nouvelle de l’Évangile, c’est que demain est tout proche, presque déjà là, et qu’on en sent déjà les effets !

Le vendredi saint n’est donc pas une impasse. Une fois nos yeux fixés sur la croix, c’est toute une vie de réflexion et d’action qui s’ouvre à nous, au service du Christ crucifié et ressuscité.

L’apôtre Paul, après avoir affirmé qu’il n’avait rien apporté d’autre que « Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié », parle en effet de toutes sortes de sujets ! Jésus-Christ crucifié est la conviction qui lui permet de parler du développement de l’Église, de la bêtise humaine, de l’inceste, du célibat et du mariage, et même de la sexualité, de l’esclavage et de la liberté, de viandes et de repas, du culte et du respect de l’autre, de la Cène, des prophéties ou prédications, de l’amour, de la résurrection, etc.

Bref de parler de tout, légitimement. Et d’agir dans toutes sortes de directions.

Méditer et annoncer la mort de Jésus-Christ à la croix, ce n’est pas s’enfermer dans la tristesse de la mort, mais c’est s’ouvrir, par la puissance de vie que donne l’Esprit Saint, à une relation avec Dieu et avec les autres faite de réflexion et d’action, de prière et de service, de relations et de témoignage.

 

À propos Christophe Paya

Christophe Paya, pasteur détaché des EEL, est professeur à la Faculté de théologie de Vaux-sur-Seine

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